Un cas d’abandon de la pratique de l’excision en milieu rural au Mali !

Le village de Nialakala est un cas à suivre. Suite à deux assemblées générales qui ont regroupé les femmes, la décision à été prise à l’unanimité. Une ONG qui intervient dans la localité est venue appuyer cette action.

Situé à 17km de Kita (première région), le village de Nialakala relève de la nouvelle communauté rurale de Koféla. Le village compte 530 habitants (dont environ 53% de femmes), en majorité relativement jeunes. La population a assez souffert de l’excision : plusieurs cas de décès ont été enregistrés.

" ...ma fille a été excisée à un an. Elle a succombé a une forte hémorragie. Nous ne pouvions même pas l’emmener au dispensaire... ".

" Quand à moi, ma femme a accouché d’une fille que ma mère a exigé que nous excisions. Je ne m’y suis malheureusement pas opposé. J’ai même payé 1000Fcfa et 10 kg de mil pour l’exciseuse qui réside dans un village voisin, Kala, à 6 km d’ici. Ma mère et une autre vieille femme sont restées longtemps dans ce village et lorsqu’elles sont revenues, ma fille perdait encore son sang. Elles étaient peu bavardes et refusaient de répondre à mes questions. J’ai fini par aller voir une matrone dans le village de Bambana, à 7 km. A mon retour, ma fille était déjà morte... ".

Ce sont là deux des cinq témoignages que nous avons recueillis lors de nos reportages dans le village, fin août 2000 au cours d’une mission qui touchait plusieurs localités de Kita.

Notre deuxième témoin, Monsieur Tiémoko Keïta, venait d’avoir une seconde fille. Il a décidé de ne pas l’exciser. Selon Monsieur Keïta : " ... on ne peut pas poursuivre les exciseuses puisque c’est nous qui allons les voir... mieux vaut donc cesser la pratique complètement ".

Ces cas douloureux ont fait réfléchir les populations et les notables du village de Kalabala se sont réunis sur convocation du chef de village une première fois sans les femmes et puis une seconde fois, avec elles. Il a été décidé à l’unanimité d’abandonner la pratique des mutilations génitales féminines sous toutes ses formes.

L’imam du village a affirmé combattre cette pratique depuis longtemps déjà, dès les premiers cas de décès. Selon lui, la religion n’en fait pas obligation. Il a lui même assez voyagé pour constater dans plusieurs pays que la pratique n’est plus courante.

Les villageois ont appris les conséquences des mutilations : accouchements difficiles, traumatisme, maux de ventre, grâce à l’ONG ODILE (Organisation pour la Développement des Initiatives Locales) qui a initié cette mission. L’ODILE intervient sur un projet du Plan International, par rapport à la lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF). Les activités sont basées sur la projection de films et de causeries débats. Elles s’appuient sur un notable de village dénommé "Relais". Il existe un relais dans chaque village encadré par l’ODILE. Le relais poursuit les actions de sensibilisations.

La jeunesse de la population de Nialakala facilite les choses. Le voisinage de Kita, qui abrite des radios privées y est pour beaucoup.

Aucune des trois exciseuses qui officient, ne réside à Nialakala. Elles sont de la famille des forgerons comme le veut la coutume. C’est un métier dont elles vivent (argent, vêtements et céréales). On les rejoint et on les invite. Elles arrêteront forcément lorsqu’à l’instar de Nialakala, les 22 villages de la commune rurale de Koféba prendront conscience de la gravité de cet acte.

Le village de Nialakala, constitue un indicateur important pour les responsables de l’ODILE et d’autres intervenants afin de persévérer dans la lutte contre les mutilations génitales féminines.

A.A.

Essor de juin 2005