Les conditions de ces jeunes filles couramment appelées "bonnes" et souvent mineurs suscitent quelques questions.

J’ai donc pensé que ce sujet pourrait intéresser nos amies lectrices étant donné que l’on retrouve cette jeune main-d’oeuvre dans presque toutes les cours de Bamako.

J’en profite d’ailleurs pour vous inviter à voir la pièce de théâtre de GUIMBA, intitulée "52" qui traite à merveille cette question.

Tout le monde s’accorde à dire que les gens de maison n’aiment pas leur employeur, qu’ils ont une psychologie à part. S’est-on seulement demandé pourquoi ? Peut être que ce petit reportage nous apportera quelques éclaircissements.

C’est un véritable casse-tête pour les femmes qui travaillent que de trouver une bonne correcte. Ce matin encore, beaucoup d’entre vous ont eu maille à répartir avec leur petite employée de maison.

Madame Diarra née Jocelyne KY a bien voulu témoigner à ce propos.

Quatre filles se sont succédées chez Jocelyne en l’espace de quatre semaine. D’abord trois Djénéba (quelle coïncidence) et une Kadia. Devant mon étonnement, Jocelyne me donna les explications suivantes :

Non seulement la première Djénéba était sale mais elle avait fui de son village afin d’échapper à un mariage forcé. Ces parents la retrouvèrent au bout de quelques jours et la ramenèrent au bercail. Il est utile de souligner que Jocelyne n’héberge pas ses bonnes. La deuxième Djénéba accusait toujours beaucoup de retard le matin et à peine arrivée elle cherchait une natte pour dormir au lieu de travailler. Jocelyne découvrit bientôt la cause de cette nonchalance : la jeune fille était enceinte. Etant incapable de s’acquitter des tâches assignées, elle fut remerciée. Quant à la dernière Djénéba, elle n’était pas honnête. Avec elle, le prix du moindre condiment se trouvait multiplié par deux. Forte de ce constat, Jocelyne ne tarda pas à s’en débarrasser. C’est alors qu’elle embaucha Kadia qui est toujours à son service. Jocelyne définie celle-ci comme une personne effrontée, peu respectueuse mais honnête et propre. Elle a environ 16 ans et travaille pour 6 500FCFA/mois.

Jocelyne m’appris une chose intéressante : la tontine des bonnes, d’un montant de 50 F par personne et par jour. Elles forment un groupe d’une vingtaine de filles qui se retrouvent quotidiennement au marché pour la collecte des fonds. La somme ainsi rassemblée est remise tous les 10 jours à l’une d’entre elles. Bien entendu, cet argent serait prélevé sur les prix de condiments des employeurs.

Le conseil que Jocelyne donne aux femmes est le suivant :

1° Ne jamais laisser la bonne tout faire dans la maison et surtout pas la chambre à coucher.

2° Dès que vous avez le temps de cuisiner, par exemple les week-ends, faites-le. Autrement, petit à petit, la bonne prendra la place de l’épouse. Le mari finira par confondre les deux et pour peu que l’employée soit complaisante, vous risquez de vous retrouver avec une coépouse sur les bras. Et peut être même finira-t-on par vous mettre à la porte de chez vous.

Jocelyne a également fait quelques recommandations aux employées :

1° Elle leur demande de conserver la même place plus longtemps et de cesser de quitter leur emploi au moment ou l’on a le plus besoin d’elles.

2° Elle souhaiterait plus de franchise de leur part : qu’elles cessent donc de cacher les verres cassées, les assiettes brisées et les pagnes brûlées.

Pour conclure, Jocelyne a souligné que le plus souvent les employeurs ne sont pas en mesure de payer leurs employées qui décident de partir avant la fin du mois. Eux mêmes étant salariés, comment pourraient-ils disposer d’un argent qu’ils n’ont pas encore touché ?

Une charmante dame de mes amies préconise l’instauration d’un préavis de part et d’autre :

1° L’employée devrait prévenir sa patronne à temps de son départ (environ 1 mois) pour lui permettre de trouver une remplaçante.

2° De son côté l’employeur devrait faire de même et éviter de jeter la jeune fille à la porte. Elle pourra ainsi chercher un nouvel emploi sans être à la rue.

3° Quelques heures de détente devraient être aménagées en fin de journée afin que ces demoiselles puissent se recréer un peu. Cependant elles doivent rentrer à une heure décente et ne pas oublier qu’elles sont venues à Bamako pour travailler et non pour s’amuser.

Dans le Larousse Classique, il est écrit : bonne à tout faire, femme chargée de tous les travaux du ménage. J’ai donné la parole à trois de ces employées de maison afin qu’elles se définissent elle-même.

