Entrevue avec le Docteur Rachel Claire Okani

Aujourd’hui, les maliennes affichent une farouche volonté de s’engager en politique afin que les hommes ne décident plus à leur place... C’est ce qui ressort du projet "Femmes et politique au Mali" , écrit et dirigé par le Docteur Rachel Claire Okani.

Docteur Rachel Claire Okani : L’institut Démocratique National s’est engagé à promouvoir la participation équitable des femmes à la politique et au gouvernement au Mali et avec la collaboration de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement international (USAID), a produit un document. Sous forme de livre, de cassettes audio et vidéo, "Femmes et Politique Au Mali" les encourage à s’engager en politique. Distribué gratuitement en français et en bamanan, ce précieux document décrit le parcours exceptionnel de vingt maliennes. A nous toutes, il suggère l’importance de se frayer un chemin en politique. Quelques soient ses origines socio-culturelles.

Pourquoi avoir choisi le Mali ?

En réalité, je n‘ai pas choisi car le projet m’a été suggèré par la NDI (National Democratic Institute) sur la base du livre que j’avais écrit "Hommage à la femme camerounaise". J’ai accepté avec plaisir de conduire cette étude et de gérer la partie technique.

Vous avez retenu vingt portraits de femmes. Comment les avez-vous sélectionnées ?

Nous avons sollicité les différents partis politiques, les Ongs, la société civile. Le bouche-à-oreille a aussi fonctionné. Nous avons d’abord sélectionné une cinquantaine de femmes. Puis nous en avons retenu vingt qui ont reçu un certificat de participation. J’aurais voulu rencontrer certaines femmes qui malheurement n’étaient pas disponibles. Mais nous les avons invitées lors de la remise des documents, en décembre 1999 car l’objectif était de ratisser large.

Comment avez-vous travaillé ?

Dès notre arrivée sur place, nous avons travaillé étroitement avec des maliennes. Il ne fallait pas donner l’impression d’imposer un projet qui venait de l‘extérieur, mais faire participer les femmes. Nous avons demandé l’aide de volontaires qui ont suivi une formation d’enquêtrices. Elles ont eu entre les mains tous les outils nécessaires afin de réaliser les interviews afin que nous ayons le maximum de données. Elles ont eu un appareil photo et un questionnaire, à titre indicatif. Ensuite, nous avons sélectionné les données ensemble et retenu les parcours les plus intéressants. Puis, je suis retournée voir ces femmes afin de préciser les informations.

Quelles étaient le genre de questions que vous leur posiez ?

En gros : Comment avez-vous été intéressée à la politique ? Que signifie la politique selon vous ? Voulez-vous des quotas en politique ? Que conseillez-vous aux femmes qui veulent faire de la politique ? etc...

Que pensaient-elles des quotas ?

Nombreuses étaient celles qui ne souhaitaient pas de quotas parce qu’elles voulaient être méritantes et disaient ne pas vouloir servir de bouche trous. Certaines, bien que contre les quotas, pensaient que c’était une stratégie des femmes pour arriver à leurs fins.

Quel est finalement le point commun de ces femmes en politique ?

Pour faire de la politique, il fallait qu’elles se fassent aider à la maison. Qu’elles aient un mari compréhensif. Certains époux s’impliquaient entièrement en accompagnant leur femme et en leur faisant des suggestions. Elles sont souvent soutenues. La plupart d’entre elles se soucient des gens. Elles ne se contentent pas de les solliciter en période électorale.

Quelle a été la réaction des hommes politiques vis-à-vis de votre enquête ?

A ma grande surprise, ils ont bien accueilli ce projet et nous ont même simplifié le travail. De même, il fallait que les responsables des partis adoptent aussi le projet pour libérer les vannes.

Quelle est la grande difficulté que vous avez rencontrée dans ce travail ?

C’est surtout le temps. Les gens ne l’apprécient pas de la même manière. D’ailleurs, l’enquête a duré six mois au total au lieu de trois mois initialement prévus.

Votre plus grande satisfaction ?

Lorsque je me suis aperçue que notre travail faisait effet et que les gens en parlaient. Et surtout l’enthousiasme le jour où nous avons remis les documents. Les maliennes ont bien compris que ce travail avait été réalisé pour elles. Livres et cassettes ont été distribués gratuitement aux femmes elles-mêmes, aux Ongs et aux partis politiques.

source image : Opération de Lecture Publique (OLP) Bamako-Mali