Bolé : prison pour femmes et mineurs

Ce mois-ci, musow a voulu en savoir un peu plus sur les conditions des femmes au Mali en milieu carcéral. Pour cela, nous avons rencontré la directrice du centre spécial de détention, de rééducation et de réinsertion pour femmes et mineurs de Bolé. Les propos...

Madame, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Madame Diarra Assétou Kouyaté. Après les études secondaires au lycée de filles de Bamako, j’ai suivi une formation d’assistance sociale à l’Ecole Secondaire de la Santé (ESS) et j’ai ensuite effectué des formations en Tunisie et en France sur l’éducation spéciale des enfants en difficultés. En 1990 je fus promue Administrateur des Affaires Sociales et nommée Directrice du centre de Bolé en 1998.

Après vos études en science sociale, pourquoi avoir choisi le monde carcéral, un monde si triste ?

Eh bien, j’ai exercé d’autres fonctions, notamment comme chef de division de régime de détention et de règlement des prisons du Mali. Je n’ai pas choisi ce monde qu’il faut comprendre d’ailleurs, mais j’y fus muté car la vocation de la science sociale c’est d’assister tout le monde en tout lieu et à tout moment.

Pouvez-vous nous dire les conditions de détention des prisonniers en général au Mali et des femmes détenues en particulier.

Comme vous le savez une prison n’est pas un hôtel et je vous avoue que les conditions de détentions au Mali prennent en compte les droits élémentaires de l’homme et les geôles maliennes ne sont les pires au monde. Les problèmes d’incarcération existent partout dans le monde. La particularité de Bolé est que c’est un centre de détention de femmes dirigé par une femme. Pour les femmes....

(C’est là que je fus invité à pénétrer dans le centre de détention pour femmes. Une visite guidée, bien sûr...).

Pourquoi un centre de détention uniquement pour femmes ?

Le centre spécial de détention, de rééducation et de réinsertion pour femmes et mineurs répond aux soucis de mieux préserver les droits humains. Certaines Organisations Non gouvernementales (ONG), dans le souci d’améliorer les conditions de détention des femmes ont aidé le ministère malien de la justice pour réaliser ce centre en 1998 sous l’égide de Adam Ba Konaré, première dame du Mali et marraine de la structure.

Quel est le mobile de détention le plus fréquent pour les femmes au Mali.

Pour les filles mineures, c’est l’infanticide qui occupe la première place. Au premier contact avec ces filles en détention, elles mettent beaucoup l’accent sur la précarité des conditions de vie.

C’est-à-dire ?

La majorité de ces filles sont des filles rurales qui se rendent dans les grandes villes en quête d’un bien-être social, la constitution du trousseau de mariage. Ces jeunes filles sont victimes soit de proxénétisme ou encore s’adonnent carrément à la prostitution, ce qui peut amener des grossesses non désirées et conduire souvent au pire, je veux dire l’infanticide. A côte de ce mobile principal, nous avons enregistré également des cas d’homicides involontaires, de vols, d’abus de confiance et de violences domestiques.

Pour les femmes d’âge mûr, le motif le plus fréquent est l’homicide involontaire, les détournements de denier public, faux et usage de faux, la violence domestique et quelque fois des cas d’abandon de domicile conjugal.

Votre centre compte aujourd’hui combien de détenus ? Aujourd’hui, le centre compte 60 femmes et 10 enfants.

Quelles sont les grandes difficultés auxquelles vous avez été confrontée ?

Les difficultés que nous avions rencontrées furent d’ordre financières : au début, nous ne disposions pas de fond de roulement conséquent de la part du Ministère de la justice et nous dépendions essentiellement de l’aide de certaines ONG. Pour pallier à ce manque d’argent nous avons décidé de faire contribuer les détenues elles-même par le travail. Ce qui fait que toutes les femmes en détention dans le centre de Bolé reçoivent une formation dans une des filières suivantes : teinture, savonnerie et couture. Elles font la cuisine à tour de rôle et à la fin de leur séjour au centre, elles sont capables d’exercer un métier à but lucratif et cela pour endiguer la pauvreté et s’éloigner de la tentation. Pendant leur détention, les détenues confectionnent des articles vendus lors des foires expositions et les revenus servent à payer leur travail (les détenues sont payées à la tache).

Quelles sont les conditions de détention des femmes enceintes dans votre centre ?

Les femmes enceintes suivent régulièrement les soins afférents à leur état. Elles suivent la formation de leur choix jusqu’au terme de leur grossesse. Au moment de l’accouchement, ces femmes sont dirigées sur les centres de référence. Après la première semaine, la mère et l’enfant sont reconduits au centre. Au moment où la mère suit sa formation, l’enfant est confié à la crèche du centre. La continuation des ces oeuvres implique l’engagement de tous.

Comment réagissent les hommes après une visite au centre de Bolé ?

Depuis la création du centre de Bolé, les hommes pensent du bien de ce centre et ils le disent mais aussi, il y en a quand même qui nous soutiennent en achetant nos articles. Vous savez, le centre de Bolé est cité comme exemple de prison humanisée à travers le monde.

Comment arrivez-vous à concilier vos obligations conjugales (notamment l’éducation de vos enfants) avec un travail qui peut vous prendre le plus gros de votre temps ?

Pour concilier les obligations à la fois conjugale et professionnelle, je bénéficie de l’esprit d’équipe qui prévaut ici dans l’administration du centre et une complémentarité sans faille de mon adjoint notamment en matière de gestion du centre.

Les ex-détenues peuvent-elles selon vous jouer un rôle de développement dans une société qui les rejette d’office ?

Je le pense sincèrement. Psychologiquement, le centre permet à la femme de faire un mea culpa, de revenir en arrière et d’accepter de changer dans le bon sens. Dans une telle situation, l’apprentissage d’un métier n’est que salvateur. La femme une fois libérée pourra exercer tranquillement son métier et subvenir à ses besoins fondamentaux.

(Au terme de cet entretien, l’équipe de rédaction a tenu à donner la parole à une détenue avec l’accord de la Directrice, assurément ;-). Je suis Fanta Doucouré, ivoirienne et je suis en détention ici pour faux et usage de faux.

Je me suis laissé entraîner par le gain facile et je n’hésitais pas à placer des faux documents de voyage et autres papiers administratifs que je recevais. Toute la bande fut arrêtée et depuis une année nous avons été condamnée et moi je fus transférée ici. C’est un acte que je regrette fort aujourd’hui et dès mon arrivée je me suis fait inscrire en "coupe et couture" et aujourd’hui grâce au centre, je peux réaliser tous les modèles pour femmes. J’espère qu’à ma libération j’aurai des appuis pour exercer ce métier duquel j’espère bien pouvoir vivre. C’est un souhait véritable.

Ici, nous ne nous plaignons de rien mais une prison reste toujours une prison. Rien ne vaut la liberté !

Propos recueillis par Séga SISSOKO fin août 01.