Législatives 2002 : Femmes, le danger de la parade

Pendant longtemps, le rôle politique dévolu à la majorité des femmes se résumait aux manifestations folkloriques à l’ouverture et à la clôture des congrès ordinaires, extraordinaires ou constitutifs et autres conseils nationaux. A la veille des législatives dont le premier tour aura lieu le 14 juillet prochain et pour réussir leur entrée qu’elles voudraient massive à l’Assemblée Nationale du Mali, les femmes se doivent de conjurer le danger de la parade.

Quoique leur nombre ait sensiblement augmenté au cours des deux derniers mandats, les femmes restent encore largement "sous-représentées " à l’Hémicycle. Cette situation que les néo-démocrates que nous sommes pourraient déplorer est cependant conforme au tableau mondial, y compris les pays à démocratie plusieurs fois centenaire. Le combat des femmes pour leur émancipation ne fait que commencer. Dans un pays comme le Mali, où les réflexes de repli sur la tradition pure et dure apparaissent chez ceux-là mêmes qui se font passer pour des "démocrates convaincus" et chez ceux qu’on appelle les "Intellectuels", le combat des femmes ressemble parfois à la situation du "travailleur qui sue sous la pluie". C’est justement pour cela que la stratégie de conquête de l’Assemblée par les femmes doit revêtir un caractère plus digne que celui des "applaudisseuses" des partis.

L’actualité de ces dernières semaines a révélé des éléments positifs. La décision de ne pas accorder le suffrage des femmes aux listes les excluant, le séminaire de formation aux techniques de la communication et le passage à la télévision de femmes dont les prestations ont largement surclassé celles de certains hommes, sont autant d’initiatives qui confirment la volonté des femmes de prendre en charge une partie de leur destinée. Plus elles seront impliquées dans la gestion directe des affaires (plus particulièrement dans les instances de prise de décisions) plus les femmes baliseront leur chemin pour se soustraire, sans grands heurts, de la quasi-domination des hommes. Pour atteindre cet objectif, il convient de procéder à une sélection rigoureuse des candidates. Certes les réalités sociales obligent parfois à des choix purement politiques fort éloignés de l’idéal qu’on pourrait se fixer. Il est cependant hautement important que la représentativité des femmes à l’Assemblée Nationale se concrétise par une touche particulière - la touche féminine - qui débarrasserait les débats à l’Hémicycle de la lourdeur et de la platitude des hommes et ferait oublier la présence passive de la plupart de nos sœurs qui y siègent déjà.

La prochaine configuration de l’Assemblée, si elle était conforme aux prévisions, devrait voir des hommes de qualité prendre place à Bozola. Il ne conviendrait plus alors de compter sur des femmes habituées à dire des platitudes du genre "les hommes ont déjà tout dit". Etre femme ne doit plus constituer une excuse, un prétexte à se complaire dans la médiocrité dès l’instant où l’on entreprend de conquérir le pouvoir. Les Dames qui se sont imposées dans leur pays et dans le monde l’ont fait par leur valeur intrinsèque basée sur des connaissances solides dans les domaines indispensables à l’activité politique et par une personnalité suffisamment forte pour en imposer aux hommes parmi les plus irréductibles. La pire insulte à nos sœurs qui s’engagent politiquement serait de donner l’occasion aux hommes de leur dire : "Bof, c’est une femme après tout..."

Ousmane THIÉNY