Djélika Diawara, cantatrice en herbe, L’étoile montante de la musique malienne

Elle a la voix de sa beauté. Un atout qui, en plus de son inspiration dans la composition des chansons, lui ouvre largement les portes du succès dans le show biz national. Mais, pour le moment, Djélika Diawara est à son coup d’essai avec Kôli (précarité). Un album disponible dans les bacs depuis le 17 mai 2006. Clin d’œil à un jeune talent qui cherche entre tradition et modernisme, sa voie sur la scène musicale.

Kôli est un album de dix titres produit par Sydney et distribué par Mali K7. Un opus plein de rythmes parce que combinant, avec une fascinante facilité, tradition et modernité.

Ce qui n’est pas surprenant parce que Djélika se définit comme artiste/cantatrice. « Avec la piraterie, la musique ne nourrit pas son homme. Nous sommes donc obligés d’essayer de faire plaisir au maximum de gens possible », souligne-t-elle de sa séduisante voix.

Les thèmes abordés dans les chansons en disent aussi long sur la maturité de cette jeune fille branchée, mais à cheval sur les traditions musicales du pays (bamanan fôli, style du Wassoulou...).

« La société ne fait plus de place aux pauvres alors que la pauvreté gagne du terrain. Cela se ressent d’abord dans les familles où on est respecté que lorsqu’on est riche. La misère est, en grande partie, source de beaucoup de fléaux qui gangrènent actuellement notre société », s’inquiète Djédjé (son surnom intime).

La crainte de la perte des valeurs positives de la société, ne lui fait pas perdre espoir. Une espérance moulée dans l’amour (Diarabi). « L’amour est le fondement de la vie. Il faut donc que nous nous aimions les uns les autres », souhaite la jeune Niamakala (caste).

Fille de cantatrice (Djénéba Dramé) et d’un orateur, Djélika pouvait difficilement échapper au destin qui est le sien présentement.

N’empêche que ses parents souhaitaient d’abord lui faire profiter des bienfaits de l’instruction en l’inscrivant à l’école. « Je ne parvenais plus à me consacrer à mes études à cause de ma passion pour la musique », argumente-t-elle. Et finalement elle a abandonné les bancs en 6è année du fondamental.

Il en aurait pu être autrement pour un talent qui est habitué au succès depuis sa tendre enfance. « Enfant, j’étais la grande vedette de nos soirées au clair de lune sur la place publique du village. Et par la suite, à Ségou, mes camarades organisaient des manifestations folkloriques les après-midi. Elles m’invitaient pour que je chante leurs louanges. En retour, je recevais d’elles des pièces de 25 à 50 F CFA », se souvient-elle.

Charmés par sa voix sublime, les bozos de Dioro (Ségou) l’arrachèrent à ses camarades d’âge. Djélika devint vite une starlette dans la zone de l’Office du Niger. Ce fut ensuite le tour des Diawandos de jeter leur dévolu sur la cantatrice. Et, jusqu’à ce jour, ils ne l’ont pas lâché parce que sa voix continue à leur donner des frissons, à les émouvoir aux larmes et à flatter leur orgueil par la narration des hauts faits de leurs ancêtres.

Et lorsque son père décide de se fixer définitivement à Bamako, Djélika rejoint la coqueluche de Markala, Maïmouna Dembélé, comme choriste. Elle mettra, par la suite, sa voix et surtout son inspiration (composition de chants) au service de nombreux artistes jusqu’à ce que le jeune Sydney la pousse dans le studio pour amorcer une carrière solo.

Fan de Kandia Kouyaté et de Sadio Kouyaté, Djélika rêve aujourd’hui de connaître le même succès national et international que ses idoles. Même si elle n’est pas très satisfaite de ce coup d’essai, la tentative ne restera pas en tout cas vaine. Elle permet à Djélika de briller en dehors du cercle des Sumu (animation des cérémonies sociales comme les baptêmes et mes mariages) pour mieux se positionner dans le cercle des espoirs de la musique malienne.

Avec le talent et la détermination qui l’animent, on peut fort parier qu’elle ne mettra pas du temps à trouver sa voie sur les scènes musicales maliennes, africaines voire mondiales. Elle en rêve et elle est déterminée à relever ce défi !

Moussa Bolly

30 juin 2006.