Le string au cœur de la polémique

La mode féminine évolue de saison en saison en mettant davantage à nu la féminité et l’intimité de ses adeptes. Aujourd’hui, les jeunes branchées du pays ont jeté leur dévolue sur le string, un sous-vêtement exhiber avec fierté pour séduire et aussi provoquer la société les hommes dans un environnement très conservateur. Aucune société, quelle que soit sa volonté de se conformer à ses valeurs morales et religieuses, n’échappe visiblement à cette perversion de la mode féminine.

« On n’en dira jamais assez sur le caractère obscène de la mode des branchées. Des tenues portées en toute liberté pour porter atteinte à nos religions et bonnes mœurs », s’offusque une vieille teinturière. Une réaction par rapport à la nouvelle mode des jeunes branchées de son entourage. Après les mini-jupes et les provocateurs bodies, le string s’est aujourd’hui ajouté à l’arsenal de séduction des filles. « C’est pour mieux captiver l’attention des mecs et attiser leur convoitise que nous laissons ce sous-vêtement sexy dépassé nos Jeans moulant ou mini-jupes », avoue Mamy, avec toute l’innocence d’une mineure. Séduire et conquérir le cœur des hommes (pas seulement de leur âge), voilà la préoccupation des filles. « Comme l’est la mode féminine actuellement, le string est obscène et porte atteinte aux bonnes mœurs que nous tentons de cultiver dans notre société », attaque Madina, voilée comme l’épouse d’un Ayatollah. Coutume et tradition ? Les branchées s’en fichent ! L’essentiel pour elles, c’est de ressembler aux occidentales, aux provocantes stars américaines dont elles veulent vivre tous les fantasmes.
On s’en offusque ! Que faire de plus ? Certains pensent qu’il est temps de faire comme les autorités congolaises qui mènent depuis quelques mois une opération : « Cachez ce string que je ne saurais voir ». En effet, des agents de police du Congo Brazzaville interpellent les jeunes femmes qui se hasardent à se promener dans les rues en exhibant le bout de sous-vêtement. « Cette mode n’est pas du goût des autorités qui la jugent malsaine et potentiellement dangereuse pour l’ordre public. Sans l’interdire légalement, ils s’emploient à chasser cette coquetterie brocardée comme déplacée », écrivait récemment un confrère congolais, correspondant local d’une agence de presse.

A qui la faute ?
Dans ces pays, des cours d’instruction civique aux insultes en passant par la violence verbale et physique... sont les moyens utilisés pour dissuader les contrevenantes à « la bonne conduite vestimentaire ». Mais, avant de réprimer, il convient d’abord de trouver les motivations qui poussent les filles à « cette entorse vestimentaire ». Comme au Congo, au Mali ceux qui s’opposent au port du string ostensible accusent les vedettes américaines de détourner du droit chemin leurs filles.
Mais, une amie couturière constatait récemment que ce ne sont plus seulement « des jeunes filles et des adolescentes qui se lancent dans cette mode. Mais, des femmes d’une trentaine d’années suivent aussi cette mode impudique sans gêne ». Comme la majorité des parents, elle est scandalisée par la visibilité que prend ce sous-vêtement et n’autoriserait « jamais ma fille à adopter un tel style vestimentaire ». Mais, peut-on empêcher une fille décidée à « vivre avec son époque » de s’habiller comme elle veut ? Parce quand une fille le souhaite, elle peut toujours déjouer la vigilance de ses parents. « Nous n’osons jamais nous habiller de la sorte à la maison. Nos parents ne soupçonnent même pas que nous avons des habits pareils. Nous sortons en pagne et boubous à la maison avant de rejoindre nos amies qui gardent nos habits branchés. Et c’est chez elles que nous nous habillons pour sortir », nous expliquaient récemment deux ado.

