Combat de femmes

Entretien de Mme SY Kadiatou Sow, Ancien Ministre, Ancien Gouverneur de Bamako, militante politique Par Hamidou Sampy, fragment de hebdo liberté - TDM (Août 2000 )

Hamidou Sampy : Parlons du combat des femmes si vous le voulez bien. Il est question en ce moment des retombées de la marche mondiale des femmes. De tous ces mouvements de femmes, que peut-on retenir essentiellement ?

Mme SY Kadiatou Sow : je crois que ce qu’il faut retenir c’est une plus grande prise de conscience aussi bien au niveau national qu’international de la nécessite de renforcer la position des femmes à quelque niveau que ce soit et particulièrement au niveau des prises de décisions et au niveau économique. Le pouvoir des femmes doit être renforcé afin d’augmenter la capacité de la femme à produire davantage pour nourrir la famille, lui permettant ainsi d’être une citoyenne qui apporte quelque chose à son pays... Voilà ce que traduisent ces manifestations. C’est une prise de conscience du rôle que la femme joue et qu’elle doit continuer à jouer par rapport à la sauvegarde de la paix dans son pays et à travers le monde.

Quand on parle de pauvreté la femme fait partie des plus pauvres des pauvres. Quand on parle de violence, qu’elle soit déclenchée par une guerre entre deux pays ou par une guerre civile, les premières victimes sont les femmes ! Les hommes vont à la guerre et les enfants restent entre les mains des femmes. Ce sont elles qui doivent alors se battre pour que la famille continue à subsister. Ces deux thèmes (pauvreté et violence) sont extrêmement importants pour nous. Je crois qu’aujourd’hui, les hommes du Mali sont en train de comprendre que ce combat de femmes est un combat pour le bien être de la société, le progrès de la société dans son ensemble.Vous rencontrerez difficlement une femme qui vous dira que c’est un combat seulement pour les femmes, un combat contre les hommes. C’est en fait un combat pour que les femmes soient beaucoup plus utiles à leurs sociétés mais pour que leur place soit plus reconnue et que la société dans son ensemble comprenne qu’il ne peut pas y avoir de progrès lorsque la majorité de la population est marginalisée, lorsque ses préoccupations ne sont pas prises en compte. Je crois que vraiment, de plus en plus, c’est le sens du combat des femmes. Je déplore cependant qu’il y ait à chaque fois des campagnes insidieuses qui tentent à faire passer ce combat de la femme comme un combat qui nous est imposé de l’extérieur, que nous avons des financements des occidentaux, des américains et donc donc que nous voulons que notre société vive à l’occidentale ! Mais les femmes du Mali n’ont jamais défendu de telles positions parce qu’elles sont restées très proches des valeurs de leur société. A présent, elles se disent aussi qu’il faut que les femmes du Mali évoluent, que la société du Mali évolue comme les autres sociétés et qu’elle ne peut pas évoluer en restant accrochée à certaines valeurs. C’est autour des ces valeurs là que le combat des femmes du Mal se focalise.

Hamidou Sampy : N’a-t-on pas l’impression que les femmes, dans leur combat acharné pour leurs droits, oublient que dans la famille il y a également des hommes ?

Mme SY Kadiatou Sow : ... Pour le moment les femmes ne peuvent pas oublier qu’il y a des hommes. Dans notre société il est difficile même de faire accepter l’idée qu’une femme s’en sorte seule en dehors d’une famille. Ce qu’il faut retenir cependant c’est que la femme en est l’axe central de tout ce qui se fait dans une famille ! Dans toutes les ethnies de notre pays, dans vraiment toutes les régions du Mali, il n’y a pas un endroit ou on ne vous dira pas que : "Ni muso te du min kono, du lankolon don, fosi te o du kono". Il faut qu’un homme, même pour qu’il aie une certaine assise sociale, quelque soit sa puissance, fonde un foyer sinon il lui manque quelque chose ! Le fonctionnement de ce foyer, la gestion de ce foyer, repose sur les épaules de la femme. La femme elle-même ne conçoit pas sa vie autrement que dans un foyer, dans un ménage où elle entretient la vie des autres. Par contre, ce qu’elle demande aujourd’hui, c’est que les autres aussi se rendent compte qu’elle est une personne humaine qui a aussi également des droits humains ! qui aspire à un progrès ! que la femme voudrait être considérée à la hauteur de la contribution qu’elle apporte dans la famille, dans sa communauté et partant dans son pays ! C’est uniquement cela, le sens du combat. Ce n’est pas autre chose. Une femme quelque soit ce qu’elle possède, par le flux de son travail, investit d’abord dans sa famille. Comme vous pouvez le constater, si les femmes dans les ménages urbains -que je connais plus par rapport aux autres-, si les femmes dans les quartiers pauvres périphériques de Bamako, ne se mobilisaient pas pour nourrir leurs progénitures, je crois que ce serait la catastrophe parce que très peu d’hommes aujourd’hui dans le milieu urbain de Bamako ont la possibilité de prendre en charge totalement leur famille. Mais les femmes font cela ! Elles assurent la prise en charge dans la plus grande discrétion. Malgré cela, elles continuent à être victimes de violences. Je pense qu’il faut que nous ayons ce débat sur la violence que les hommes font subir aux femmes. Il faut que l’on puisse l’avoir sereinement. Il est temps de mettre fin à cela !