Oumou Armand Diarra, écrivaine malienne : Une plume au service des causes nobles

Originaire de Faraba (Mali), Diarra Oumou Armand Sangaré est née en 1967 à Belgrade (ex-Yougoslavie). Elle a fait ses études entre le Mali, la Côte d’Ivoire et la Tunisie. Elle a ensuite fréquenté la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Tunis (Institut Bourguiba des Langues Vivantes). Dans ce dernier établissement elle a décroché un diplôme universitaire de langues (chinois et italien) et de littérature en 1994 ainsi qu’un diplôme de maîtrise en langue et littérature françaises, option sémiologie communication, didactique et cinéma en 1996. Écrivaine aujourd’hui, elle a mis son talent au service des nobles causes.

« Avec la publication de son premier recueil de nouvelles, Oumou Armand Diarra a fait une entrée remarquée dans la prose malienne avec un titre révélateur qui donne l’allure au réveil tonitruant de l’esthétique féminine dans ce pays, le Mali » ! Le commentaire est du Docteur Cécile Dolisane Ebossé, critique littéraire. Et c’est l’analyse qu’elle faisait du premier ouvrage de la jeune écrivaine, « l’Afrique, un défi au féminin » (Editions Casbah, Alger 1999).

Sept ans après ce brillant coup d’essai, Oumou Armand Diarra récidive en publiant son second ouvrage, tout aussi sensationnel que le premier, « Les Nouvelles du pays, miroir d’une société » (Editions, Le Manuscrit, Paris 2006). Une œuvre également bien accueillie par les critiques. D’une écriture simple et aérée, le style linéaire du second recueil de nouvelles emprunte les techniques de la littérature traditionnelle orale. Les personnages, l’énoncé, le discours du narrateur sont des signes à interpréter.

Ce livre révèle surtout l’ingéniosité de l’auteur et son habilité à puiser dans le vécu de tous les jours. « Le parcours tumultueux de ses personnages entraîne le lecteur au cœur de leurs émotions. Un vrai régal pour les yeux, car il suscite une lecture active », reconnaît une consoeur qui a eu le privilège de lire l’œuvre.

Fascinée par la littérature !

Entre la jeune écrivaine et la littérature, c’est une histoire de fascination et de passion.

« J’ai toujours été fascinée par les écrits des romancières sénégalaises comme Mariama Bâ (Une si longue lettre), Aïssata Sow Fall (La grève des battus) et Aminata Maïga Ka (En votre nom et au mien). Tout comme j’ai été séduite par les œuvres des Maliennes Awa Keita (Femme d’Afrique), Bintou Sanankoua (Un empire peul au 19ème siècle, la diina au Macina), Adam Bâ Konaré (Dictionnaire des femmes célèbres du Mali) et Aminata Dramane Traoré (l’Etau l’Afrique dans un monde sans frontières). J’admire également certains auteurs français comme Labruyère (les caractères), Choderlos de Laclos (Les liaisons dangereuses) et Diderot (Jacques Le Fataliste) », explique-t-elle. Elle ajoute, « les Mercredis après l’école, ma mère amenait ma sœur, mon frère et moi dans une librairie à Cocody-Mermoz (Abidjan-Côte d’Ivoire) pour nous faire découvrir le plaisir de la lecture. Le goût de la lecture fit naître en moi le désir de devenir auteur. Ce désir s’aiguisa au fil du temps. En Tunisie, j’avais gardé par devers moi, un cahier dans lequel je n’hésitais pas à écrire les idées que m’inspirait mon environnement. Cela devint par la suite la source de mon inspiration. Rêve d’enfance, l’écriture est devenue pour moi un mode d’expression culturelle qui montre mon attachement aux valeurs de ma société ».

Un talent engagé pour la Femme et pour l’Afrique

En tant que combattante de la liberté, de l’égalité et de la justice sociale, Oumou est naturellement un talent engagé. « Ecrivaine engagée, je le suis parce que je défends toujours la cause des faibles, des gens qui vivent leur problème dans le silence. J’ai toujours eu une vision optimiste des problèmes du monde. Tout peut se résoudre tant qu’il y a un brin d’espoir. Le regard pessimiste, je l’évite, puisqu’il nous mène à nous enfermer devant toute perspective », affirme-t-elle.

Cela se sent aussi dans ses sources d’inspiration. « Je m’inspire des réalités de la société. Et à partir de recherches sur le terrain, je crée un schéma ou la fiction est puisée de la réalité. Tout le récit est alors centré autour de personnages auxquels je donne vie presque instinctivement. Mon inspiration est orientée aussi vers les thèmes d’actualité comme l’immigration, l’éducation, la pauvreté, le quotidien des hommes, le problème du choix des valeurs... », précise celle qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis avec son époux.

