Icônes de la chanson africaine : Coumba Gawlo Seck

Une grande voix d’Afrique

Elle est sans doute l’une des meilleures ambassadrices de la musique sénégalaise et africaine de nos jours. Et cela à force de persévérance et d’abnégation. Coumba Gawlo Seck, c’est de cette superbe gazelle noire dont il s’agit, incarne aujourd’hui une jeune africaine qui gagne par sa créativité et une gente féminine qui n’a plus froid aux yeux lorsqu’il s’agit de donner une bonne image du pays et de l’Afrique.

Elle était promise à une belle carrière administrative puisque brillante étudiante. Mais, la passion de la musique l’a emporté sur le goût des études.

Ce qui n’est pas surprenant de la part de cette sirène qui aurait pu également s’ouvrir toutes les portes en tant que mannequin.

En effet, née à Thiès en 1972, Coumba Gawlo Seck a grandi avec la musique grâce à sa mère, Fatou Kiné Mbaye, une célèbre griotte, et un père auteur-compositeur.

Très jeune, elle se met au chant en accompagnant sa mère avant d’être consacrée Voix d’Or du Sénégal, à 14 ans, par l’Association pour la promotion culturelle de la jeunesse.

C’était en 1986 dans la mouvance du succès de sa célèbre chanson « Soweto », chanson composée par son père sur le thème de l’Apartheid.

Ce prix avait été créé par le Président de la République du Sénégal (Abdou Diouf à l’époque) lors d’une campagne pour la libération de Nelson Mandela.

Ses trois premiers essaient connaissent un succès qui franchit vite les frontières du Sénégal. Il s’agit notamment de « Seytane » (1990), le très funky « Xalis », (1991) et « Deweniti » (Bonne année, en 1994).

Ce denier album lui apporte la consécration en 1995 en lui permettant de remporter les titres de meilleure chanteuse moderne, meilleure production et meilleur clip lors de la cérémonie annuelle des « Biddeew » (Etoiles) récompensant les artistes sénégalais.

Entre temps, Coumba renonce aux études et, en 1998, elle enregistre « Yo Malé » avec le Français Patrick Bruel devenu plus tard son producteur.

Un opus qui fera sensation dans le monde avec le titre « Pata Pata ». Cette reprise de la chanson mythique de la légendaire et charismatique Myriam Makeba permet à l’album de devenir le hit de l’été en France. Et après une tournée internationale l’album devient disque d’or et de platine.

D’autres consécrations suivront. En effet, l’album « Sa Lii Sa Lée », entièrement écrit et composé par Coumba, lui vaut d’être élue « Meilleure artiste » de l’Afrique de l’Ouest aux Kora Awards 2001 à Sun City (Afrique du Sud).

Une couronne prise à son célèbre compatriote, Youssou N’dour. La petite Thiéssoise est enfin parvenue à se hisser dans la cour des grands.

Diva précoce et surdouée

« Un ami journaliste a écrit sur moi que j’avais anticipé sur ma génération. C’est vrai que, très tôt, j’ai fréquenté de grands artistes comme Patrick Bruel et Jean-Jacques Goldman qui m’ont beaucoup appris sur le métier. Cela m’a forcé à être professionnelle », explique-t-elle comme raison de sa réussite.

Cette soif d’apprendre et de partager l’a régulièrement poussé à faire des duos qui ont tous été des succès commerciaux.

Ainsi, fin 2002, Coumba réalise, avec le bassiste Abdoulaye Diagne, une cassette pour le marché ouest-africain « Ma yeur li nga yor » (montre-moi ce que tu as).

Une chanson dédiée aux victimes du naufrage du ferry « Le Joola » assurant la liaison Dakar-Ziguinchor (Casamance). Une prise de position qui en dit long sur la prise de conscience de cette artiste engagée et généreuse.

Les thèmes qui illustrent ses chansons ne sont jamais le fruit du hasard. L’intellectuelle aime interpeller, pousser à la réflexion et à la prise de conscience.

En dehors de Souleymane Faye récemment, elle a partagé le micro avec Baaba Maal, Lokua Kanza, Koffi Olomidé... « Au fil des années, j’ai développé le goût de partager la scène avec d’autres artistes.

Les duos sont pour moi de véritables moments de bonheur, de partage. C’est très intéressant de ressentir des sensations et vibrations d’artistes que l’on aime », se justifie-t-elle.

L’une de ses dernières créations, « Sa lii Sa lée », n’a pas dérogé à la ligne de conduite de la diva de Sacré III (quartier résidentiel de Dakar).

Sous la direction artistique du Brésilien Robson Galdino, Coumba s’autoproduit et signe entièrement les textes et la musique de ce nouvel album auquel elle a voulu donner une autre orientation.

L’amour, la solitude, la famille, les jeunes face au chômage... Autant de sujets et des situations que la jeune femme décrit au son de sa voix, un peu à la manière d’une griotte.

« Tantôt grave, tantôt légère comme avec le titre Sa lii Sa lée où elle invite tout un chacun à entrer dans la danse, l’artiste nous entraîne dans les profondeurs de son être. Car si vous prêtez bien l’oreille vous verrez que ses chansons lui ressemblent un peu », écrivait alors un confrère de la Téranga, séduit aussi bien par le talent que par le charme irrésistible de la jeune star.

