Violence conjugale : "Le chômage a fait de mon mari une brute"

Jamais autant la violence conjugale n’a été d’actualité dans les foyers. Rares sont les couples qui échappent à cette façon de régler leurs problèmes quotidiens. Mais, à regarder de près, la violence n’est jamais la bonne solution à ce genre de situations. La communication est la meilleure façon de gérer les difficultés auxquelles les couples doivent faire face quotidiennement.

"Le chômage a fait de mon mari une brute". La confession est d’une amie. Elle ne le dit pas sans raison.

"Mon époux était un homme tendre, galant et plein d’attention pour moi. En presque 10 ans de mariage, il n’avait jamais levé la main sur moi ni m’insulter. Mais, il y a 2 ans, il a perdu son job suite à la privatisation de la société où il travaillait. Toutes ses tentatives de trouver un autre travail se sont soldées par un échec.

Petit à petit, il est devenu un aigri social. Il en veut à la terre entière, à commencer par mes enfants et moi. Il a plongé dans la violence. Il se fâche pour un oui ou un non. Impossible de discuter avec lui sans que cela ne tourne à la dispute. Et depuis un certain temps, il me bat à propos de n’importe quelle futilité.

J’ai essayé de le comprendre, de le raisonner.Mais, notre vie est devenue un enfer. Je peux supporter cela, mais je ne peux pas l’imposer à mes enfants. Il vaut donc mieux que je divorce", se résigne-t-elle.

Nombreuses sont les femmes aujourd’hui dans le même enfer que notre amie. Même si les raisons peuvent être différentes, les conséquences sont identiques. Dans un couple, comme dans toute relation humaine, les conflits sont inévitables. Surtout entre conjoints.

"Chaque jour que Dieu fait, la femme commet une bêtise qui peut justifier la répudiation, le divorce. Mais, le mérite de l’homme se juge aussi par sa capacité à résister à cette tentation, de ne pas céder à son instinct et par sa faculté à tolérer ces fautes", nous dit un grand-père. Selon divers témoignages, les causes de la violence conjugale sont variées. Cela va de l’alcoolisme au vice en passant par le chômage, le stress.

Gènes de la violence

Sans compter que certains ont la violence dans le sang. "Il y a des gens naturellement violents. Pour eux, c’est la seule voie pour se faire entendre", souligne un psychologue.

Contrairement à ce qu’on pense généralement, la violence conjugale n’est pas que physique, elle est également verbale et psychologique. L’injure, les grossièretés... sont considérées par exemple comme des formes courantes de violences conjugales. Tout comme toujours faire sentir à quelqu’un son infériorité sur une situation donnée.

Dans certains cas, la tentation est assez forte de se défouler sur sa conjointe, surtout pour ceux qui pensent qu’un homme n’est réellement maître de son foyer que s’il bat sa femme. Ne serait-ce que pour se prouver qu’elle est à sa merci et qu’il n’est pas son égal. Mais, "muso bugô tè cè farin ya yé" (le mérite de l’homme n’est pas de battre sa femme) nous enseigne notre grand-mère Nassira Traoré.

Beaucoup de féministes ont tendance à croire que ce genre de comportement s’enracine dans nos traditions socioculturelles. Ce qui n’est forcément pas évident. Si dans notre tradition, le fouet faisait partie du trousseau de la mariée, cela n’était nullement une incitation à battre sa femme.

Bien au contraire, c’était une manière de dire à l’époux qu’il ne devait recourir à la sanction corporelle qu’après avoir usé tous les moyens de faire entendre raison à son épouse.

"Nos pères nous appelaient le plus souvent pour nous mettre en garde contre de telles dérives. Ils disaient qu’en mettant le fouet dans le trousseau de la mariée, la belle-famille implorait plutôt notre indulgence et nous rappelait que c’est un humain et non une ânesse qu’elle nous confiait. A ce titre, elle n’est pas infaillible", souligne Badian Sissoko, une notabilité de Lafiabougou.

