Points de vue des maliens sur la législation du mariage religieux

L’AVIS DES JEUNES

N’Diaye Alhousseïni, informaticien : “La légalisation du mariage religieux est une bonne chose”
<<La légalisation du mariage religieux, à mon humble avis, est une bonne chose. D’autre part, le volet religieux de la chose apporte plus de solennité, de crédit et de sérieux au mariage civil, dans la mesure où de plus en plus nous assistons à sa banalisation. Le mariage est réduit à l’état d’une simple formalité administrative. La légalisation du mariage religieux peut, par conséquent, préparer les deux futurs conjoints en les interpellant sur les responsabilités qu’ils auront à assumer dans leur vie de couple. Cet état de fait va contribuer à alléger les charges des maires qui de plus en plus sont débordés>>.

Doucouré Aïssétou, lycéenne à Hamdallaye : “La légalisation du mariage religieux permet de diminuer le divorce”
<<On parle de mariage dès lors qu’un homme et une femme s’unissent pour fonder un foyer. Je pense que les nombreux divorces auxquels on assiste actuellement pourraient diminuer si on essayait de donner un peu de poids et de valeur au mariage religieux en le légalisant. Mais ma préoccupation est que l’islam autorise le mariage polygamique. Est-ce à dire que lorsque le mariage religieux serait légalisé, on ne pourrait plus parler de monogamie dans les mosquées ?>>

Djénèba Diakité, Lafiabougou : “La légalisation du mariage religieux entraîne l’allègement des dépenses"
<<Le fait de légaliser le mariage religieux est une très bonne chose pour notre pays. Les hommes qui se marient à Bamako, par exemple, payent, en plus de la dot, d’importantes sommes d’argent. La célébration du mariage civil entraîne des dépenses : cortèges, salon de coiffure, habillements, j’en passe. Si elle a sa raison d’être en milieu rural, la dot, à mon avis, devrait disparaître en ville ! La légalisation du mariage religieux pourrait être une solution au problème pour l’allègement des dépenses>>.

LE POINT DE VUE DES RELIGIEUX

L’Eglise Catholique attend que le projet de loi soit déposé sur la table de l’Assemblée, afin de lui permettre d’en prendre connaissance, nous a déclaré un prêtre, après en avoir référé à sa hiérarchie et après nous avoir averti que ce serait l’Archevêque de Bamako qui énoncerait alors cette position.

Selon le Pasteur Pierre Dakouo , de l’Eglise évangélique prostestante, au Mali le pasteur ne célèbre pas de mariage après celui de la mairie. Il se contente de le bénir, puisqu’il le reconnaît. L’Eglise prostestante ne cherche pas trop à supprimer le rôle de l’Etat, pour se substituer à lui, reconnaissant que le mariage civil peut inspirer, grâce aux moyens de coercition de l’Etat, un certain sens du sérieux au couple. Si elle se substituait à l’Etat, l’Eglise n’accepterait nullement le divorce, ce qui créerait un problème de gestion de la cité.
Les hommes d’Eglise n’ont d’ailleurs, par le passé, pas toujours fait un bon usage de la force publique, quand il leur est arrivé de l’exercer pleinement. De toutes les façons, la christianisme est issu du judaïsme, religion où les deux chefs, le temporel et le religieux, cohabitaient et avaient chacun un rôle bien précis. Et c’est le chef politique qui décidait de l’autorisation de mariage à accorder au jeune soldat. C’est dire que la cohabitation ne gêne pas non plus l’Eglise protestante.
Donc elle ne verrait pas d’un mauvais oeil la légalisation du mariage religieux. D’ailleurs, il est de localités, au Mali, où le maire vient officier à l’église, passant aussitôt après la main au pasteur, pour la célébration religieuse.

