Tombouctou : un drame chasse l’excision

Un drame survenu, il y a bien longtemps, est à l’origine de l’abandon de l’excision dans la cité des 333 saints. La lutte contre l’excision est un combat de tous les jours. C’est pourquoi les délégations nationales d’organisations féminines se succèdent.

Depuis deux à trois générations, Tombouctou n’a enregistré aucun cas d’excision à Tombouctou pour sensibiliser les femmes de la cité des 333 saints sur les conséquences néfastes de l’excision.

Outre l’extrême douleur qu’elle occasionne pendant l’opération, cette pratique peut engendrer un traumatisme incurable chez la fille excisée. Elle entraîne souvent la mort.

Dans les eaux froides. L’excision est tombée en désuétude depuis la disparition brutale des cent et une filles du quartier de Kabara englouties par la mare de Boro Ngari. L’histoire remonte à près de trois générations.

A l’époque, les crues du fleuve Niger arrivaient jusqu’au niveau de Hamdallaye, non loin des magasins de l’Opam.

Le groupe de jeunes filles fraîchement excisées au petit matin, plongèrent dans les eaux froides de la mare de Boro Gnari, la mare carnivore.

Plus jamais, elles n’émergeront des flots. Une seule adolescente réussit à regagner le rivage à la nage.

Malgré les multiples recherches, les pêcheurs du village et ses environs immédiats ne parvinrent pas à repêcher les dépouilles.

Fadile Abdou, l’unique survivante du drame, vécut longtemps parmi les siens. Lors des veillées, elle racontait la terrible aventure à ses enfants et ses petits enfants.

Pour autant, la mort des 100 jeunes filles de Kabara n’a pas freiné l’excision. Parce que les matelots des chantiers navals du Méketan, de passage à Tombouctou, observent encore leurs us et coutumes. Ils pratiquent l’excision.

Aujourd’hui, de nombreuses filles dont les parents scellent des alliances avec ces travailleurs qui campent dans le quartier Bougoufié, sont celles dont les filles sont passées chez l’exciseuse.

Les réminiscences du drame. Ailleurs, l’excision est devenue une pratique proscrite par les autochtones. Depuis deux à trois générations, personne n’a pas enregistré un seul cas d’excision à Tombouctou. Certainement, c’est à cause des réminiscences du drame des 100 filles de Kabara.

Toutefois l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Dans de nombreuses localités des cercles de Niafunké et de Goundam, la pratique est encore vivace.

Là-bas, les populations ignorent royalement les campagnes de sensibilisation contre la pratique de l’excision. Dans ces localités, l’accent est plutôt fortement mis sur la création de sources de revenus.

La scolarisation des filles et l’alphabétisation sont mises en exergue au détriment des campagnes de sensibilisation contre l’excision qui est reléguée au second plan.

Les organisations féminines de Tombouctou estiment qu’il est temps pour les populations des villages encore collées à cette pratique néfaste de s’inspirer des initiatives de la cité des 333 saints afin de se départir de la mauvaise interprétation des livres saints en matière d’excision.

Elles veulent aussi impliquer davantage les leaders d’opinion dans le combat contre l’excision.

A. ALBADIA
- AMAP -Tombouctou
- L’Essor du 13/06/05