8 mars 2001 : Pour le meilleur...

Il est toujours difficile d’évoquer la question de la femme car on en sort rarement indemne. L’exercice est d’avantage plus périlleux au Mali où malgré des tentatives de remise en cause de certains préjugés et injustices hautement préjudiciables aux femmes, celles-ci souffrent encore des nombreuses tares de notre société. Parce qu’elles vivent dans des sociétés phallocrates, les progrès qu’accompliront les femmes dépendront de leur volonté d’élargir l’horizon du bonheur auquel elles aspirent. A la condition qu’elles agissent dans le sens de la complémentarité avec les hommes, et non contre ceux-ci, tout porte à croire que les femmes ont encore de belles choses à réaliser pour le bien de tous...

Loin d’apporter - autant qu’aux hommes - la tranquillité et la sécurité qu’on attendrait d’un foyer, le mariage, quoi qu’on dise, reste un calvaire pour beaucoup de femmes en raison des conditions très souvent empreintes de mépris pour la gent féminine. Des premières démarches auprès des futurs beaux-parents jusqu’à sa conclusion devant l’officier d’Etat civil, rares sont les femmes qui ont le sentiment qu’elles sont les premières concernées par le mariage. Certes " le mariage n’est pas une plaisanterie ", comme l’a écrit Seydou Badian, et je suis d’avis que l’implication des familles des deux futurs conjoints peut être, encore, de nature à donner une assise plus solide à l’union que vont entreprendre de jeunes gens. Cependant, c’est un crime que d’oublier qu’après tout, le mariage est l’affaire de ceux qui ont décidé de s’unir. Aussi, toute attitude qui ne contribuerait pas à asseoir les bases du bonheur des futurs conjoints devrait-elle être bannie.

Si l’ingérence intempestive de tierces personnes met en danger le mariage, la polygamie, elle, tue le mariage. En vérité, la polygamie est à l’antipode du mariage ; la polygamie est l’anti-mariage. Aucun texte ne me convaincra que la polygamie n’est pas indignité de l’homme. A priori, un polygame n’est pas un homme de confiance. Qui a trahi en amour, trahira en toute chose. La polygamie est trahison autant pour l’homme qui la pratique que pour la femme qui accepte de devenir l’autre épouse d’un homme déjà lié par les liens sacrés du mariage. Quand on a le souci d’offrir à ses enfants un cadre de vie qui permette leur plein épanouissement et leur donne plus de chance dans la vie, on s’abstient d’être polygame. A la limite, un homme honnête se garde de fréquenter une famille polygamique car on ne sort jamais blanchi de la fréquentation d’une famille où un homme est le père d’enfants nés de femmes rivales.

Plus pernicieuse que la polygamie est l’analphabétisme des femmes. Aller à l’école ne sauvera pas toutes les femmes du monde de la misère que la plupart d’entre elles vivent au quotidien. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil autour de soi, un coup d’œil sur nos sœurs qui ont eu cette chance insigne. Peu d’entre elles en ont tiré, en effet, un profit certain. Cependant, je suis convaincu que les femmes ne se sauveront jamais dans l’obscurité de l’analphabétisme. Si tous ceux qui pensent que la chance pour une femme c’est avant tout un homme, et surtout un homme, pouvaient vivre, ne serait-ce qu’un instant, le calvaire que cette folie fait endurer aux millions de femmes qui en sont les victimes, alors ils percevraient un pan de l’immense linceul noir qui les enveloppent.

On pourrait encore évoquer bien des problèmes qui empêchent les femmes de vivre. Par exemple l’excision, la prostitution, le sida etc. Mais à force de vouloir tout embrasser à la fois, on court le risque de ne pas en dire assez. Il n’en demeure pas moins que la solution à chacun de ces problèmes est essentielle à la question féminine. J’en vois déjà se précipitant pour me coller l’étiquette de " féministe " à la lecture de ce texte qui ne fait qu’effleurer la question. Ceux-ci réalisent-ils que l’humanité ne sera pas sauvée sans l’apport des femmes qui en constituent la majorité ? Sont-ils conscients que tout ce qui sera entrepris pour le bonheur de la femme profitera avant tout à l’homme ? Savent-ils que l’amour d’une femme aimée est plus fort que l’amour dont on l’aime ?

Pour cette première journée internationale des femmes de ce troisième millénaire, les femmes du monde entier seraient bien inspirées si elles se persuadaient que la meilleure façon de se construire un bonheur passe d’abord par le refus de ce qui leur est gracieusement offert par les hommes à la faveur de textes concoctés lors de séminaires et autres colloques présidés par ceux-ci. Le bonheur des femmes passe inévitablement par une lutte conte les hommes, mais pour les hommes ! Autant les hommes ne se sauveront pas seuls, autant les femmes ne seront pas heureuses sans les hommes. C’est une question de Pomme. Pour le meilleur...

Ousmane THIÉNY