Fatoumata Sankaré, Présidente du Parlement des Enfants du Mali : ‘’Mon combat, la défense des droits des enfants’’

Au cours d’un entretien exclusif, la toute nouvelle Présidente du Parlement national des Enfants du Mali, Fatoumata Sankaré, nous a brossé dans un style direct empreint de courtoisie, sa vie - nouvelle - de Présidente, sa conception de la vie. Et surtout, chose surprenante, dans une vision d’adulte, celle qu’on appelle affectueusement Anna en famille, malgré sa jeunesse - 14 ans - a déjà une très grande vision de sa mission, de la vie. Pour elle, droits et devoirs des enfants riment. Les uns ne vont pas sans les autres. Elle invite les adultes à une plus grande responsabilité, vis à vis de leurs progénitures et d’eux mêmes. Sa conclusion donne une dimension particulière de sa personnalité : ‘’Le meilleur héritage que les parents nous lèguent, c’est l’éducation. L’argent peut s’envoler et l’éducation, c’est pour la vie’’.

Qui est Fatoumata Sankaré ? Fatoumata Sankara

(FS) : Je m’appelle Fatoumata Sankaré, j’ai 14 ans. Je fréquente l’école ‘’Cendrillon’’, je fais la 9ème année. Je suis la fille de feu Hassane Sankaré et de Aïssata Barry. J’ai quatre sœurs, je n’ai pas de frère et je suis la benjamine de ma fille.

Pourquoi t’appelle t-on Anna ?

On m’appelle Anna parce que je suis l’homonyme de ma grand mère.

Comment es-tu devenue la Présidente du Parlement national des enfants du Mali ?

Je dirai que c’est un coup du destin. Selon la manière par laquelle le Ministère de la Promotion de la Femme de l’Enfant procède, ils lancent un appel dans les CAP - les Centres d’Animation Pédagogique - et les CAP avertissent les écoles. Les directeurs des écoles, à leur tour, choisissent les élèves selon les critères de performance. A savoir, il faut être un enfant discipliné et qui travaille bien à l’école. Et comme chaque année je suis la première de mon école, le directeur de mon école m’a désignée.

Avec quelle moyenne ?

En 9ème année, cette année au premier trimestre, j’ai eu 17, 80 de moyenne, mais en 8ème année j’avais eu respectivement 19 de moyenne et 18 au premier et second trimestres. En classe de 7ème année, également j’avais 19 en moyenne et en 6ème année, je suis rentrée dans la salle d’examen avec 9, 40 comme moyenne de classe.

As-tu rêvé un jour devenir Présidente du Parlement des enfants ?

Effectivement, c’était un rêve d’enfance, mais je n’ai jamais pensé que cela deviendra un jour une réalité. C’est avec Adam Maïga (NDLR, ancienne présidente du Parlement des enfants) que j’ai commencé à rêver de cela. Sa manière de parler, de s’exprimer au nom des enfants, m’a beaucoup fascinée. Enfant, j’ai rêvé d’être un jour comme elle. Et surtout, de la manière dont j’ai vécu, de la manière dont j’ai vu les enfants souffrir. Je peux dire que j’ai une petite expérience de la souffrance des enfants dans la vie.

Sous quel signe, tu places ton mandat ?

Durant mon mandat, j’ai une vision qui concerne la mendicité des enfants. On essaiera de faire de notre mieux pour avoir des solutions ou alternatives contre la mendicité des enfants.

Pourquoi spécifiquement tu as choisi le thème sur la mendicité ?

Je dirai que le choix du thème sur la mendicité n’est pas fortuit. Parce que le phénomène de la mendicité englobe tous les aspects de maltraitance et des sujets comme : le Sida, le trafic et la violence des enfants. Un enfant mendiant, c’est un enfant qui subit tous ces aspects. Je pense qu’au lieu de passer à la lutte contre ces fléaux, il faut s’attaquer à la racine qu’est le phénomène de la mendicité des enfants.

Est-ce à dire qu’en dehors de la mendicité, la Présidente du Parlement des enfants, ne s’intéresse pas aux autres thèmes qui touchent les enfants ?

Si ! tous les autres thèmes intéressent les autres enfants. Le Parlement des enfants est là pour la cause et la promotion des enfants. Si, nous sommes là, c’est pour les enfants. En dehors de la mendicité, il y a le trafic des enfants, la scolarisation des petites filles, l’enregistrement des enfants à la naissance et beaucoup d’autres problèmes qui concernent les enfants.

Peux-tu nous parler de ta vie nouvelle de Présidente. Qu’est-ce que tu fais maintenant ? Comment es-tu perçue en famille ? à l’école et dans la rue ?

