Lutte contre le Sida : gratuité des antirétroviraux, une réalité au Mali

Un fléau au Mali et à travers le monde, le VIH-Sida l’est assurément. Loin de céder à la fatalité, notre pays en inscrivant la lutte contre cette pandémie au rang de ses priorités a engagé un combat de titan pour soulager les malades et endiguer cette maladie. Enquête.

"En matière de soins et de traitements aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH), on a fait du chemin au Mali. Je suis venue le 18 juin 1998 au CESAC pour ma prise en charge. A cette époque, les antirétroviraux n’existaient pas au Mali. Nous étions victimes de discrimination et d’exclusion. Mais le 8 mars 2000, sous l’égide de l’association féminine d’aide et de soutien aux veuves et orphelins du Sida (AFAS) et de l’association malienne d’assistance et de soutien aux personnes vivant avec le Vih/Sida (AMAS), nous avions fait notre première sortie publique pour témoigner sur le petit écran. C’est ce jour là que nous avons sollicité le gouvernement à faire venir les médicaments de l’Europe pour nous sauver d’une mort certaine. Les autorités ont répondu favorablement à notre sollicitation. En 2001, sous l’égide du ministère de la Santé, l’initiative malienne d’accès aux antirétroviraux (IMAARV) a démarré", se souvient Mme Diarra Noumousso Mariko, secrétaire à l’information de AMAS/AFAS et animatrice principale du programme d’éducation thérapeutique au Centre d’Ecoute, de Soins, d’Animation et de Conseil (CESAC).

Elle a ensuite rappelé qu’avant cette initiative, le CESAC, vu le coût élevé des médicaments, n’avait mis que quelques PVVIH sous ARV. "En 1998, les PVVIH ne pouvaient pas payer les ARV. Ces médicaments coûtaient environ 400 000 F Cfa par mois. En 2002, avec l’entrée de l’initiative malienne dans sa phase active, le coût a énormément diminué. La Commission d’éligibilité, en fonction du pouvoir d’achat des uns et des autres, fixait le coût du traitement mensuel à 90 000, souvent à 45 000 ou à 4 500 F Cfa" a-t-elle révélé.

L’IMAARV est un outil de mise en oeuvre de la politique nationale de prise en charge des PVVIH. Elle a pour objectif d’améliorer la qualité de vie des PVVIH par une meilleure prise en charge thérapeutique et prophylactique en rendant accessibles les ARV.

L’Etat s’engage

Le Mali est aujourd’hui loin de cette époque dont parle Mme Diarra. En février 2004, le Président de la République, Amadou Toumani Touré, s’est engagé à assurer la gratuité des ARV à tous ses compatriotes vivant avec le virus.

"A travers la gratuité des médicaments antirétroviraux, nous voulons témoigner notre appui et notre solidarité aux PVVIH" , a-t-il déclaré. Effectivement appliqué par l’hôpital Gabriel Touré, l’hôpital du Point-G et le CESAC, cette décision est depuis quelques mois rentrée dans sa phase active de mise en oeuvre à travers le pays.

A part les hôpitaux des capitales régionales du Nord, les ARV sont disponibles dans tous les hôpitaux du pays (Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou et Mopti).

Selon Dr. Aliou Sylla coordinateur de la cellule de coordination du comité sectoriel de lutte contre le VIH/Sida, la disponibilité des ARV dans les hôpitaux de Gao, Tombouctou et Kidal ne saurait tarder, car toutes les dispositions sont déjà prises pour les doter en équipements et en ressources humaines de qualité nécessaires à la dispensation des ARV.

Grâce à cette volonté présidentielle qui a nécessité 2,3 milliards de F Cfa en 2005, aujourd’hui, 6 000 patients sont sous ARV.

Avec une population estimée à 11 419 500 habitants et un taux de prévalence de 1,7 %, le Mali compte environ 194 132 personnes vivant avec le Vih/Sida.

L’on pourrait penser que les personnes qui bénéficient aujourd’hui d’un traitement ARV sont très peu par rapport aux PVVIH.

Dr. Bintou Dembélé, directrice de l’Association de Recherche, de Communication et d’Accompagnement à Domicile des PVVIH (ARCAD Sida) est formelle : "toutes les personnes vivant avec le Vih ne sont pas systématiquement mises sous ARV, cela dépend du stade d’évolution".

Le dépistage précoce met à l’abri

Elle a indiqué que le patient est placé sous ARV seulement quand son taux de CD4 passe en dessous de 200 cellules. Selon elle, sous ce seuil, le système immunitaire présente un débordement et le sujet est exposé aux maladies opportunistes. "Malheureusement, ce n’est qu’à cette période que les gens viennent pour le dépistage", a-t-elle regretté.

