SIDA : Le tribut des femmes

Les statistiques sont sans complaisance : dans le monde, les 2/3 des malades du SIDA sont Africains. Les 2/3 des morts aussi : environs 3 millions de personnes en 2002. Seules les deux dernières guerres mondiales ont pu être pires. Mais à ce rythme, le SIDA dépassera ce record macabre dans quelques années. Au plus profond de la souffrance indicible des malades sont les enfants et surtout les femmes. Une fois de plus, les femmes sont au coeur de la tragédie humaine. Une fois encore elles sont les victimes expiatoires de sociétés phallocrates et masochistes. Le Mali n’échappe pas à la règle.

L’essentiel des contaminations par le VIH se fait par le sexe. Depuis la fameuse loi de la sélection naturelle, ce sont les faibles qui disparaissent. La femme ayant été décrétée " sexe faible " paye donc le tribut de cette pandémie sans commune mesure avec aucune autre maladie que l’humanité ait connue.

Chez nous, les risques pour la femme sont élevés par le fait de la polygamie, cette coutume barbare et immorale qui donne le plein droit à un homme, véritable coq de la basse-cour, de parquer chez lui jusqu’à quatre femmes, sans compter les aventures avec celles que les Africains du centre du continent appellent " Deuxième Bureau ". Il suffit que de ses trophées un seul de ces multigames éhontés ramène le virus pour que des vies entières soient sacrifiées. Des témoignes font état, dans la région de Banamba et de Nioro, de cas où des familles entières ont été décimées du fait de la polygamie.

Un autre phénomène dévastateur qui offre le nid au VIH-SIDA est le lévirat, cette autre coutume qui permet au frère cadet d’hériter de l’épouse de son frère aîné défunt. De nombreuses maliennes revenues de la Côte d’Ivoire voisine, après la mort de leurs maris par suite du SIDA, ont transmis le virus aux frères cadets qui les ont épousées, et par ricochet à toute une famille. Le drame atteint son paroxysme quand les parents du mari défunt s’emparent des biens, de tous les biens laissés par le défunt, et chassent la veuve éplorée comme on chasserait un chien pouilleux. Toutes ces souffrances et mille autres plus atroces encore sont vécues quotidiennement par des femmes et des enfants victimes d’une société inique dans certaines de ses pratiques, une société où la femme est très souvent piétinée comme une vermine.

La solidarité nationale qui vient d’être lancée ce 1er Décembre devra prendre en compte ces cas qu’il est facile de recenser. C’est une aberration que de continuer à traiter les malades du SIDA comme on traitait les pestiférés du Moyen âge. C’est un crime contre l’humanité que de bannir des femmes et des enfants victimes après les avoir dépouillés des biens qui leur revenaient de droit. Cette injustice interpelle la conscience de tous et en premier lieu tous ceux qui se battent pour que la femme soit considérée comme un Être Humain, au même titre que l’Homme. Nous vaincrons beaucoup plus vite le SIDA si les femmes sont protégées, protégées comme des coutumes qui les maintiennent dans la dépendance et dans l’humiliation quotidienne, jusqu’à la fin de leur existence.

Ousmane Thiény