Le 8 mars : journée internationale de toutes les femmes ?

La gent féminine s’apprête à célébrer, le 8 mars prochain, la journée internationale de la femme.

Cette journée a été instituée pour mettre en exergue les maux et difficultés dont souffrent nos tendres moitiés : vulnérabilité, marginalisation, pauvreté, discrimination ; pour souligner aussi les acquis dans leur lutte pour leur émancipation, leur libération et leur promotion.

Les femmes se posent en victimes et en rendent responsables la société, le système, la tradition, les coutumes, donc les hommes. Pourtant à y voir de plus près, on se demande si nos mères, nos soeurs, nos filles ne devaient pas commencer par faire le ménage dans leurs propres rangs. Voyons plutôt.

Niélé est bonne d’enfant chez Traoré, dont la femme Oumou est sage-femme de l’Etat.

Ténin est femme de ménage chez Diarra, dont la femme Fatou est comptable dans le privé.

Koro est bonne à tout faire chez Kéïta, dont la femme Mamou est secrétaire dans une entreprise mixte.

Fatou, Oumou et Mamou ne travailleront pas le lundi 8 mars 2004, journée internationale de la femme. Parce qu’elles sont des femmes protégées par la loi et par leurs nombreuses associations et organisations regroupées au sein de la CAFO. Elles bénéficient (en plus de chômer et d’être payées le 8 mars) de congés payés, de week-end payés et de tous les autres jours fériés.

Niélé, Ténin et Koro travailleront le lundi 8 mars 2004, journée internationale de la femme. Parce qu’elles ne sont protégées par une aucune loi, aucune association. Elles ne bénéficient ni des jours fériés, ni des week-end, ni des congés.

Mesdames, à combien d’entre vous l’idée serait-elle venue de considérer ces bonnes, ces domestiques qui abattent, en vos lieux et places, 99 % des travaux ménagers, familiaux et même maternels, comme des femmes à part entière ?

Pas concernées aussi par le 8 mars. Mesdames, pourriez-vous pour une fois, seulement en ce jour du 8 mars, prouver votre féminité, votre humanisme, votre solidarité, en libérant vos soeurs, les bonnes, de toutes charges, et travailler vous même à la maison ? Ces domestiques aussi méritent le repos. Et peut être même sont-elles les premières à le mériter, elles qui travaillent tous les jours de l’année, de l’aube à la nuit. N’est pas cela l’émancipation, vivre à la sueur de son front et de ses aisselles ?

Mesdames, vos domestiques travailleront ce 8 mars, comme tous les autres jours parce que pour vous, elles ne sont pas des femmes, il n’y a pas de CAFO, pas de Beijing pour elles. Ce privilège reste acquis aux seules lettrées qui prétendent parler au nom de toutes les femmes sans distinction. En oubliant que leurs domestiques sont aussi leurs soeurs.

Alors, Mesdames pour un jour, soyez mères de familles, soyez épouses et faites ce pourquoi on vous a épousées. Votre devoir de maîtresse de maison : la cuisine, le ménage, l’eau de bain et le lit. Accordez le repos à vos bonnes. Pour une fois. Maciré, Fatoumata Siré, Adam Ba et autre Lobbo, c’est par là que doit commencer votre combat.

Ch. A. Tandina "Le Républicain" du 05/03/2004