Tresseuses au marché de Médine

rencontrer d’autres femmes d’un autre milieu et qui exercent avec le même talent. Elles ont été installées récemment tout en haut du marché, à une place qui jouxte celle des vendeuses de poissons. Imaginez l’odeur et les mouches, sans parler du sol constament imprégné d’une eau poissonneuse et boueuse. Notre envoyé très spécial n’a pas hésité à patauger dans cette mixture pour s’entretenir avec deux tresseuses du nouveau marché de Médine : Tenin Diarra, 28 ans, mariée et mère de 2 enfants et Maïmouna Traoré, 33 ans, également mariée et mère de 6 enfants.

Les propos...

Parlez-nous de vos journées ici.

TD : Nous les passons à tresser les femmes, à rehausser leur beauté en appliquant le henné aux cheveux, aux mains et aux pieds à peu de frais.

MT : C’est comme vous l’a dit Tenin. Je veux ajouter cependant que nous ne tressons pas seulement les femmes qui n’ont pas les moyens de se faire coiffer dans les salons de coiffure. Il y a également des nanties qui préfèrent nos modèles et notre manière de tresser..

Je constate que vous vous exprimez bien en français, puis-je connaître vos niveaux d’instruction ?

TD : J’ai fait l’école j’usqu’en 8ème année fondamentale et je l’ai aabandonée de mon propre chef pour me consacrer à la coiffure parce que j’ai su que je pourrais en faire un métier même si toutes les femmes savent tresser chez nous !

MT : Moi, j’exerce ce métier afin de pouvoir aider mon mari qui es fonctionnaire, àa subvenir aux besoins de notre ménage car je trouve qu’à l’heure actuelle, aucun homme ne peut tout faire pour la famille. Je n’ai jamais été à l’école. J’ai appris à tresser et je l’exerce aujourd’hui à merveille comme vous le constater.

Tresser, vous permet-il de vivre ? Accepteriez-vous de me dire combien vous gagner par jour ?

TD : (étonnement) Bien sûr que cela me permet de vivre puisque ce que je gagne couvre mes besoins !

MT : C’est selon...Il y a des moments comme à l’approche des fêtes de fin d’années où la veille de Ramadan, où je peux gagner 15 000 francs par jours. Mais actuellement, le marché est lent ; aussi je ne peux espérer que sur 3 500 à 4 000 francs par jours. (ce qui reste honorable dans la grille salariale de notre pays...)

Quels sont vos rapports avec les autorités municipales ? Qu’attendez-vous des autorités ?

TD : (moue de dédain) Nous n’avons pas de rapports particuliers avec la mairie, sinon le billet quotidien de 50 francs que nous payons pour l’occupation de la place. Et pour dire vrai, je n’attends rien des autorités ! Peut-on réellement continuer à attendre quoi que ce soit lorsqu’on sait pertinement que les promesses faites ne sont jamais tenues ? Vraiment, moi....

MT : Les autorités doivent veiller à l’assainissement de la place, dès lors que nous payons 50 francs tous les jours, et si possible, nous accorder des subventions afin que nous puissions acheter du matériel.

Etes-vous érigées en association afin de défendre vos droits ?

TD : Je ne fais pas partie d’aucune association. D’ailleurs, les associations ne profitent qu’aux dirigeants ; les autres n’ont rien à y gagner !

MT :(elle lève les yeux aui ciel, genre "question pas digne d’intérêt !")

Quels sont vos rapports entre vous, tresseuses ?

TD : Nous nous entraidons beaucoup. Il n’y a pas de rivalité entre nous : chacune à ses clients, sa chance.

MT : (acquiesce en continuant son travail)

Que pensez-vous des hommes qui font le même métier que vous ?

MT : (plus aucune trace de sourire) Les hommes sont des usurpateurs ! Ils doivent nous laisser la tresse. Eux, sont capables de faire beaucoup de choses que nous ne pouvons pas faire. Alors, qu’ils n’empiètent pas sur notre terrain !

Votre travail n’interfère-t-il pas dans votre ménage ? Vos absences ne jouent-elles pas sur l’éducation de vos enfants ?

TD : Tresser au marché tout en tenant un ménage, c’est vraiment difficile, mais j’essaye de faire l’essentiel chez moi avant de sortir ; autrement dit, baigner, habiller et nourrir les enfants et les accompagner à l’école. Le reste des tâches est confié à une jeune fille de ménage qui est à ma charge.
Le soir, malgré la fatigue, je vérifie qu’ils ont fait leurs devoirs et je les aide lorsqu’ils ont des difficultés.
Je pense que l’éducation des enfants n’est pas la seule affaire des mères, il faut aussi que les autres membre de la famille s’y impliquent. Et puis, il y a toujours une grand-mère pour garder un oeil sur la progéniture.

MT : Les filles de ménage sont payées pour cela, vous savez ! Dans une société, chacun doit être productif. Je veille, autant que possible, à consacrer quotidiennement du temps à ma famille et j’inculque à mes enfants le respect. Mon mari étant instruit, c’est lui qui suit les devoirs des enfants. Nous nous sommes mis d’accord pour que cela passe avant le grin. (rire) Si le reste de la famille (cousins, oncles, etc.) ne faisait pas sa part dans l’éducation des enfants, à quoi serviraient nos familles aussi larges ! En Afrique, l’éducation des enfants est l’affaire de tous ! Et heureusement, car il y a des soirs où je rentre tellement fatiguée...

La position assise que vous adoptez toute la journée doit être dommageable pour la santé...

TD : Chaque travail à ses avantages et ses inconvénients. Passer la journée assise peut engendrer des problèmes de santé, mais il faut assumer. C’est un choix.

Mot de la fin ?

MT : RAS.

TD : Il ne faut pas venir nous interwiever pour le plaisir de le faire. Il faut que cela ait des retombées positives pour les tresseuses ! Cela dit, nous vous remercions pour avoir fait le déplacement jusqu’ici afin de nous permettre de nous exprimer. Que les femmes viennent nous voir, elles ne seront pas déçues ! C’est moins cher que dans un salon de coiffure et aussi moins confortable, certes, mais le résultat est tout aussi beau !

ndlr : Alors, de passage au marché de Médine, n’hésitez pas à faire un petit détour. Une fois vos narines habituées aux bonnes odeurs de poissons plus ou moins frais, vous passerez un bon moment avec ces tresseuses pleine d’humour et de bon sens.
Bon vent à ces femmes courageuses !

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