Tresses traditionnelles : Ces coiffures qui parlent

Elles expriment le statut social, la situation matrimoniale ou encore l’appartenance ethnique des femmes qui les arborent Le Mali est connu pour ses immenses richesses culturelles, héritage des grands empires du Ghana, du Mali, du Songhoï.

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"Djubato kun" ou coiffure de la maternité

Les principales ethnies de notre pays conservent jalousement les pratiques traditionnelles de nos glorieux ancêtres. Les origines de ces différents groupes ethniques sont mal définies, peut être à cause de la tradition orale qui a longtemps dominée la transmission de la mémoire collective.

La formation des communautés actuelles remontent au temps de l’empire du Ghana. Après la désintégration de cet empire, beaucoup de peuples se sont dispersés. Les uns et les autres ont migré sur de nouvelles terres.

La cohabitation pacifique s’est réalisée dans le respect des identités culturelles. Depuis ces temps lointains, seule la beauté artistique inspire la saine émulation entre les femmes dans la conception et la confection de leurs coiffures.

Les traditions, les tresses de nos femmes sont aussi vieilles que les terres qui nous portent.
De l’histoire ? Oui ! Et il s’agit, cette fois-ci, des tresses traditionnelles des Maliennes.

Se tresser, de nos jours, est toujours l’affaire des femmes. Mais la tradition affecte un code aux coiffures. Le langage ésotérique fait la différence entre telle coiffure et tel autre modèle.

Dans notre tradition, la femme ne se tresse pas au hasard. Toute coiffure féminine a un sens bien déterminé selon l’âge de celle qui la porte. Cependant le modèle varie d’une ethnie à une autre.

Les tresses longues font le trait caractéristique de la femme peulh qui ne laisse jamais ces cheveux hirsutes. A toust moments, elle est tressée, de la tendre enfance au mariage. Comme dans toutes les ethnies de notre pays, la nouvelle mariée peulh porte une tresse spéciale.

Gomintou Diallo confirme que la coiffure est l’un des artifices importants de la séduction. La chevelure a un grand pouvoir de séduction sur les mâles. Selon elle, les tresses peulh sont généralement couvertes de parures dorées, argentées et parsemées de labanis, de colliers, de fines perles.

L’utilisation du "Yochi" (une mèche traditionnelle) distingue les coiffures des femmes khassonké et soninké de celles des peulh. Le "Yochi" est à base de fibres de "dah" blanc. Ces fibres de "dah" sont teintes en noir avec du "bogoni". Puis on y ajoute des fils noirs.

Traditionnellement, seules les femmes mariées portent des tresses confectionnées avec du "Yochi". Cette coiffure est strictement interdite aux jeunes filles.

Chez les khassonké, durant la période de veuvage, la femme arbore 3 ou 4 types de tresses. En général, les cheveux sont tressés en allant du niveau des oreilles et de la nuque vers le milieu de la tête. La veuve est tenue de dissimuler sa coiffure sous un foulard. Les tresses du veuvage ne peuvent être portées sous aucun prétexte par une femme mariée dont le mari est vivant.

Au pays "bobo", révèle Saly Sanou, qui est de cette ethnie, la veuve se reconnaît par sa tête complètement rasée. Elle se dit fière de constater que toutes les ethnies de notre pays ont adopté aujourd’hui les tresses "Bolognè" qui sont d’origine "bobo". Il est vrai que le "Bolognè" est très populaire. Mais peu de femmes en connaissent les origines.

UN SIGNE DISTINCTIF

Mahamadou Talata, sociologue et journaliste, confirme que la coiffure est un signe distinctif des différentes ethnies de notre pays. Chaque tresse a un sens précis, qui détermine l’appartenance ethnique ou le statut social de la personne qui l’arbore, explique Mahamadou Talata qui travaille à la Maison de la Presse.

Il explique que chez les sonrhaï, on reconnaît la parturiente par la coiffure qu’elle porte. Cette coiffure qui s’appelle "manga", est typiquement sonrhaï.

Tout comme le "zoumbou" qui est composé de deux sillons de chaque côté des oreilles. Les mèches sont ornées de colliers, une grosse crête rouge trône au milieu. Un mélange de fils rouges, de colliers tire vers les oreilles. Le "zoumbou" est réservé aux femmes mariées.

Pendant la période de viduité, une veuve n’a pas le droit de se faire belle. Sa coiffure ne dépasse guère deux sillons. On remarque cette simplification de la coiffure de veuvage dans toutes les ethnies de notre pays.

De même, partout au Mali, une femme noble porte une coiffure différente de celle d’une esclave.

Mahamadou Talata critique la pratique qui consiste à ne présenter nos belles tresses que lors des manifestations culturelles.

Cela ne sauve pour autant pas ce pan important de notre culture, de la disparition.

Hadèye TRAORÉ l’Essor n°15486 du 2005-07-01