Dis-moi qui sont tes parents...

Au Mali, les grandes personnes ont coutume de poser la question suivante : " de quels parents est né tel enfant ? ", si d’aventure ce dernier faisait montre d’une inconduite notoire. En fonction de la réponse à cette question, elles s’indignent ou affichent du mépris, généralement après avoir lancé un proverbe approprié.

Cet exemple est très révélateur, aux yeux des anciens, de la responsabilité des parents dans l’éducation des enfants. C’est que, ici comme ailleurs, on a conscience que "l’homme est le produit de sa société ", que l’éducation n’est rien d’autre qu’un apprentissage, l’apprentissage par les plus jeunes des règles qui régissent la société. Si d’aventure les aînés ne se reconnaissent pas dans le comportement d’un des leurs, c’est que forcément les règles sociales ont été mal assimilées. Les premiers responsables de cette situation restent avant tout les parents.

De nos jours, l’éducation laisse beaucoup à désirer. Il n’est pas rare d’entendre les enfants insulter grossièrement, sans égard pour les personnes présentes, quel que soit l’âge de celles-ci. Certes beaucoup d’enfants contractent de mauvaises habitudes dans la rue, au contact d’autres enfants, leurs camarades. Mais comment ne pas évoquer la responsabilité directe de parents dont les comportements sont indignes de personnes ayant en charge l’avenir des enfants. Car aujourd’hui, des parents insultent grossièrement leurs enfants qui grossièrement s’insultent entre eux et impunément. Que dire alors de ceux qui se battent devant leurs enfants en proférant des insanités à l’endroit des uns et des autres, y compris parfois des beaux-parents et de la femme et de l’homme ? Est-il possible d’ouvrir l’esprit des enfants à la pudeur, au respect de l’âge quand les parents regardent avec eux - et sans s’émouvoir outre mesure, des scènes obscènes diffusées par certaines chaînes de télévision ?

La situation de crise de l’éducation est par ailleurs aggravée par les jeunes parents non mariés. En effet, les filles-mères et les garçons-pères, vivant séparément et aucunement préparés à leur devoir de parents, sont très souvent de grands dangers pour l’équilibre social en ce sens que leurs enfants sont, dans la plupart des cas, élevés dans des conditions peu recommandables. Parce qu’ils ont le sentiment d’être encore des "copains ", ces couples tombent très souvent dans des excès : disputes violentes avec parfois des coups, scènes de jalousie dans les rues, insultes grossières et abandon des enfants qui finissent entre les mains de personnes pas toujours qualifiées, généralement des grands-mères, dont la philosophie de l’éducation ne prépare pas toujours correctement les enfants à affronter la vie future. Et comme l’école a depuis longtemps cessé d’être un relais dans l’éducation commencée à la maison, notre société court de grands dangers.

Il ne sert à rien de se lamenter sur le sort des enfants des rues, d’organiser des rencontres autour de la consolidation de l’autorité parentale ou de l’autorité scolaire si les recommandations issues de ces cercles de réflexion ne trouvent pas d’échos favorables dans la population. La vérité est que, de nos jours, les parents deviennent de plus en plus laxistes dans l’éducation des enfants. Nombreux sont ceux qui croient que leur devoir consiste à assurer des conditions de vie matérielles optimales aux enfants (vélo VVT, jeux vidéo, vidéo, décodeur pour chaînes de télés cryptées, grosses motos etc.), de les inscrire dans des écoles de grande réputation pour que leur éducation soit assurée. En fait d’éducation, ces parents pensent plutôt à l’avenir des enfants sur le plan de la satisfaction des besoins matériels. Leur déception est parfois très grande quand leurs enfants leur reviennent arrogants, irrespectueux et peu enclins à l’effort.

Certes tous les parents rêvent de construire une enfance agréable pour les leurs. Cela est tout à fait normal et même légitime. Mais c’est rendre le plus mauvais service à son enfant que de ne pas le préparer à son entrée dans la vie sociale, le préparer à son futur rôle de parent en perpétuant en lui les règles de conduite essentielles qui ont fait de notre société une société de respect, de tolérance et de mesure que des gens dits évolués ont perdues et recherchent comme un nouveau graal. Si cette précaution élémentaire est prise, alors les maîtres d’école et les autorités publiques peuvent, sans encombre, prendre le relais de l’éducation et de la formation des jeunes pour le bien de tous.

Il ne faut pas l’oublier : le meilleur de l’Homme est dans l’Homme. Et l’Homme, c’est une famille harmonieuse, c’est à dire le résultat des efforts conjugués du couple. La place de la femme dans la recherche de cette harmonie est essentielle. " Où que tu ailles, te poursuivra l’ombre de ta mère ", dit-on chez nous. C’est pourquoi, en paraphrasant l’adage, on peut dire : " Dis-moi qui sont tes parents, je te dirai qui tu es... "

La Rédaction