Le pasteur Emmanuel Sidibé , de l’Eglise Chrétienne Evangélique, donnant son point vue sur la question, préfère la situation actuelle, où l’Etat joue un rôle positif de protection des mariages. D’ailleurs, quand le juge prononce des divorces, ceux-ci sont également reconnus par l’Eglise, qui, elle, n’en prononce jamais, hormis dans les cas d’infidélité. C’est dire que la loi interdisant à tout ministre du culte de célébrer un mariage qui n’aura pas été préalablement célébré à la mairie est bien perçue ici, même si dans certains pays protestants commes les USA ou la Grande-Bretagne, les mariages sont célébrés seulement à l’église et non à la mairie.

Selon M. Hodou Koné, Imam de la Mosquée Mariam Nazir à Sogoniko, et titulaire d’une Maîtrise en Etudes Islamiques de l’Université Islamique du Niger, la légalisation du mariage religieux serait très favorablement accueillie par la communauté musulmane, majoritaire dans le pays. Interrogé sur la forme concrète qu’une telle légalisation pourrait prendre, il a évoqué la pratique en cours dans les pays arabes. Dans un quartier donné, les imams désignent un fondé de pouvoir (le « Maazoune », qui reçoit la déclaration de mariage et procède au remplissage des formulaires avec les futurs époux. Le jour du mariage, ces derniers se rendent chez un Imam dudit quartier pour célébrer le mariage, et apposer leurs signatures, avec celle de l’Imam au bas des documents. Le fondé de pouvoir remet ensuite ces documents au maire. Pour M. Koné, le Mali étant un pays laïc, il faut donner la possibilité à ceux qui ne sont d’aucune religion de célébrer leur mariage uniquement chez le maire.

L’AVIS DES COUPLES

Noumosso Kanté, potière à Sébénikoro : “... le mariage religieux est moins coûteux”
<<La légalisation du mariage religieux est une bonne chose, mais elle n’a rien de particulier. Je la conçois comme le mariage célébré devant un officier d’état civil. D’où l’établissement d’un acte écrit comportant la signature des deux époux et des témoins.
Côté financier, je pense que le mariage religieux est moins coûteux, contrairement au mariage civil qui demande beaucoup de dépenses. Le premier demande à partager des noix de cola, des bonbons... aux personnes réunies pour la circonstance. En plus de la dot, une somme symbolique de 2000 Fcfa est donnée à l’Imam. En ce qui concerne le mariage civil, beaucoup de couples rêvent d’en faire une cérémonie grandiose. Certains n’hésitent pas à s’endetter pour pouvoir faire face aux multiples dépenses
>>.

Baba Haïdara, ancien combattant : “Beaucoup sont toujours attachés à la tradition qui n’a rien de juridique” <<La légalisation du mariage religieux serait une très bonne chose dans le monde d’aujourd’hui. Malgré la modernisation du mariage (c’est à dire celui célébré devant un officier d’état civil) avec un fondement juridique, on constate que beaucoup de gens restent toujours attachés à la tradition qui n’a rien de juridique. Ce qui entraîne des difficultés surtout lorsque le juge est appelé à se prononcer sur la paternité ou sur le partage des biens entre les héritiers de l’un quelconque des époux>>.

Seydou Traoré, cultivateur à Kita : “C’est le plus court chemin pour avoir un acte de mariage” <<La légalisation du mariage religieux serait très bénéfique pour nous les campagnards, quand on sait qu’il n’existe pas de centre d’état civil dans beaucoup de localités maliennes. Au Mali où 90% de la population sont des musulmans, il existe des mosquées un peu partout. Je pense que c’est le plus court chemin pour avoir un acte de mariage>>.

Mme Koné Ba Diallo, exploitante de sable : “Le législateur doit d’abord veiller à l’application stricte du code de mariage” <<Le mariage religieux, qu’il soit légalisé ou pas, n’a plus la valeur qu’on lui attribuait dans le temps. Les mariages sont célébrés chaque jour soit devant l’officier d’état civil soit devant l’Imam. Et chaque jour, on assiste à des divorces. Le législateur malien doit d’abord veiller à l’application stricte du code de mariage et des règles coutumières>>.

Rassemblés par KONATE Goudia / Moussa TOURE - Soir de Bamako N° 2088 du 29/07/ 2005