Assetou Gologo, créatrice de bijoux

Le 12 février 2005, le cercle des artisanes talentueuses a enregistré une remarquable rentrée. Il s’agit de celle de Assétou Gologo "Tétou", créatrice de parures en perle. Elle a, en effet, organisé sa première exposition vente les 12 et 13 février 2005 au Grand Hôtel de Bamako. Un brillant essai car les visiteurs (nationaux et expatriés) ont massivement répondu à l’invitation de cette charmante et raffinée artiste. Musow s’est permis une discrète incursion dans l’environnement des Perles Tamacali. Reportage

La reine des Perles !

A deux pas de Muso Kunda (le musée de la femme), a pris ses quartiers une merveilleuse créatrice  : Assétou Gologo, affectueusement surnommée Tétou par les siens. Dès qu’il franchit le portail, le visiteur sent qu’il vient d’entrer dans un décor qui ne doit rien au hasard. Un chemin étroit se faufile au cœur d’une luxuriante végétation faite de cocotiers, d’orangers, de manguiers... pour ne citer que les arbres fruitiers. L’accueil est on ne peut plus pittoresque.
Au bout du chemin, le logis de l’artiste qui vient à la rencontre de son visiteur avec la gaieté qui caractérise toujours les talents. Il s’ensuit la visite de l’atelier crée de toute pièce à partir d’une véranda et d’une pièce unique. Même si l’odeur de la cire est plus forte ce matin, il n’y pas de doute que nous venons de pénétrer dans l’univers des perles. La chambre unique sert de salle d’exposition où se distinguent surtout des statues qui se substituent merveilleusement aux mannequins. Des colliers souvent assortis d’écharpes, des bracelets, etc. rivalisent d’attraction et de séduction pour prouver tout le talent de la maîtresse des lieux.


Et c’est avec la même chaleur que le visiteur est invité dans le salon où les discutions et les présentations se poursuivent. Un salon qui a peu à envier au musée d’un collectionneur averti. Le décor en dit long sur la passion artistique de notre hôte. Des statuettes, les photogravures, des fauteuils en rotins, des escabeaux, des tableaux, des chaises en bois... trônent partout. Il n’y a que la douce voix d’Assétou pour nous tirer de ce charme artistique. Il nous faut du temps pour revenir à la réalité et reprendre le fil de la conversation.
L’expo/vente, elle en parle comme un tremplin pour souligner sa satisfaction. "Il y a eu beaucoup de monde. Ce qui m’a beaucoup réconforté, c’est qu’il y avait beaucoup de Maliens voire d’Africains. C’était ça mon souhait. Je ne veux pas plaire aux seuls expatriés parce que je veux que mes compatriotes soient les premiers à connaître ce que je fais pour l’admirer ou le critiquer", affirme Tétou. Les Perles Tamacali (un nom donné au gré de l’inspiration pour trouver le compte mail) ont attisé la curiosité et ont séduit les nombreux visiteurs de tous les horizons, de toutes les races et de toutes les couches socioprofessionnelles.