Pour lui, à cette époque, "il y avait des scènes de ménage qui défrayaient la chronique, mais peu de gens battaient réellement leurs épouses comme on le pensait. La structure des grandes familles ne se prêtait pas à ce genre de violence parce qu’il y avait toujours un parent pour intercéder en faveur de la femme, voire la défendre contre un mari trop violent".

Il ajoute : "des mamans disaient à leurs fils : en tant d’années de mariage, ton père n’a jamais levé la main sur moi. Je ne tolérerais donc pas que tu maltraites la femme qu’on vient de te confier". Mais, aujourd’hui, des mamans ne sont contentes et fières de leurs fils que lorsque ceux-ci humilient quotidiennement leurs épouses en les insultant ou en les battant.

Pour cette notabilité, la violence conjugale est plutôt un phénomène des nouvelles générations. "Ce sont les jeunes qui battent les plus leurs épouses. De notre temps, il était rare de voir un couple se disputer jusqu’aux coups de poings ou de fouets. Mais, ceci est courant de nos jours", pense la vieille Ouassa de Sangarébougou. Une position corroborée par plusieurs témoignages.

Nerfs à fleur de peau

Selon certains de nos interlocuteurs, cette violence est favorisée par l’évolution de la société.

"L’évolution du monde fait que les gens sont de plus en angoissés et s’énervent à la moindre des choses. Ainsi, le moindre écart de langage ou de comportement peut être considéré comme une offense grave et dégénère dramatiquement", analyse un sociologue Le mariage non plus n’est pas étranger à l’accroissement du phénomène.

"Beaucoup de familles ont fait du mariage un fonds de commerce. Le plus souvent, les époux ont l’impression d’avoir acheté leurs femmes et qu’elle est à leur merci désormais. Ils s’arrogent le droit de les traiter comme ils l’entendent", souligne un jeune enseignant.

"Le chômage, le désœuvrement peuvent être également des sources constantes de violences conjugales parce que le mari, ne pouvant plus assumer ses devoirs, se sent en position de faiblesse. Il voit donc tout en mal. Il interprète les actes les plus innocents comme une atteinte à son autorité due à sa situation. Il a donc tendance à recourir à la violence pour affirmer son autorité, pour régner sur les siens", ajoute notre sociologue.

Et il n’a pas tort. "Les hommes sont les premiers à souffrir des conséquences du chômage dans le ménage. Lorsque certaines femmes voient que leurs époux ne sont plus capables de faire face à leurs responsabilités socio-économiques, elles tentent de les écraser et ne les respectent plus. Le mari est donc obligé de recourir aux forceps pour rétablir son autorité", explique un mécanicien de Sabalibougou.

"Il y a deux ans, un voisin a perdu son emploi, et sa vie conjugale est devenue un vrai calvaire parce que sa femme ne ratait aucune occasion pour l’humilier. Pis, elle demandait à ses enfants de ne plus lui obéir parce qu’il n’était plus à la hauteur de ses responsabilités paternelles. N’y pouvant plus, il a usé de la violence pour se faire respecter, surtout de ses enfants. Il bat régulièrement sa femme et ses enfants. Et pourtant, avant de perdre son emploi, il était un père correct et un époux plein d’attention. C’est pour vous dire que la violence conjugale dépend souvent du comportement des femmes", défend Mamadou Tigana, un commerçant de Torokorobougou.

Sans compter que les victimes de la violence conjugale ne sont que des femmes. Des hommes battus font légion dans certains milieux. Combien de hauts cadres sont victimes de la violence verbale, psychologique et même souvent physique dans leur foyer ? Ils sont nombreux et connus de leur entourage parce que ce ne sont pas que des rumeurs.

Toujours est-il que dans notre monde civilisé, rien ne justifie la violence dans un couple. Les époux doivent apprendre à se connaître, à discuter de leurs problèmes sans passion et sans aucune volonté de blesser l’autre dans son intégrité physique et morale. Selon les spécialistes, la communication est le meilleur remède contre la violence conjugale.

Alphaly

juin 2005