Les parents irréprochables ?
Cela apporte un bémol aux propos de ce grand prêcheur pour qui la télévision n’a rien à avoir avec « cette perversion vestimentaire ». Il pense que les parents ne sont plus assez responsables pour bien éduquer leurs enfants en leur inculquant les valeurs morales et religieuses. Même s’ils sont souvent piégés par leurs progénitures, il est évident que les parents ne sont pas au-dessus de tout soupçon. Parce qu’il est vrai que nos enfants découvrent beaucoup de ces mauvaises pratiques à travers les chaînes occidentales qui ne cessent d’envahir nos foyers. « Qui payent les abonnements à ces chaînes ? », s’interroge Ouley, membre de l’Union des étudiants musulmans du Mali. Les parents bien sûr !
« Des parents sont aujourd’hui prêts à débourser des fortunes pour s’abonner à toutes les chaînes afin de faire plaisir à leurs enfants. Mais, ils sont incapables de leur payer un bon livre ou des cours à domicile », s’offusque une enseignante à la retraite. Pour elle, les filles sont dévergondées parce que « nous ne savons plus leur offrir des loisirs sains et éducatifs ». Elle rejoint donc notre marabout parce que pour elle, « les parents ont démissionné ».
Une amie étudiante apporte l’eau à son moulin. «  Avec l’éducation que nous avons reçue, nous pouvons jamais nous permettre de nous habiller de la sorte. Même à l’absence de nos parents parce ce serait les trahir. Si quelqu’un nous voit exhiber notre sous-vêtement, il peut vite se faire une idée de l’éducation dans notre famille et mal jugé nos parents. Ce que ceux-ci ne méritent pas  », dit Mlle Sira Alice.

Nécessaire distinction
Le dédain de la perversion ne doit pas nous amener à occulter le fait que le problème n’est pas seulement moral, mais également social. Parce que comme le soulignent Zéïnab et Christelle, deux étudiantes qui portent le string de cette façon provocante et révoltante, les filles n’ont pas la même motivation en s’habillant de la sorte. Il y a celles qui veulent s’identifier aux chanteuses américaines comme Janet Jackson, Madonna, Britney Speare... Dans ce cas, elles portent surtout la tenue incriminée pour sortir en boîte de nuit. C’est actuellement le cas dans les discothèques les plus branchées de Bamako. L’autre catégorie est celle des prostituées qui rôdent autour des hôtels et des boîtes de nuits pour attirer et séduire les hommes ». Toutefois, la majorité de nos interlocuteurs soulignent que « les filles de bonne famille ne s’habillent pas de cette façon ». N’est-ce pas discutable à l’époque actuelle !

Retour au « civisme »
« Depuis que l’Opération espoir est entrée en vigueur, les filles qui portent des strings dépassant du pantalon sont parfois sévèrement punies. Elles peuvent être envoyées en prison ou frappées. Les policiers se montrent parfois vraiment méchants et brutaux si les filles protestent contre leur interpellation », commentait une Congolaise par rapport à la répression du string par les autorités. Mais, « dans l’ensemble, cette opération n’est pas aussi efficace et favorise les exactions », soulignait-elle. Une expérience à ne pas forcément suivre au Mali. En tout cas, il est peu probable qu’un simple avertissement verbal puisse dissuader les filles à renoncer à cette mode. L’éducation paraît alors comme la solution la mieux indiquée. Parce que, comme contre tout fléau social ou socio-culturel, « c’est un changement de comportement et de mentalité qui est aujourd’hui nécessaire. Il faut une nouvelle identité socio-culturelle aux filles en quête de repère. Et cela commence dans le foyer par une rigoureuse éducation. Tout comme ils convient de mettre plus d’accent sur les cours d’instruction civique à l’école », prescrit Mlle Djénéba Coulibaly « Poupée ». Un avis qui résume assez les solutions préconisées par une grande partie de nos interlocuteurs. Il est vrai qu’il apparaît comme le remède de la sagesse à un fléau social.

Réalisée par Aïssata Bâ

2004