Une vendeuse de poisson pas comme les autres

Fanta Maiga dite Fatim

Une vendeuse de poisson pas comme les autres

Fatim se différencie des autres vendeuses par sa maîtrise de la langue de Molière. Son tempérament, selon ses clients, agressif et sa lenteur ne lui ont jamais valu le mécontentement du moindre client. Tout cela parce qu’elle fait de la bonne sauce de poisson épicée, au goût irréprochable. Musow est allé à la rencontre de cette dame qui fait le bonheur des noctambules du quartier de magnambougou.

Comment êtes vous venue à ce travail ?
Je fais ce commerce depuis 1977, à l’époque j’habitais le quartier de Lafiabougou. Je vendais près du bar dancing rally, l’actuel Djembé. J’ai continué plus tard mon travail devant l’ambassade des U.S.A. C’est après les attentats du 11 septembre que j’ai été obligée de changer de place.

Pourquoi ?
Les clients se faisaient rares dans le coin, qui était sous contrôle. C’est ainsi que j’ai déménagé à Magnambougou. Actuellement, vous le saviez vous-même, je vends en face du coté Est de l’immeuble Wassoulou, immeuble situé juste au niveau du tournant de magnambougou.

A la différence de la plupart des vendeuses comme vous, je remarque que vous-vous exprimez parfaitement en français. Avez-vous reçu une formation quelconque dans la vie ?
Je n’ai reçu aucune formation. Je suis du Nord du Mali. Nous les nordistes nous avons la particularité de nous exprimer bien en français même sans passer par l’école.

Qu’est-ce qui explique votre popularité pendant que tout le monde est unanime que vous avez une humeur compliquée ?
Je ne suis pas compliquée. Loin de là, ce sont les clients eux-mêmes qui sont compliqués. Ils veulent tous être servis en premier. Je suis la seule serveuse, nous ne sommes que trois à faire ce travail.

Vous entretenez de bons rapports, selon mes remarques, avec les gros bras, pourquoi ?
Je vous ai dit que j’ai commencé près du night club bar dancing rally. Ces lieux sont fréquentés par les colosses. C’est la raison pour laquelle je me suis liée d’amitié avec ce clan d’individus peu orthodoxes. Ils me connaissent presque tous, me respectent et prennent ma défense en cas de pépins. Ils représentent une seconde famille pour moi.

Combien gagnez-vous par nuit de vente ?
Je ne sais pas vraiment.Tantôt ça marche, tantôt les clients se font rares. Au fait je n’ai pas pris l’habitude de remarquer mes bénéfices. C’est un grand défaut que je reconnais en moi. C’est ce qui fait la beauté de l’informel (rires). Tout ce que je sais, c’est que je réalise des bénéfices sans quoi, j’aurai arrêté il y a longtemps.

Qu’est-ce que vous visez dans l’avenir ?
Je commence à m’épuiser. Je voudrais juste changer de travail. Je ne dors jamais les nuits. Comme vous le voyez, je travaille tous les jours exception faite le lundi. Mon job est très fatiguant. Il y a des décennies que je travaille toutes les nuits, vous pouvez imaginer ce que cela peut avoir comme conséquences sur une femme de mon âge.