"Traditions Mode Africaine", griffe de la créatrice malienne Mariétou Dicko

La rubrique Mode de ce mois-ci, est consacrée à Mariétou Dicko, créatrice malienne de mode africaine, installée à Paris, capitale de la mode. Bien qu’assistante dans une organisation internationale, par passion, Mariétou s’est tournée vers la mode. Le dicton " loin des yeux, loin du cœur " ne lui correspond guère. Au contraire, en s’éloignant de sa patrie, le Mali, Mariétou espère ainsi, à travers ses créations, hisser haut l’étendard de la mode malienne à travers le monde. Lisez...

Qui est Mariétou Dicko ?
Née dans les années 60, je suis mère de famille. J’ai une formation d’assureur, d’assistante, ainsi que de commerciale.
J’ai travaillé dans différentes structures et organisations internationales au Mali. Actuellement, je travaille en tant qu’assistante à l’Unesco à Paris. Je suis également créatrice de mode africaine.

Assistante et créatrice de mode, deux métiers aux antipodes, qu’est ce qui vous poussé à entrer dans la mode ?
Je peux dire que c’est par passion, que je me suis retrouvée dans la mode. En fait, j’ai toujours vécu plus ou moins dans un environnement propice à cela. J’ai grandi, je dirai entre guillemets, avec une machine à coudre à la maison. Ma mère, cousait nos habits, mais uniquement pour nous ses enfants. Elle nous donnait quartier libre pour couper et coudre nos vêtements, développant ainsi notre esprit créatif.


Toute petite, je réalisais des vêtements pour mes poupées avec des coupons de tissus de ma mère. Petite jeune fille, avec mon argent de poche, j’achetais des tissus pour coudre moi-même, mes robes.
En fait, je dirais que depuis le lycée, j’ai attrapé le virus de créer, acheter et vendre. Egalement, à l’école Notre dame du Niger, avec les sœurs, j’ai appris la couture, la broderie, le tricotage.
Plus tard, avec les études et par la suite le travail, je n’arrivai pas à trouver le temps de coudre. Alors, je dessinais mes modèles et les faisais réaliser par mon tailleur.
Cependant, avec la précarité des CDD, là, où je travaillais au Mali, très vite, je me suis dit, mais pourquoi, parallèlement à ton travail, ne donnes-tu pas libre cours à ta passion ? Alors, je me suis installée dans la mode.

Pourquoi avoir émigré en France ? Au Mali, les affaires ne marchent-elles pas ?
Paris est la capitale de la mode internationale. Toute la communication internationale autour de la mode se fait à Paris. Notre pays, le MALI premier producteur de coton, très riche de sa culture, a besoin de se faire une place sur l’échiquier international de la mode. A paris, je ne vis pas encore de la mode. Je travaille pour gagner un salaire.
Au MALI non plus, je ne vivais pas de la mode. Je travaillais pour gagner ma vie. J’y possède une boutique et un salon de coiffure et les affaires marchaient assez bien pour moi, car je me battais et surtout savais fidéliser ma clientèle.
Je suis venu en France, parce que j’ai des rêves que j’aimerai réaliser : Voir la Mode Malienne en Vogue à Paris et Prisée sur le Plan International. Et je pense que, lorsqu’on a des ambitions, il faut savoir prendre des risques.

Quels matériaux utilisez-vous généralement pour la conception de vos modèles ?
Tissus traditionnels maliens, tissus occidentaux, ainsi qu’en provenance d’autres pays africains, rentrent dans mes créations, d’où ma Griffe " Traditions Mode Africaine ".

Quelle place occupe la créatrice Mariétou Dicko dans le milieu de la mode ?
Je suis passionnée de mode africaine. Je défends le textile, l’artisanat, les valeurs de mon pays : le MALI, à travers les vêtements que je crée. J’ai beaucoup voyagé, je créé des vêtements portables par toutes catégories de personnes et sur tous les continents. Je m’inspire des tendances et goûts actuels, tout en alliant modes contemporaine et traditionnelle. Et justement, un de mes grands désirs, est de me faire une place dans ce milieu qu’est la mode.

Vos défilés...
J’ai fait des défilés en France et au Mali et j’espère, avoir et même créer l’opportunité de faire des défilés au nom du MALI, dans d’autres pays.

L’approvisionnement se rèvèle-t-il difficile pour vous, depuis la France ?
Non, parce que régulièrement, de Bamako, je reçois des vêtements. Tout cela, est bien géré par mon équipe constituée sur place à Bamako, pour palier à mon absence

Vos modèles sont pour qui ?
Mes modèles sont pour femmes et hommes de tous les âges. Je crée dans différents styles et pour des goûts très différents.

Quel est le " petit plus " des modèles crées par Mariétou Dicko ?
Le petit plus : Je fais des modèles africains portables par tous !

Votre clientèle est-elle à majorité malienne ? Vos modèles sont-ils prisés par les occidentaux ?
Ma clientèle à Bamako était très africaine, pas seulement malienne, mais également occidentale. En France, dans les foires, salons, expositions, au bureau où je travaille, je suis entrain de me faire une clientèle occidentale. Mais, c’est surtout dans les villes françaises jumelées à celles du Mali, que la mode africaine avec le style tradi-moderne que je fais, est très appréciée par les occidentaux. Intellectuels africains et monde des artistes africains en France, aiment également porter mes vêtements.

Vos prix sont-ils abordables ?
Il y a pour toutes les bourses : du fancy de la Comatex aux super wax hollandais, du Bazin léger teint uni au Bazin riche teint avec des petits motifs et plusieurs couleurs, du pagne tissé simple au beau niaga tissé, du bogolan léger simple au très beau bogolan sur coton filé et tissé, du pagne dogon teint au pagne dogon teint et tissé, les prix varient en tenant compte des mélanges et du temps de travail sur les modèles. En France, j’ai toujours vendu pas cher, afin de faire connaître et porter la mode malienne. Quand une mode n’est pas portée, elle ne se fera jamais une place et ne sera jamais rentable. Mais, certaines créations sont très chères, vu la qualité des tissus et le temps de travail.

Et votre personnel...
Actuellement, nous sommes une dizaine de personnes payées à la tâche, contrairement à plus d’une vingtaine de salariés, lorsque j’étais à Bamako.

Votre mot de la fin à l’endroit des maliennes, africaines, bref de la femme en général...
Portons la mode malienne ! Portons la mode Africaine ! Nous n’en serons que plus respectées et appréciées en tant qu’africaines, maliennes, et plus, nous pourrons faire de la mode africaine un effet de mode universelle. En France, où je vis maintenant, c’est incroyable le succès qu’ont mes créations, lorsque je les porte au quotidien ou dans les cocktails, dîners et autres rencontres ! La mode africaine doit cesser d’être exotique et devenir une habitude vestimentaire de tous les jours et de toutes les occasions ! Nous maliennes, en valorisant notre mode, nous pouvons servir d’exemple aux femmes africaines ainsi qu’aux femmes du monde !

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Site web : mali.viky.com/tradition

SND

(20/05/2004)