Une existence prouvée
Un succès commercial ? "Vendre assez de créations n’étaient pas mon objectif fondamental. Je voulais surtout montrer que j’existe et ce que je fais", répond Assétou en mettant de l’ordre dans ses dreadlocks. Par leur beauté, les bijoux exposés (une centaine) ont fait l’objet de toutes les convoitises même si certains clients n’ont pas pu honorer leurs commandes par la suite. Et pourtant, le prix est modique par rapport à l’effort de création puisqu’un collier est vendu à partir de 5 000 F CFA. En tout cas, une expo/vente permanente est toujours ouverte chez l’artiste, sise à Korofina Nord.
"Chaque fois que j’allais au marché, j’étais attirée par les perles. Je constatais qu’elles étaient toujours montées de la même manière, apparemment sans aucune quête d’esthétique. J’avais l’impression que les femmes portaient les parures en perles de mères en filles sans aucune amélioration dans la confection. Cela me donnais des idées", explique la reine des perles. Elle précise, "au départ, j’ai commencé à faire des colliers, des bracelets que je portaient moi-même. Et les gens les admiraient et me proposaient le plus souvent de me les racheter. Parce qu’il ne leur venait pas à l’esprit que j’étais la créatrice de ces parures. Je voyais l’admiration dans leurs yeux chaque fois que je leur faisais cette révélation".
Et petit à petit la passion a pris le dessus sur les occupations professionnelles. L’ambition de Tétou se mesure à l’ampleur du sacrifice consenti pour en arriver à cette première exposition. Parce que Tétou a déjà eu à prouver son talent et ses compétences professionnelles comme traductrice, interprète, assistante de direction, attachée commerciale, responsables des ressources humaines... dans des entreprises de renommées, dont des multinationales. Mais, un jour elle s’est réveillée avec l’envie de faire autre chose, de vivre une autre expérience. Sans hésiter, elle décida de renoncer à ce confort social et professionnel pour s’adonner à sa passion : la création des bijoux. "Artiste dans l’âme, j’ai décidé de donner un tournant décisif à ma vie en me consacrant entièrement à ma passion qui est la création de bijoux. Je compte ainsi participer à des expositions pour vendre mes créations", avoue-elle avec toute la modestie qui la caractérise.

Le Design Tamacali
Le rêve prend corps sous forme d’un concept  : Tamacali ! Il s’articule autour de la fabrication artisanale de parures (colliers, bracelets, ensembles...) très originales. Des merveilles, mettant en relief la féminité, conçues à partir d’un savant et fastidieux mariage entre perles, métaux (argent et bronze), nylon et cuir. Des matériaux souvent issus de la récupération comme pour prouver l’engagement de l’artiste dans la sauvegarde de son environnement.
Le concept a par la suite évolué pour donner la société Tamacali. Ce qui permet à Assétou de garantir ses créations comme "modèles déposés" auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Une sage initiative pour se protéger des pirates. Une nécessité si l’on sait que ses fermoirs (argent et bronze) font déjà l’objet d’une grande convoitise parce que constituant une grande révolution dans la bijouterie.

Subtil mariage
Il faut vraiment voir Assétou à la tâche pour mesurer non seulement l’ampleur de son talent, mais aussi son doigté, son courage ainsi que la passion et l’amour qu’elle met dans chaque création unique dans son genre. Des parures entièrement fabriquées à la main avec une douceur et une finesse toutes féminines. De la subtile union entre les perles et le métal voir le cuir et le nylon, naissent des bijoux d’une fascinante beauté mettant en exergue leur authenticité artisanale.
Assétou dessine les supports remarquables grâce à un crochet original. Elle confie ensuite la fabrication aux artisans locaux. Généralement, elle s’approvisionne en perles dans les marchés de la capitale ou à l’étranger. Elle les trie ensuite et les montes sur les supports choisis. Le choix des modèles et des couleurs se fait naturellement au gré de son inspiration pour ne pas dire de son humeur. Elle se fait de plus en plus aider par de jeunes ruraux ou par ses proches lors de leurs visites.

Un talent inné
Titulaire d’un DEA en langues étrangères, Assétou Gologo est polyglote car elle parle couramment le russe, l’espagnol, l’italien, l’anglais, le bambara et le wolof. Son talent fascinant et incontestable, l’autorise à nourrir l’ambition de s’imposer sur le marché par la qualité et le charme de ses créations. Avec la volonté de vivre de son art, elle rêve aussi de débouchés sur l’extérieur pour montrer cet autre visage reluisant et rayonnant de l’artisanat malien. Et pour donner plus de visibilité à ses bijoux, elle souhaite aujourd’hui ouvrir un atelier de fabrication afin de produire au moins 500 ensembles de parure par mois. Un défi qui est à sa portée parce qu’avec le talent, la passion et l’ambition on peut toujours réaliser ses rêves.

Contact  : Korofina Nord (près de Muso Kunda), rue 130 Porte 249 - BP 1531
Tél : (223) 224 21 92
Portable : (223) 679 60 31
Mail : tamacali@yahoo.fr

Réalisée par Aïssata Bâ
Photos : Fodé Koné (toutes les illustrations sont des modèles déposés à l’OAPI, donc protègés)