Oumou Sangaré : le retour

Après quatre années d’absence de la scène musicale nationale due à ses nombreuses tournées à l’extérieur, la star est enfin rentrée au bercail au mois d’avril dernier avec, dans ses bagages, un album intitulé "Laban". Pour en savoir plus notre équipe de rédaction a rencontré pour notre plaisir à tous, cette grande dame de la musique malienne.

Oumou Sangaré, parlez-nous un peu de vous ...

Je suis une chanteuse malienne qui vient du Wassoulou, dans le sud du Mali. Je suis issue d’une famille d’artistes. Ma mère chante mais c’est surtout ma grand-mère qui fut une grande star dans mon Wassoulou natal. C’est dire que j’ai aimé et côtoyé la musique depuis ma plus tendre enfance. J’ai grandi avec elle. Je l’ai dans le sang. Enfin, je me suis mariée en 92 et j’ai un petit garçon.

Quelques mots sur votre parcours artistique ?

Je me suis lancée dans la musique, professionnellement parlant, en 1996. Dès lors je ne me suis plus jamais arrêtée... Autrement, j’ai toujours chanté et ce, depuis l’âge de 5 ans mais il m’a fallu, plus tard abandonner la chanson pour étudier. Il faut cependant reconnaître que je n’ai pas beaucoup étudié (rires) et j’ai décidé de revenir à la musique lorsque j’étais en 8ème année fondamentale (4è française).

Vous avez été longtemps absente de la scène malienne. Pourquoi ?

J’ai eu à faire beaucoup de tournées hors du Mali et même hors de l’Afrique. A tel point qu’il m’a fallu en refuser quelques-unes afin de pouvoir revenir à la maison. C’est que j’ai envie de rester un peu chez moi ! (sourires) Et ce n’est pas facile, croyez-moi.

C’est la rançon de la gloire ! Vous devez être heureuse...

(rires) Cela veut certainement dire que ce que je fais est très apprécié en dehors du Mali. Il est évident que cela me réjouit doublement ; pour moi, bien entendu mais aussi pour mon pays. Je suis en train de faire découvrir les rythmes et les instruments du Mali qui n’étaient pas trop connus des Occidentaux. Les Européens sont littéralement fascinés par la musique et la chorégraphie que nous présentons ! C’est simple, ils adorent ! D’un autre côté, les Maliens doivent être fiers de savoir qu’il ont une compatriote qui est sollicitée hors du pays.

Cela ne signifie-t-il pas que vous allez être amenée à vous produire plus souvent sur les scènes internationales qu’à l’intérieur du pays ?

S’il est vrai que je jouerai souvent à l’extérieur, je trouverai toujours le temps pour donner des spectacles ici, n’ayez crainte ! Et si je suis de retour à l’heure actuelle, c’est bien parce que le public malien me manque vraiment...Raison pour laquelle d’ailleurs, Yala Yala Tour a été initié. C’est une série de concerts que je donne à travers tout le pays. Cela me permet de retrouver mes fans jusque dans les localités les plus reculées.

Vous êtes devenue une véritable star de la musique malienne, peut-être un peu trop grande pour le Mali...

Moi, une star ? non, jamais ! Quand on me demande si je suis une star de la chanson, je réponds toujours que je suis encore en train d’apprendre. C’est très grave de considérer que l’on a atteint le sommet. Cela peut vous empêcher de progresser. Alors, je me considère toujours comme étant en apprentissage et je cherche à mieux connaître la musique. Je ne pourrai jamais être trop grande pour le Mali. C’est impossible ! Mes racines sont trop profondes...

Pouvez-vous nous parler brièvement de" Laban " , votre dernier album qui a eu tant de succès ?

Toute modestie mise à part, (rires) il est fantastique ! Et il faut reconnaître que le public l’a très bien accueilli. Au niveau du Mali, trois jours seulement après sa sortie, " Laban " a été vendu à près de 50.000 exemplaires. C’est du jamais vu ! Je n’avais encore jamais réussi un tel tour de force. C’est un album sur lequel on a mis le paquet. Il m’a pris en tout quatre années. Il contient dix titres dont les thèmes sont les mêmes que d’habitude, à savoir, le sort des femmes, l’inconscience des hommes polygames... Il y a aussi une chanson dédiée à ma mère qui est une brave femme qui pourrait servir d’exemple à beaucoup de nos soeurs. Dans cet album, je m’adresse aussi à la jeunesse à laquelle je donne quelques conseils. Cet album semble annoncer un virage. Vous entrez donc dans dans la World music ?

La musique donne matière à réflexion et mon parcours à travers le monde m’a apporté de l’expérience. J’ai rencontré de grands musiciens qui m’ont apporté quelque chose et vice versa. Je n’ai pas viré d’un seul coup parce que l’on me reconnaît dans cet album. J’ai cependant tenu à montrer au public qu’il y a beaucoup de possibilités dans la musique, en donnant quelques exemples dans cet album, afin que les gens puissent savoir combien la musique malienne peut évoluer. Cela reste basé sur le kamalengoni qui est un instrument bien de chez nous. Et du coup, la musique en devient plus dansante.

Comme beaucoup d’artistes, vous touchez un peu à tout, en l’occurrence au cinéma...

C’est exact. Récemment, j’ai contribué à Beloved, un film avec Oprah Winfrey qui est une vedette de la télé américaine. Elle a entendu ma voix grâce à "Djouroulé", une chanson de mon avant-dernier album qu’elle a beaucoup appréciée. Elle m’a contactée à travers World Circuit, ma maison de disque. Elle m’a dit que cela lui faisait chaud au coeur, en tant que Noire Américaine, de se faire accompagner par une star de la musique africaine. J’ai eu à travailler sur la musique de ce film avec un compositeur anglais. Cette dame a composé la musique au piano et me l’a envoyée à Bamako. J’y ai ajouté les paroles et les mélodies. Le film a eu du succès aux USA et j’ai reçu de nombreux appels de félicitations de la part des Maliens expatriés aux USA.

Vous avez des projets dans le domaine cinématographique ?

Oh, oui ! Je projette à faire un film sur ma vie et à me lancer dans le cinéma comme actrice ! Même au Mali, s’il y a des producteurs qui sont intéressés, qu’ils me contactent et dès que le temps me le permettra, Inch’Allah, je le ferai.

La piraterie est une gangrène dont tous les artistes se plaignent, avez-vous des recommandations à faire ou un appel à lancer ?

Qu’ils arrêtent de nous sucer le sang ! Les pirates doivent réfléchir un tout petit peu. Ils doivent avoir un peu de conscience et se dire que pirater quelqu’un, c’est le voler ! et un vrai croyant ne doit pas voler. Ces gens doivent savoir que les artistes n’ont pas beaucoup de moyens. De son côté le gouvernement doit prendre des mesures drastiques contre ces vampires, tant au niveau de la douane qu’au niveau du Bureau Malien du Droit d’Auteur. Regardez la Côte d’Ivoire tout près, on n’y voit jamais des cassettes piratées ! Il faut que les institutions nous aident car c’est leur devoir. Voilà donc mon appel à l’endroit du gouvernement.

Propos recuillis par Séga Sissoko