Résolution des conflits et intégration en Afrique : La contribution des femmes évaluée à Bamako

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Ellen Sirleaf Johnson, Présidente du Libéria

« Conférence sur le genre, la paix et la sécurité en Afrique » ! Tel était le thème d’une rencontre internationale que la capitale malienne a abrité du 12 au 15 juin 2006. Initiée par l’ONG « Femmes Africa Solidarité » (FAS), la conférence a enregistré une centaine de participants. Aux côtés du Président de la République du Mali, M Amadou Toumani Touré, on notait la présence de son homologue du Libéria, Mme Ellen Johnson Sirleaf et de Mme Dlamini Zuma, Ministre des Affaires Etrangères d’Afrique du Sud.

« Les femmes sont les premières victimes des conflits, mais elles ont été longtemps tenu à l’écart de leur résolution. D’où l’échec de nombreuses initiatives de paix en Afrique », rappelle Mme Julienne Ondziel, présidente du Conseil exécutif de Femmes Africa Solidarité (FAS).

Une discrimination que cette ONG se bat pour combler depuis une décennie par des initiatives concrètes et efficaces. Et c’est pour célébrer ses 10 ans d’existence, la FAS a choisi le Mali pour abriter son Assemblée générale.

Selon les organisateurs, le choix du Mali s’explique par le fait que ce pays a pu résoudre pacifiquement la rébellion touareg par le dialogue, à travers la signature du « Pacte National » le 11 avril 1992 et surtout la mémorable « Flamme de la paix » allumée le 27 mars de chaque année (depuis 1996) à Tombouctou pour symboliser la réconciliation nationale.

L’implication du président Amadou Toumani Touré dans la médiation et la résolution des conflits justifie également ce choix. Et les récents événements survenus au Nord du pays le 23 mai (ce jour, des assaillants ont attaqué deux villes du Nord, Kidal et Ménaka, avant se de replier après avoir vidé les camps militaires de leurs armes) sont loin d’ébranler les convictions des organisateurs.

Pour les membres du Conseil exécutif et du Bureau exécutif du FAS, « les foyers de tension mettent du temps à s’éteindre définitivement. Ce qui fait que la paix est un processus qu’il faut consolider ».

La rencontre de Bamako est organisée dans cette optique. Intitulée « Conférence sur le Genre, la Paix et la Sécurité en Afrique », elle visait à capitaliser les dix ans d’expérience des femmes africaines dans la prévention et la gestion des conflits.

Un courage et une implication qui ont fait leur preuve dans les zones du Mano River (Guinée, Libéria et Sierra Léone) et des Grands Lacs (Burundi, Rwanda et République Démocratique du Congo).

Elle a également permis de réunir les femmes africaines oeuvrant dans le cadre du processus de prévention, de gestion et de résolution des conflits en Afrique.

L’exaltant exercice de l’autocritique

Dans la capitale malienne, les « Colombes » africaines se sont livrées à un exercice d’autocritique. Un exercice difficile, mais exaltant qui leur a permis de tirer les leçons des dix ans d’expérience en termes de succès et d’échecs tout en identifiant les meilleures pratiques des femmes artisanes de paix. Cela a abouti à la définition d’une stratégie pour les actions futures.

Dans la mouvance de la célébration de ce 10è anniversaire, l’ONG a commandité une étude courant janvier-février 2006 dont l’objectif est de capitaliser 10 ans d’expériences de FAS dans son travail avec les mouvements de paix des femmes africaines.

La conférence de Bamako a servi de cadre au lancement officiel des résultats de cette étude ainsi que les outils qui en découlent. Celle-ci (étude) a été sur une analyse conceptuelle à travers des rencontres avec les femmes, les partenaires de FAS et les réseaux locaux pour la promotion de la paix.

L’objectif recherché était de recentrer les actions de l’Organisation non gouvernementale sur « les aspects du plaidoyer communs à toutes les femmes africaines médiatrices de paix ».

Cette étude s’est naturellement concentrée sur les zones d’intervention prioritaire de FAS comme le Mano river (fleuve Mano) et les Grands Lacs. Elle a ainsi pu relier les réseaux de femmes oeuvrant pour la paix dans ces régions avec les systèmes nationaux, régionaux et internationaux de protection et de promotion des droits humains.