Je dirai que ce n’est pas facile. Avant même de devenir Présidente, j’étais un modèle - exemple - pour mes camarades en famille et à l’école. Actuellement, au niveau de la famille j’essaie d’être toujours la même. Je ne veux pas changer. Ce n’est pas parce que je suis Présidente du Parlement des enfants que je ne vais plus travailler à la maison, balayer la cour ou faire la cuisine. Un enfant doit toujours rester un enfant. Le parlement est là pour nous apprendre la vie future, la manière par laquelle on doit se comporter, respecter les parents et les aînés. Les gens pensent que le parlement, c’est pour uniquement défendre nos droits. Le parlement, c’est également pour faire comprendre nos devoirs en tant qu’enfants. A l’école, même avant le parlement, j’étais respecté de tous : les élèves, les maîtres, tout le monde... Certes maintenant avec le titre de Présidente, certains me traitent avec beaucoup plus d’égards. Moi je reste naturelle, comme je l’étais.

Le titre de Présidente du Parlement des enfants, joue-t-il sur ta jeunesse ? T’empêche t-il d’être comme les autres enfants de ton âge ?

Je dirai que ce n’est pas facile parce qu’en dehors de l’école maintenant, je gère beaucoup de choses. A savoir en plus des activités scolaires, celles du parlement et le social et les travaux ménagers. Etant une fille, je ne dois pas me fier à l’école et aux activités du Parlement. Un jour, je vais me marier. Il faut que j’apprenne comment gérer un foyer. On apprend, mais c’est théorique. La pratique, c’est dans la famille. Il me faut obligatoirement apprendre tout cela. Et ce n’est pas facile. Je le reconnais. Souvent même, il m’arrive à craquer. Dieu merci, il y a ma maman qui est à coté de moi qui me console. C’est un engagement que j’ai pris et j’ai une obligation de résultat.

Parlons d’engagement. Concrètement quel est le rôle de la Présidente du Parlement des Enfants du Mali ?

Normalement, si les choses se passent correctement, la Présidente est là pour coordonner. Au niveau national, nous avons un bureau - noyau central - qui est un groupe parlementaire.

Le bureau du Parlement des Enfants, comprend combien de membres ?

Nous avons 40 membres et un noyau central de 6 membres à savoir, un poste de président, deux postes de vice président, un organisateur, un rapporteur et un trésorier. Sur le décret, nous avons quatre groupes parlementaires : Protection de l’Enfant, Survie de l’enfant, Développement et la Participation de l’enfant. Et cette année, spécifiquement nous avons créé un cinquième groupe sur le Vih Sida. En plus du bureau national, nous avons un bureau régional dans chaque région composé de 26 membres et le bureau du district comporte 34 membres.

Votre mandat, c’est pour combien de temps ?

Le mandat, c’est pour deux ans.

Est-ce que tu peux prétendre à un second ?

Ça dépend si on remplit les critères. A savoir l’âge. Moi, maintenant, j’ai 14 ans et à la fin de mon mandat j’aurai 16 ans et je peux me présenter encore. Au delà de 18 ans, on n’est plus enfant. Et on ne saurait parler en leur nom. Il faut être élu obligatoirement à la base. Pour rentrer au bureau national, il faut au préalable être dans un bureau régional. Et moi je suis issue du bureau régional du district de Bamako.

Après votre mandat , est ce que vous allez vous engager pour d’autres causes ?

Je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir, en ce qui concerne la politique. Mais pour les autres causes sociales, je crois que c’est une obligation de poursuivre le combat...que j’ai déjà commencé. Après le parlement, je dois nécessairement militer dans des organisations de jeunesse puis d’adultes. Il me faut défendre la cause des jeunes aujourd’hui et peut être demain celle du Mali.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans la vie ?

La justice.

Pourquoi ?

Parce qu’il y a plein d’injustices dans la vie. J’aime également l’indépendance. Je ne veux pas dépendre de quelqu’un. Et pour être indépendante, il faut obligatoirement étudier. J’aime vraiment les études. Avant les activités parlementaires, je n’avai aucune activité en dehors de mes études et des travaux domestiques.

Quel message as-tu pour les enfants ?

C’est d’étudier. Les enfants doivent apprendre à la fois à l’école et en famille les règles de conduite et de la vie. Par contre à l’endroit des filles, j’ai un message : une fille peut tout faire à la maison et travailler à l’école. Malheureusement, on constate que les filles ne travaillent ni à l’école ni à la maison. Elles passent le plus grand de leur temps à se pavaner. Je leur conseille d’apprendre à l’école, à la maison et surtout de respecter les adultes.

Quel message as-tu pour les adultes ?

D’être toujours responsable envers les enfants et envers eux-mêmes parce que mettre un enfant au monde, c’est une lourde responsabilité. Il faut que les parents - surtout fonctionnaires - apprennent qu’il ne s’agit pas d’embaucher des gens pour s’occuper de leurs enfants. L’enfant a besoin de l’amour de ses parents. Qu’ils s’occupent de leurs enfants et les éduquent. Et surtout qu’ils n’essaient pas de tout faire pour les enfants : un enfant a surtout besoin d’éducation. Le meilleur héritage que les parents nous lèguent, c’est l’éducation. L’argent peut s’envoler et l’éducation, c’est pour la vie.

Entretien réalisé par Almahady M. Cissé

Le Républicain du 28 avril 2006.