La voix du cœur

A l’apogée d’une carrière qui n’a pas encore cessé de surprendre ses millions de fans dans le monde, Coumba Gawlo ne cesse de montrer aujourd’hui l’autre facette de sa personne en s’exprimant aussi bien par la voix que par le cœur.

En effet, elle ne cesse de multiplier ses actions humanitaires ces dernières années. « Bien plus qu’une artiste, Coumba est une femme de cœur qui œuvre en faveur d’enfants malades et déshérités », souligne un responsable d’ONG à Dakar.

Son association, « Awaga » ou « Lumière pour l’Enfance » créée en 1995, travaille en collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et Plan International.

Marraine du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et nouvelle ambassadrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) depuis le 9 août 2005, la chanteuse a visité plusieurs camps au Sénégal et dans la sous région où elle a donné des concerts gratuits. « J’ai toujours mené toutes mes actions humanitaires sans rien attendre en retour », assure-t-elle.

Cet engagement humanitaire de celle qui aime se définir comme « une contradiction » ne surprend pas ceux qui la connaissent. Ses proches la définissent effectivement comme « un être subtil » resté fidèle à ses principes de vie malgré sa notoriété grandissante.

Aujourd’hui résolument engagée contre des fléaux comme la faim, la pauvreté..., Coumba est aussi une militante infatigable de l’émancipation féminine. C’est ainsi qu’elle a pris la parole, en mars 2005 aux Nations Unies, au nom des Sénégalaises. C’était à l’occasion du sommet mondial des femmes.

Une ambitieuse femme d’affaires

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Coumba Gawlo Seck

Femme d’affaires prospère et rigoureuse avec la morale et la compétence, Coumba Gawlo Seck dirige « Dakar Rendez-vous musique », une société qui évolue dans le domaine de l’art et de la production musicale depuis 2000.

Celle-ci comporte le label Sabar qui produit les albums de la star tout en contribuant à la découverte de nouveaux talents.

« Nous devons contribuer à l’éclosion des talents. Et je ne voudrais pas que mes artistes prennent le car rapide (véhicule de transport en commun de Dakar, NDLR). Dès lors, il faut que ces artistes puissent être soutenus. Ainsi, nous aidons tous les artistes sans exclusion. Et, nous leur offrons le meilleur choix », se défend la jeune diva de la chanson sénégalaise.

La vision de l’artiste, a toujours été de faire partie de ces gens pour qui la musique est une industrie culturelle qui peut rapporter beaucoup. Pour avoir investi des centaines de millions dans l’acquisition d’une puissante sono et d’un banc de montage numérique, Coumba Gawlo croit en la musique, aux opportunités de promotion socio économique qu’offre ce secteur.

Elle ne cache pas donc sa profonde convictions que « la musique peut nourrir son homme du moment qu’on la fasse dans le sérieux, la rigueur et le professionnalisme ».

Loin d’opter pour une dispersion de ses forces, Coumba Gawlo procède étape par étape pour prouver qu’elle connaît la vraie valeur de la musique.

C’est dans cette perspective qu’il faut inscrire la réalisation d’un studio d’enregistrement. « Nous travaillons à vouloir agrandir notre activité, c’est-à-dire tout ce qui peut nous permettre d’être indépendants. Ainsi, le studio d’enregistrement et les unités de duplication font partie de nos ambitions », indique-t-elle.

Incompréhensible célibat !

La star est aujourd’hui à la tête d’une vraie entreprise à l’allure familiale. « Je suis pire que les Italiens. C’est pourquoi vous retrouverez des sœurs et des frères dans la société. Mais, autant je suis famille, autant je suis rigoureuse. Je reste sans état d’âme et sans complexe dans le travail. Si un frère ou une sœur a de la volonté et une envie de progresser, je lui assure une formation pour l’aider à être dans son domaine. Car, il est important de connaître son métier. Ce n’est pas pour faire simplement plaisir à la maman », précise la dynamique businesswoman.

Malgré son insolente réussite, Coumba ne se considère pas comme une référence. « Je n’ai pas la prétention d’être un modèle, j’essaye juste de rester moi-même et d’être ce en quoi je crois : une Sénégalaise qui garde toujours ses racines tout comme son éducation même si elle est le plus souvent en Occident... Si je peux donner le bon exemple à mes frères et sœurs en tant qu’artiste, j’en suis flattée », rétorque-t-elle à une consoeur sénégalaise.

Une humilité pas surprenante car, comme le rapporte, « mes parents m’ont toujours conseillé de ne pas me dévergonder et de ne jamais choisir la facilité ».

Célèbre, riche, belle et charmante, Coumba a tous les atouts pour trouver l’homme de ses rêves. Mais elle reste curieusement...seule !

Craint-elle de confier son cœur à un homme de peur que celui-ci ne l’égare dans les buissons de l’infidélité ou le détroit de la trahison ?

Aïssata Bâ

6 mars 2006