Des femmes-pintades...

Dans son excellent ouvrage "Nations nègres et culture", le savant sénégalais Cheick Anta Diop démontrait la parenté des cultures négro-africaines et celles de l’Egypte ancienne. L’une des bases de sa démonstration était l’étude comparative de coiffures nègres et égyptiennes pharaoniques. Cela montre, à souhait, combien certains éléments de culture, anodins en apparence, peuvent se révéler déterminants dans la longue et difficile recherche sur les origines de la culture négro-africaine. De nos jours, les tresses en Afrique noire sont en passe de disparaître, particulièrement dans les villes.

Il y a quelques décennies, les tresses des jeunes filles, sous les mains de tresseuses habiles, étaient l’expression vivante de notre culture. On pouvait par exemple connaître le prénom d’une jeune fille rien qu’aux tresses qu’elle portait. Il en était ainsi de toutes celles qui s’appelaient Oumou. Les tresses trahissaient jusqu’à l’appartenance ethnique sans aucune intention de discrimination. Ainsi admirait-on les fines tresses des jeunes filles peules du Macina ou du Songhoy, de même que les coiffures presque totémiques mais artistiquement belles des jeunes khassonké ou soninké, coiffures parfois serties de perles ou d’or.

C’est cette merveille de notre culture, que bien de femmes étrangères nous enviaient, qui est menacée de disparition à cause de la mode du défrisage et du port de perruques et autres mèches synthétiques. Des salons de coiffure dite moderne poussent à Bamako comme de la mauvaise herbe. Si certains de ces salons proposent encore des tresses traditionnelles, rares sont les dames qui s’y soumettent, sans doute à cause du temps qu’elles requièrent. Certes le temps c’est de l’argent comme le disent les Anglo-saxons. Cependant, la plupart des personnes qui tiennent des salons à Bamako n’ont pas reçu de formation adéquate dans le domaine de l’esthétique. Ainsi, des produits cosmétiques d’origine douteuse et imposés à coups de publicité, très souvent mensongère, sont utilisés sans précaution particulière. Il en résulte très souvent de graves dommages. Beaucoup de femmes n’ont plus qu’ une touffe de cheveux au milieu du crâne, touffes qu’elles sont obligées de masquer par l’utilisation permanente de mèches qui, à chaque nouvelle coiffure, grignote sur le couvert chevelu restant ! Certaines femmes, à cause de produits de défrisage, traînent de graves brûlures du cuir chevelu qui les obligent au port du foulard traditionnel.

Hormis la vue horripilante de négresses blondes, on se surprend à plaindre toutes ces femmes qui traînent des kilos de mèches sur la tête ou qui sont obligées d’attacher un foulard sur des tresses faites à coups de milliers de francs CFA, parce que la religion musulmane interdit aux femmes musulmanes de sortir la tête nue, ou que la croyance populaire assure qu’on perdrait la raison si un mauvais plaisantin de djinn avait l’idée de chatouiller la tête de femmes sans foulard !

Comme dans le cas des crèmes éclaircissant la peau, ce sont encore les hommes qui sont mis en cause. Ils pousseraient les femmes à paraître plus modernes en leur payant des mèches. Pourtant elle a mille fois raison cette chanson bamanan qui dit : « la femme sans cheveux est pareille à une pintade » ...

Ousmane THIÉNY