Dr. Bintou Dembélé a estimé qu’un dépistage précoce permet une meilleure surveillance du taux de CD4 des PVVIH. Cette surveillance, dira-t-elle, permet d’avoir accès aux ARV à temps opportun afin d’éviter la phase des maladies opportunistes, avec leurs corollaires de problèmes.

En effet, en dehors de la phase de la maladie, la PVVIH peut normalement vaquer à ses occupations et éviter d’être un fardeau pour ses proches.

Ainsi, le dépistage volontaire se présente comme un élément central dans la lutte contre le Sida. S’il y a quelques années, l’accès au test était très limité au Mali, les efforts mis en oeuvre ont tendance à corriger cet état de fait.

Aujourd’hui, la plupart des hôpitaux publics et des centres spécialisés le font de manière optimale, avec le conseil pré et post-test et la confirmation.

Mieux, pour le suivi médical et thérapeutique des PVVIH, les Cscom sont théoriquement équipés pour prendre en charge la plupart des infections opportunistes.

Mais des spécialistes de la question sont unanimes que le Centre de référence est le CESAC qui propose une prise en charge globale des malades dans le cadre d’une collaboration avec les deux associations de personnes touchées (l’AMAS et l’AFAS).

Médicaments gratuits, analyses onéreuses

Par ailleurs, Mme Diarra Noumousso Mariko, secrétaire à l’information de AMAS/AFAS a salué l’action du chef de l’Etat.

Cependant, elle a révélé que les soins des maladies opportunistes ainsi que les traitements pour les infections sexuellement transmissibles restent payants dans les hôpitaux publics, tout comme les tests de laboratoire essentiels à la mise sous traitement et à la surveillance du patient.

"Les ARV sont gratuits, mais les analyses biologiques et les soins ne sont pas gratuits dans les hôpitaux publics. N’ayant pas de sources de revenus, nous sollicitons une faveur de l’Etat", a-t-elle indiqué.

Elle a aussi mis l’accent sur la nécessité de la décentralisation des Centres où les ARV sont disponibles.

De son côté, Dr. Bintou Dembélé a révélé qu’en plus de la gratuité des ARV, l’Etat a décidé de la gratuité du comptage des CD4. Selon elle, cette action doit être saluée.

Assane Koné

Le républicain du 23 décembre 2005.


Sida au Mali :

le pire est à craindre Le premier cas de Sida a été identifié au Mali à l’hôpital du Point-G en 1985. Et depuis, le gouvernement a inscrit la lutte contre le Vih/Sida parmi ses priorités. Avec une prévalence de 1,7 % et une population de 11 419 500 d’habitants en 2004, on estime à 194 132 personnes, le nombre de maliens vivant avec le Vih.

Selon certaines études, la séroprévalence pourrait atteindre 6 % en 2010, soit 500 000 cas si des mesures appropriées ne sont pas prises maintenant. Cette prévision catastrophique se base sur le fait qu’un tiers des personnes vivant avec le Vih/Sida ont entre 15 et 24 ans, dont la plupart ne savent pas qu’elles sont porteuses du virus.

Plusieurs autres ne savent rien du Vih pour être en mesure de se protéger contre cette pandémie. Pire, d’autres encore n’en croient rien du tout.

Chez certains groupes vulnérables, les études annoncent des taux de prévalence très élevés : 6,8 % chez les vendeuses ambulantes, 5,5 % chez les coxeurs, 3,5 % chez les camionneurs routiers, 28,9 % chez les professionnelles du sexe. Dans notre pays, la situation est sensible, avec des risques d’explosion si rien n’est fait.

Depuis 2004, le gouvernement s’est engagé pour l’adoption d’une politique plus volontariste de lutte contre les IST et le Sida. Cela s’est traduit par 6 actions phares.

Ce sont : l’adoption en avril 2004 de la "déclaration de politique nationale de lutte contre le Vih/Sida" par le gouvernement ; la restructuration du haut Conseil national de lutte contre le Sida, doté d’un secrétariat exécutif ; l’institution de la gratuité des ARV ; l’élaboration du programme multisectoriel de lutte contre le Sida ; la signature de plusieurs accords de financement et de partenariat et l’inscription au budget de l’Etat sur fonds PPTE (pays pauvres très endettés) d’une ligne de crédit pour le financement des ARV.

A. K.

Le républicain du 23 décembre 2005.