Le Millénaire au féminin

Depuis 100 ans, les femmes du monde entier ont leur journée. Les problèmes, les difficultés qui se posent aux femmes ; les brimades, les violences et l’exclusion, dont elles sont quotidiennement les victimes à travers le monde entier, sont d’une ampleur telle, qu’une journée paraît dérisoire pour leur rendre hommage.

Lorsqu’on évoque la question féminine, lorsqu’il est question de l’émancipation des femmes, on pense généralement aux pays du Tiers-Monde, les pays les moins développés, ceux qui seraient encore au stade du Moyen-Age. On a du mal à croire qu’en France, 1 femme sur 10 est battue par son mari ; on arrivera difficilement à faire croire, que les femmes subissant des violences conjugales se comptent par millions aux Etats-Unis. Certes il existe dans ces pays des textes qui sont censés protéger les femmes contre de telles violences. Mais le fait que beaucoup de ces femmes, acceptent de souffrir en silence de comportements moyenâgeux, malgré l’existence d’associations de lutte contre les violences conjugales, en dit long sur le caractère masochiste de nos sociétés.

Aucun continent, aucune race n’a le monopole en ce domaine. Il faut néanmoins reconnaître qu’il existe des pays, où les violences contre les femmes, les injustices à leur égard sont beaucoup plus criardes qu’ailleurs.

Chez nous, au Mali, il faut dénoncer une fois de plus la polygamie, qui permet à un homme de disposer de deux, trois ou quatre femmes - les malinké vont allègrement au-delà de ces chiffres - au mépris des prescriptions religieuses, reprises par le code de mariage et qui font obligation aux hommes polygames de considérer chaque épouse comme un foyer. La grande majorité des polygames, qui ne trouvent même plus de queue de diable à tirer (tous les diables se sont enfuis depuis longtemps), entassent dans des maisons exiguës, plusieurs épouses et leurs enfants qui subsistent par leurs propres moyens. Comment peut-on croire, si on est de bonne foi, que des femmes partageant le même homme sous le même toit, puissent s’entendre et vivre en harmonie, quand la première cause des multiples dissensions est justement le mari félon ?

La journée du 08 mars devra être aussi l’occasion pour les femmes du Mali de combattre la polygamie humiliante, qui ravale les femmes au rang de bêtes, au rang d’exutoire pour les hommes. Malgré les campagnes de sensibilisation, l’excision est encore un fléau pour les Maliennes. Les femmes de l’APDF, qui ont le courage de dénoncer une pratique anachronique et dégradante sont mises au banc de la société et considérées comme des pestiférées. Là aussi, la religion sert faussement de paravent. Nous mettons au défi, quiconque, de démontrer qu’on est ailleurs au Mali, plus religieux que les populations du Nord, qui, elles, ne pratiquent guère l’excision.

La scolarisation des filles a, depuis quelques années, amorcé une courbe ascendante dans notre pays. Le taux de scolarisation des filles serait de 53,6% en 2002. Ce chiffre flatteur a priori, laisse songeur comparé aux 94% d’un pays comme l’Ouganda économiquement proche, et qui affichait 55 % en 1995, d’après une étude du professeur Jean-Claude Barthélemy de la Sorbonne à Paris.

Cette difficulté vient s’ajouter à une situation courante mais méconnue : les jeunes filles scolarisées font l’objet de multiples harcèlements sexuels. D’après la Présidente de L’Association Pour la Défense des Droits des Femmes (APDF), Fatoumata Siré Diakité, 33% des jeunes filles avouent être l’objet de harcèlements. Ce chiffre monte à 63% en réponse à la question : " Êtes-vous au courant de harcèlement envers les filles ? "

Ces zones d’ombre ne doivent pas faire oublier cependant que les filles, depuis quelques années, disputent de plus en plus aux garçons, les premières places dans la plupart des établissements scolaires du Mali. C’est le cas de la première Promotion de l’Institut des Hautes Études du Mali, dont le Major est une Dame. De nombreux Maliens, y compris le Président de l’Assemblée Nationale du Mali, ont été séduits par une jeune fille de 15 ans à peine, Adam Maïga, Présidente du Parlement des Enfants du Mali. Dans une émission télévisée au mois de janvier dernier, les téléspectateurs maliens ont été émerveillés par cette brillante élève du Lycée du Progrès, entièrement formée au Mali.

C’est de ce côté, que viendra la lumière pour les femmes du Mali. Pendant des décennies, elles ont été réduites au rôle peu glorieux " d’applaudisseuses " des partis politiques. Aux dernières élections présidentielles maliennes, une brèche a été ouverture avec les deux candidatures féminines. Même avortées, elles compteront pour les générations futures. Il n’y a aucun doute possible : l’émancipation des femmes maliennes passera aussi par la culture de l’excellence, que nos sœurs avaient à tort considérée comme le jardin privé des hommes.

Plus les femmes feront preuve d’audace, plus elles arriveront à bousculer une société, où les hommes ne sont pas près de partager les privilèges qui leur permettent de se marier à deux, trois ou quatre femmes et à conduire la société selon leur bon vouloir.

Le troisième millénaire sera celui des femmes.

Ousmane THIÉNY