Le harcèlement sexuel à l’école

A qui la faute ?
Particulièrement observé en milieux éducatifs et centres de formation de jeunes filles, le harcèlement sexuel fait traditionnellement intervenir le droit de cuissage des enseignants ou des patrons sur les étudiantes, élèves, apprenties.

Mais aujourd’hui, force est de constater que le phénomène prend d’autres allures. De plus en plus de jeunes filles, surtout dans les établissements scolaires, harcèlent les hommes. Les conséquences sont les mêmes : frein à l’épanouissement de la jeune fille.

Le mot harcèlement vient du verbe « harceler » qui signifie presser, talonner.

Et le « harcèlement sexuel », selon le Dictionnaire Universel est « une invitation amoureuse insistante et répétée, pratiquée par un supérieur hiérarchique ».

Le harcèlement sexuel est le fait d’user d’ordres, de menaces, de contraintes, de paroles, de gestes, d’écrits ou tout autre moyen dans le but d’obtenir d’autrui, contre son gré, des relations sexuelles. En d’autres termes, c’est le fait de soumettre une personne à des avances sexuelles incessantes et agaçantes.

Les actes qualifiés de harcèlement sexuel

Il faut reconnaître que beaucoup de personnes ne se rendent pas compte que certains de leurs actes sont du harcèlement sexuel. Ils doivent savoir que cette agression peut prendre la forme verbale, physique ou visuelle.

Selon les juristes, le harcèlement sexuel est verbal lorsque l’auteur s’adresse à la victime en la désignant par un surnom sexuel clair ou tient des propos à caractère sexuel sur la taille et la forme du corps de cette victime.

Le harcèlement sexuel est physique et visuel lorsque l’auteur dirige sur la victime des actes, des gestes ou pratiques sexuels de nature à entraîner celle-ci dans le désir sexuel. Toucher le corps d’une personne sans son consentement, bloquer le passage à quelqu’un, s’agripper à lui, pincer les parties intimes de quelqu’un, faire des accolades ou embrassades non voulues constituent des actes de harcèlement sexuel. On peut également ajouter des appels téléphoniques comportant des messages sous-entendus ou directs d’ordre sexuel.

Enfin, des intimidations, menaces, représailles, évaluations scolaires sans base objective, congédiements ou autres injustices associées à des faveurs sexuelles non obtenues figurent sur la liste de ces actes.

Le harcèlement sexuel crée un environnement intimidant, hostile ou oppressant pour la victime. Si celle-ci est une adolescente ou une jeune fille, elle peut avoir des réactions émotionnelles et présenter un état de méfiance permanent envers tout le monde. Il n’est pas exclu des échecs répétés et l’abandon des classes ou de l’apprentissage.

Les éducateurs sont aussi victimes des exhibitions et écarts d’habillement des jeunes filles.

En effet, de nos jours, on se rend compte que le phénomène n’est plus le seul fait des hommes. Les jeunes filles et les femmes, à cause d’intérêts divers, sont devenues auteurs du harcèlement sexuel. Et leur harcèlement se manifeste notamment, par des faveurs échangées avec une personne haut placée pour un profit tel que le maintien de l’emploi, la montée en classe supérieure, la promotion ou l’obtention d’une lettre de recommandation ...

En outre, par leurs tenues sexy et extravagantes, il n’est pas exagéré de dire aujourd’hui que les jeunes filles invitent avec une impudence déconcertante les hommes à les courtiser ; en un mot, elles les « harcèlent ». Beaucoup de ces jeunes filles sont élèves ou étudiantes.

Pour lutter contre ces exhibitions et écarts d’habillement dans les écoles, des tenues décentes sont imposées aux collégiennes et lycéennes : jupe jusqu’aux mollets ; chemise avec manches, chaussures plates, coiffures simples, etc.

M. Modibo S., la quarantaine, professeur de lycée depuis 15 ans, souligne qu’il n’est pas facile aujourd’hui d’exercer la profession d’enseignant. Il faut, dit-il, faire preuve de beaucoup de retenue et de respect de soi face à des filles qui, pour une note, pour de l’argent ou à la recherche d’un homme, font la cour assidue aux éducateurs. Pour atteindre leurs objectifs, les stratégies ne manquent pas : questions parallèles aux cours dispensés, questions portant sur la sexualité, propositions de sorties ou de visites à domicile, etc.

Et lorsque le professeur refuse de jouer le jeu, elles le diffament.

Souvent, les gens disent que ce sont les filles qui provoquent ou même qui harcèlent les enseignants et les patrons. « Je dirai tout simplement que le titre d’enseignant ou de patron implique le respect des obligations liées à la fonction, notamment la maîtrise de soi, la pondération et la connaissance de la psychologie de la jeune fille », nous déclare une magistrate en faisant observer que « l’adolescence de la jeune fille implique une phase d’apprentissage de la séduction qui ne devait jamais être assimilée à une provocation par celui-là même qui a la responsabilité de son éducation ».

Combler le vide de poursuites pénales

Malgré les conséquences tragiques que peut entraîner le harcèlement sexuel, il n’existe pas encore dans le code pénal malien une sanction spécifique contre le fléau. Néanmoins, des auteurs sont punis à travers la répression d’un attentat à la pudeur et surtout d’un viol dont il est l’aboutissement. Entre enseignant et élève, il est seulement infligé des sanctions disciplinaires à l’éducateur.

Il est en attendant conseillé d’identifier le comportement de l’auteur du harcèlement puis lui demander d’arrêter. S’il est enseignant, il faut rapporter ce comportement à son supérieur hiérarchique.

La victime devrait aussi discuter de sa situation avec ses camarades et ses parents et demander le soutien et des témoignages aux camarades.

Elle devrait garder ou rassembler les éléments de preuves (notes, appels téléphoniques, dates et lieux), etc.

Dédé Sangaré

Soir de Bamako du 8 novembre 2005.