Balayeuses de rue : les amazones de l’assainissement

Elles jouent un rôle essentiel dans la propreté des rues de la capitale pour un salaire dérisoire.
Notre pays, à l’instar de la communauté africaine célèbrera dimanche 31 juillet la journée panafricaine des femmes. Cette date marque la naissance de l’Organisation Panafricaine des Femmes (OPF), créée en juillet 1962 pour symboliser le combat des femmes du continent. Cette année, le thème africain porte sur « la participation des femmes africaines à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. » Nul n’ignore le rôle important des femmes dans le développement durable du pays et dans l’amélioration du cadre de vie des populations. Ce n’est pas un hasard si nous assistons aujourd’hui, à la prolifération de GIE et d’ONG des femmes oeuvrant dans le domaine de l’environnement. La coopérative des femmes pour l’éducation, la santé familiale et l’assainissement (Cofespa) est une pionnière.

C’est le premier groupement féminin à se lancer dans des activités d’assainissement dans notre pays. Créée en mars 1989, la COFESPA regroupe des femmes diplômées des écoles supérieures. Elles sont médecins, ingénieurs, économistes, administratrices civils, juristes.
Ces femmes ont réussi leur insertion socioprofessionnelle en innovant dans la protection de l’environnement et la communication. Elles travaillent en faveur du changement de comportement en privilégiant la santé pour le développement durable. L’objectif principal de la coopérative est d’améliorer le cadre de vie des populations à travers la gestion hygiénique de l’environnement.

La COFESPA a démarré ses activités avec l’appui de l’UNIFEM et du FNUAP, en investissant le quartier de Médina Coura de 1990 à 1992.
L’UNIFEM a offert deux camions de ramassage d’ordures, le FNUAP lui a accordé une subvention pour animer des activités d’IEC (Information, Education et Communication) sur l’assainissement dans les familles. Ainsi, le matin les femmes montaient dans les camions pour ramasser les ordures. Le soir, elles faisaient du porte-à-porte pour sensibiliser leurs sœurs sur le lien entre l’insalubrité et les maladies. D’où l’originalité de la COFESPA. La présidente de la coopérative, Mme Traoré Hawa Fofana, soutient que sa structure intervient dans les quartiers et y forme des noyaux de femmes pour pérenniser ses activités. La COFESPA ne se limite pas à la collecte et l’évacuation des ordures. Le groupement s’intéresse au nettoyage des services et à l’installation des toilettes publiques dans les marchés. Cependant, son programme va au-delà du district de Bamako. La COFESPA intervient au Mandé et dans la commune de Djalakorodji. Dans ces localités, le groupement a installé des forages, car l’assainissement va de pair avec l’eau potable.

Les activités menées par la coopérative ont-elles eu un impact sur l’environnement ?
Oui, répond Mme Traoré Hawa. Sa structure a démystifié le métier de ramasseurs d’ordures en ouvrant ce secteur aux femmes. Actuellement, chaque quartier, dispose de GIE de collecte d’ordures, qui contribuent à la création d’emplois. Le thème de la journée est pertinent. Les femmes sont les premières concernées par les questions environnementales. Et les enfants doivent apprendre les notions sur l’environnement
Il faut expliquer aux populations que l’entretien de leur cadre de vie, préserve leur santé. Assainir, c’est bien, mais ne pas salir est mieux, fait remarquer Mme Traoré Hawa. Pourtant tout n’es pas rose chez les femmes de la COFESPA. Les problèmes d’aquisition de marché, d’entretien des camions, d’achat de pièces de rechange qui coûtent chères, de recouvrement empêchent l’entreprise de s’épanouir convenablement. Mais la COFESPA a eu le mérite de pousser des ménagères inoccupées à l’action.

« DAMES PROPRES »
Les balayeuses des grands boulevards de la capitale sont considérées par l’opinion comme de vraies héroïnes. Elles abattent tous les jours un travail de fourmi. Leur combat pour une Bamako propre n’est-il pas perdu d’avance ? Aujourd’hui, elles sont nombreuses à pratiquer ce métier au risque de leur vie. Et pour une bouchée de pain ! Comme dit l’adage : « il n’y a pas de sots métiers, mais de sottes gens ». Généralement, elles sont employées par les GIE de nettoyage. Ces « dames propres » se mettent au travail à 6 heures du matin pour balayer les routes. Dans certains endroits, elles commencent à 15 heures pour finir à 19 heures. C’est le cas de Mme Sabou Coulibaly employée par le GIE « Sidika Damu » depuis 5 ans. Elle travaille 3 jours par semaine.
« C’est pour combattre la pauvreté et être indépendante que j’ai choisi ce métier », nous confie-t-elle. Lorsque Sabou n’est pas dans la rue balai en main, elle vend des fruits pour multiplier ses revenus. Car son mari gagne un maigre revenu qui ne lui permet pas de payer le loyer et nourrir la famille.
Au départ, notre brave balayeuse gagnait 12500 Fcfa par mois. Le niveau de salaire n’étant pas garanti, actuellement elle n’a que 10500 Fcfa. Mais le grand problème est que le salaire n’est pas régulier. Il tombe parfois tardivement. Cette brave mère de famille ne mérite-t-elle pas d’être payée au SMIG (un peu plus de 28.000 Fcfa) ?

Même son de cloche chez Oumou Diallo. « Même si le salaire est maigre, s’il tombe à temps, on peut planifier ses dépenses. Je contracte des dettes à cause du paiement tardif du salaire. Et cela me met dans le pétrin », se plaint-elle. Aussi, O.D. estime qu’en nettoyant les routes, elle contribue au développement de son pays.

Journée panafricaine des femmes : vivre dans un environnement sain

Au Mali, le défi de l’environnement est d’autant plus grand qu’il nécessite la mobilisation de l’ensemble des acteurs du développement.
La dégradation des ressources forestières et la disparition de certaines espèces végétales et animales mettent en danger la diversité biologique. L’insalubrité inquiétante des grandes villes due surtout aux déchets industriels et artisanaux, demeure une préoccupation nationale.
Face à cette situation alarmante, le ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille et le secrétariat régional de l’Organisation Panafricaine des Femmes (OPF) ont décidé de mettre en exergue le rôle de la femme et des enfants dans la question de l’environnement en choisissant le thème : « Femmes, enfants et environnement : quel apport dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (ODM) ». La déclaration du millénaire adoptée en septembre 2000 à New York engage la communauté internationale et les états membres de l’ONU dans la réalisation d’un ensemble d’objectifs clairs, assortis de délais appelés « Objectifs du Millénaire pour le Développement » afin de faire progresser le développement et réduire la pauvreté d’ici 2015. Les objectifs sont au nombre de huit : faire disparaître l’extrême pauvreté et la faim ; garantir à tous une éducation primaire ; promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH-Sida, le paludisme et autres maladies ; assurer la durabilité des ressources environnementales ; mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

La journée panafricaine pousse les acteurs à se focaliser sur un thème prioritaire, qui prend en compte les préoccupations de la femme malienne en particulier et de la femme africaine en général. Les programmes de cette journée exaltent la sensibilisation et plaideront pour la protection de l’environnement et le reboisement. Des prix seront remis aux meilleurs artistes et écoles soucieux de la protection de l’environnement. Une émission publique traitera de l’hygiène, de l’assainissement et de l’eau potable. Des matériels seront offerts aux groupements de femmes et de jeunes.

C . Diallo
L’Essor du 29 juillet 2005.