Pour l’intellectuelle, « la littérature peut avoir un impact sur le comportement humain. Son apport est productif dans le sens ou elle peut améliorer, transformer une condition de vie. La littérature apporte l’éclairage et le discernement nécessaires à la femme dans sa quête de l’émancipation dans le domaine juridique, économique et social. Le rôle de la littérature dans l’émancipation de la femme dans la zone rurale pourrait être déterminant, à condition de leur assurer l’éducation nécessaire. La littérature peut influencer voire transformer l’attitude, le comportement de la société envers la femme ».

Porte-parole d’une génération et d’une culture

Le talent et le succès littéraires de Oumou Armand lui offrent de nombreuses opportunités. Ainsi, en octobre 2004, elle participe à la Conférence Internationale des écrivaines Noires à l’Université de New York. Une initiative qui, selon elle permet aux femmes d’Afrique, d’Amérique et de la diaspora d’échanger leurs idées sur le thème de la globalisation. Et là, elle séduit par la cohérence de son raisonnement, le courage de sa prise de position et la pertinence des idées qu’elle y a défendues.

« L’ère de la mondialisation avec son corollaire de libéralisation du Commerce International est supposée donner une dimension globale, ouverte à la culture tout en supprimant les barrières culturelles entre les Etats. Toutefois, ce processus nécessite la mise en place de règles de jeu qui font que les droits d’auteurs sont respectés, la recherche, la création artistique et les innovations sont mieux protégées. C’est là tout l’enjeu des négociations du cycle d’Uruguay », avait rappelé Oumou au cours de cette conférence.

« La globalisation vise à assurer la libéralisation des biens culturels en leur donnant une valeur marchande et à promouvoir la recherche et la création. Mais, dans l’évolution actuelle du monde, il existe des cultures dominantes qui conquièrent de plus en plus d’espace. Tel est le cas de la culture anglo-saxonne », avait-elle ajouté. Et a son avis, plusieurs raisons expliquent cette situation. L’une d’elle est que la langue anglaise s’est imposée comme une langue dominante dans le monde, par son dynamisme et par le fait que d’immenses moyens sont mis pour la création d’œuvres artistiques, littéraires, filmées... en anglais.

Sans compter que certaines cultures sont restées minoritaires parce qu’elles sont véhiculées par les langues orales et sont restées sous l’emprise de la Tradition, les privant de cet élan de créativité et d’enrichissement. C’est le cas des langues africaines en général. « Plutôt que de favoriser l’interpénétration des cultures, les difficiles négociations du cycle d’Uruguay démontrent que la mondialisation ne profitera pas aux cultures dites minoritaires. Au contraire, elle pourrait provoquer leur lente disparition, assurant ainsi la suprématie de la culture dominante. Or, un monde uniforme sur le plan culturel est un monde ennuyeux. La culture est par excellence le domaine dans lequel la diversité est source de recherche et d’expression de tout un peuple », prévient la talentueuse écrivaine.

« Plus il y a de cultures, plus le monde est diversifié, plus il y a cette envie de découvrir. S’il n’y avait qu’une seule culture, personne n’envisagerait d’aller vers l’autre. C’est pourquoi, nous sommes d’accord avec la démarche de l’Unesco qui vise à préparer une Convention internationale sur le respect de la diversité culturelle », avait elle conclu sous de vives acclamations.

Aujourd’hui, l’un des plus grands souhaits de Oumou Armand est « que les cultures dites dominantes laissent à la littérature des pays en développement, des pays africains en particulier, un espace pour leur permettre d’éclore. Une préférence doit être accordée à la littérature féminine. Un monde de diversité culturelle ne peut être qu’un monde riche dans lequel on a envie d’apprendre l’un de l’autre. Ce fait est avéré en particulier, s’agissant de la littérature ».

Actuellement, Diarra Oumou Armand Sangaré se consacre à la recherche dans le domaine de la littérature africaine. Mais, elle ne cesse de donner de grandes leçons de vie à son lectorat.

« L’espoir naît en nous quand nous avons cette ambition de devenir l’homme le plus puissant, le plus heureux, le plus riche de toute une génération. Mais, nous ignorons que le fait de devenir subitement puissant, riche et heureux peut engendrer une métamorphose chez l’être- humain », avertit-elle surtout à l’attention de ses sœurs.

En tout cas pour la jeune et talentueuse écrivaine, « la femme devra être combative, patiente et courageuse ». Des valeurs que la nouvelle égérie de la littérature malienne et africaine incarne incontestablement.

Aïssata Bâ

25 août 2006.

Contact de Sangaré Oumou Diarra
 Mail : oumoudz@yahoo.fr

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages publiés :
 L’Afrique un défi au féminin, Editions Casbah, Alger, 1999. (Nouvelle)
 Les nouvelles du pays, miroir d’une société, Editions Le Manuscrit, Paris 2006. (Nouvelle)

En cours de publication :
 Tradition et Modernité dans Le Sang des Masques de Seydou Badian et dans L’honneur de la tribu de Rachid Mimouni, Fondation Littéraire Fleur de Lys, Canada. (Etude Littéraire)