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Mme Bineta Diop, Secrétaire exécutive de FAS

« Les leçons tirées de cette évaluation vont nous permettre de revoir notre programme, d’analyser nos succès et contraintes et d’en déduire les orientations futures du plaidoyer... Elle nous permettra également d’établir un répertoire des femmes ayant joué un rôle primordial pour la stabilité et le développement de leur pays et de leur région », nous a expliqué Mme Bineta Diop, Secrétaire exécutive de FAS.

Des recommandations pertinentes

La conférence a donc souligné la nécessité de renforcer la solidarité des femmes en adoptant un pacte de solidarité entre elles-mêmes d’une part et d’autre part avec les jeunes. Les conférenciers ont proposé la création d’un fonds d’appui destiné à soutenir les candidates aux élections présidentielles et d’un fonds de reconstruction après les conflits.

La rencontre de Bamako a recommandé une implication accrue des femmes dans les mécanismes traditionnels, politiques et diplomatiques de résolution de conflit, le renforcement des capacités des femmes pour une participation citoyenne aux prises de décisions et aux partages des opportunités.

Elle a invité les décideurs politiques à installer des mécanismes fonctionnels d’alerte précoce en y incluant les femmes et les jeunes avant de recommander la valorisation et la consolidation du mouvement de femmes.

Le Premier ministre malien, Ousmane Issoufi Maïga, a réaffirmé que le combat pour la paix demeurait une constante dans son pays. Et aux avant-postes de ce mouvement, se trouvent des femmes qui œuvrent inlassablement pour un monde débarrassé de la guerre et de tout traitement humiliant ou dégradant envers la gente féminine voire l’humanité toute entière.

Femmes Africa Solidarité est une ONG de femmes qui cherche à développer, à consolider, à promouvoir le rôle de leadership des femmes dans la prévention, la gestion, et la résolution des conflits sur le continent. FAS œuvre pour une plus large campagne en faveur de la promotion et de la protection des droits de la femme en Afrique. Elle a été créée en 1996 pour faire face à une explosion de conflits violents qui déchiraient le tissu social en Afrique.

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Mme Julienne Ondziel, présidente du Conseil exécutif de Femmes Africa Solidarité (FAS)

Un engagement constant pour la cause de la Femme FAS est née suite à un constat dramatique et d’une prise de conscience. « Les nombreux conflits qui ont ravagé les pays africains ont défait la trame du tissu social et affaibli la solidarité et l’humanité légendaires de la société africaine. Les conséquences néfastes de ces guerres, tels que les abus et violences sexuels commis sur les femmes, les déplacements massifs de population entraînant l’éclatement des familles, la propagation effrénée des pandémies comme le VIH/Sida, la culture de l’impunité... nous interpellent tous », rappelle Mme Julienne Ondziel, présidente du Conseil exécutif de FAS

Renforcer le leadership des femmes pour une participation plus effective dans les mécanismes de résolution de conflit et de construction de la paix, consolider leur capacité à influencer le changement des politiques et l’intégration des questions de genre dans les projets/programmes des organisations nationales, régionale et internationales en matière de paix et de sécurité sont, entre autres objectifs recherchés par cette dynamique ONG.

Basée à Genève (Suisse), FAS dispose d’un bureau à New York, auprès des Nations Unies pour consolider sa présence au niveau international. Elle vient également d’ouvrir un bureau régional à Dakar pour coordonner ses actions en Afrique.

La conférence de Bamako a vu l’attribution, pour la première fois, du « Tombouctou Award » qui est une distinction qui récompensera désormais les personnalités qui se sont illustrées de par leur engagement pour la paix.

Pour la circonstance, ce prix a été remis au Président de la République du Mali, Amadou Toumani Touré pour ses efforts en faveur de la paix dans le monde.

De nombreuses autres personnalités, féminines notamment, ont vu leurs efforts reconnus et récompensés par cette distinction.

Par celle-ci, FAS veut non seulement encourager les récipiendaires à persévérer dans leur engagement, mais aussi motiver de nouvelles « Colombes » à s’engager résolument sur le front de la paix et du développement de l’Afrique.

Moussa Bolly

30 juin 2006.