Voici donc le compte-rendu, aussi fidèle que possible, de ma rencontre avec Mamy, Mama et Mariam.

Mamy (16 ans) et Mama (14) sont soeurs et elles travaillent toutes deux pour la même personne. Originaire de Mahina, Mamy a vécu à Kayes et à Sikasso pendant plusieurs années avec sa famille. A la question pourquoi as-tu choisi cet emploi, J’appris qu’à la mort de son père à Kayes, une amie d’enfance de sa mère, Sadio, proposa de la prendre en charge jusqu’au jour de son mariage comme il est de coutume chez nous. Mamy est alors partie vivre avec Sadio à Sikasso. Arrivée en milieu d’année scolaire, la jeune fille n’a pu être inscrite à l’école. Restée à la maison, elle aidait sa tutrice dans ses travaux ménagers. Quelque mois plus tard Sadio eut la visite de sa jeune soeur, Ami qui se pris également d’affection pour Mamy. Tant et si bien qu’elle retourna à Bamako en compagnie de la jeune fille. Ami non plus ne parvint ou ne voulut inscrire sa protégée à l’école. Et de nouveau, Mamy se chargea des corvées ménagères. Ayant perdue une aide précieuse et gratuite, Sadio demanda et obtint que Mama vint remplacer Mamy.

La petite prit le train et fit une escale de quelques jours chez Ami. C’est alors que les avances à peine voilées et incessantes du mari de celle-ci se firent pressantes envers Mamy. Elle s’en ouvrit à Mama et elles décidèrent ensemble de quitter la demeure. Sans ressources et sans autres parents dans la capitale, les deux soeurs se firent embaucher comme bonnes en faisant du porte à porte afin de pouvoir acheter des billets de train et retourner auprès de leur mère. Aujourd’hui Mamy et Mama gagnent respectivement 5 000 et 3 000 FCFA/mois. Le logis et le couvert sont assurés par leur employeur.

Le cas de Mariam est beaucoup plus classique : Originaire de Bamba, elle décida, à 17 ans de venir travailler à Bamako afin de se constituer un trousseau de mariage. Elle est payée 4 500 FCFA/mois, logée et nourrie.

A la question quels sont les reproches que vous formuleriez contre vos employeurs, Mamy s’est tout de suite plainte des injures fréquentes. Elle a également souligné la difficulté que les bonnes rencontraient pour se faire payer lorsqu’elles décidaient de quitter leur emploi courant. Il est toujours très difficile pour les patrons de s’acquitter d’un seul coup de plusieurs mois de salaires impayés. Les employeurs malhonnêtes les accusent alors de vol ou ne leur versent que la moitié de leur salaire pour s’en débarrasser et ne pas avoir à débourser.

J’ai demandé à ces demoiselles de faire des propositions en vue d’une amélioration de leurs conditions de travail.

Voici celles de Mamy :

- Définir les tâches de l’employée dès l’embauche et s’y tenir.

- Fixer une heure marquant la fin de la journée de travail.

- Les époux des patronnes doivent cesser d’importuner les bonnes.

- Un peu de respect pour leur personne si petite soit-elle (Mama pleure lorsqu’on lui crie dessus parce qu’elle a peur).

Mama et Mariam se sont contentées d’approuver.

Pour conclure notre entrevue, j’ai tenu à connaître les rêves des trois filles.

Pour Mamy : C’est de pouvoir reprendre les études même en cours du soir. Elle a décidé de rentrer chez elle à la fin du mois.

Mama souhaite obtenir le DEF (elle est en 6 éme) et entrer dans une école professionnelle. Elle ne veut plus connaître la misère et rêve de richesse.

Mama s’apprête à retourner auprès de sa mère pour continuer ses études.

Mariam désire simplement revoir ses parents et leur apporter des cadeaux à la fin de l’année. Elle espère ramener un grand trousseau à Bamba.

Toutes les bonnes n’ont certes pas les qualités de Mamy, Mama et Mariam mais je suis persuadée qu’en mettant un peu d’acortise de part et d’autre (surtout du côté des patrons) cela améliorerait les relations d’employeur à employé et tout le monde y trouverait son compte.

A mon humble avis, les propositions de Mamy méritent que l’on s’y attarde. J’espère de tout coeur que les souhaits de ces personnes courageuses se réaliseront un jour prochain.

Je serais heureuse de recevoir vos suggestions, critiques et témoignages. Cette rubrique est avant tout la vôtre, alors n’hésitez pas à m’écrire.

Aïda - 1998