Ramatoulaye gassama dite Anna, athlète malienne : « Je veux être une reine de l’athlétisme »

A 20 ans, Ramatoulaye Gassama dite Anna est sans doute l’un des meilleurs espoirs de l’athlétisme féminin au Mali voire en Afrique. Elle est en tout cas, la reine incontestée des 400 m au Mali. Une couronne que cette longiligne fille, aux allures de garçon raté, tente d’imposer dans la sous-région. La jeune athlète est sur la voie de relever le défi avec un record personnel de 56’’82 (le record national est d’un peu plus de 55’’). Elle a déjà à son palmarès plusieurs médailles (Or, argent et bronze) et rêve d’être une reine des pistes d’athlétisme comme la Sénégalaise Amy Mbacké Thiam, son idole.

Une médaille d’Or (4x400m féminins) et une en bronze (400m) ! C’est le bilan de la participation de Ramatoulaye Gassama au dernier Tournoi de la Solidarité de Lomé (Togo, du 12 au 14 Mai 2006).

Une brillante participation qui ne peut que lui apporter un immense bonheur. « Je suis naturellement heureuse de cette performance. Je rends grâce à Dieu et à mes parents. Je remercie aussi mes encadreurs au niveau du Djoliba et de l’Equipe nationale. Je suis fière d’avoir contribué à hisser haut les couleurs du Mali lors d’une compétition sous-régionale. Je suis autant fière de mes deux médailles que de la première place occupée par le Mali dans le classement général. Ma fierté est d’autant plus grande que les filles ont énormément contribué à cette consécration finale », se réjouit la graine de championne.

Elle précise, « je suis partie à Lomé avec la détermination de faire une prestation honorable. Je me suis beaucoup préparée et j’ai donné le meilleur de moi-même pour y parvenir. Je peux vous assurer que toute l’Equipe nationale a fait le déplacement de la capitale togolaise avec la même détermination de faire honneur au pays. Le résultat, la première place, est donc à la hauteur de cette farouche détermination ».

La consécration !

Anna en a connu d’autres dans sa jeune carrière. C’est en 2003 qu’elle a pourtant commencé à compétir avec les différentes Equipes nationales du Mali. « Ma première sortie internationale, c’était en 2003, à Banjul (Gambie), avec l’Equipe Nationale des cadets. Mais, je ne garde pas un bon souvenir de ce déplacement. Diminuée par une blessure, je n’étais pas au mieux de ma forme. Quelques mois plus tard, j’ai été sélectionnée pour le Championnat d’Afrique des juniors à Garoua (Cameroun). Malheureusement, je n’ai pas pu compétir parce que la délégation malienne est arrivée en retard », se rappelle-t-elle.

Et elle a presque toujours été classée parmi au moins les cinq premières sur les 400 mètres. Et cela dans des compétitions comme le Championnat d’Afrique des seniors à Brazzaville (Congo) en 2005, le West african meeting (juniors) de Cotonou (Bénin) en 2004...

Ses participations à de telles compétitions ont été le plus souvent couronnées de médailles. Par exemple en 2005, lors du tournoi de la Zone II (Zone du Conseil Supérieur du Sport en Afrique, NDLR), elle a eu l’Or sur les 400 et les 4x400m ainsi que la médaille d’argent sur les 200m.

La même année, elle a été médaillée d’Or sur le relais 4x400 m lors des « Jeux des Instituts » (Instituts du Sport et de l’Education physique des pays de l’Afrique de l’Ouest) à Bamako. Sans compter toutes les récompenses reçues lors d’autres compétitions nationales ou sous régionales.

Née pour courir

« Pendant mon enfance, j’adorais rivaliser avec les garçons dans les courses. A l’école aussi, j’ai toujours été première des courses organisées et j’avais de meilleures notes en EPS. Je défendais donc les couleurs de mes établissements successifs dans les compétitions interscolaires », souligne Anna Gassama pour expliquer sa passion pour l’athlétisme.

Pourtant, avec ses 1,82 m pour 60 Kg, elle aurait pu faire carrière dans le basket ball. Et, « lorsqu’on m’a présenté aux responsables du Djoliba AC, ils m’ont tout de suite demandé si je voulais faire du basket. Mais, je me suis dit que j’avais plus de chance de faire carrière dans l’athlétisme que dans d’autres disciplines comme le basket. Je me suis toujours sentie à l’aise dans les courses », précise-t-elle.

De nos jours, le rêve de Ramatoulaye est d’être « la reine des pistes d’athlétisme africaines et mondiales. Je veux dominer les compétitions mondiales comme Amy Mbacké Thiam du Sénégal qui est mon idole. Je vais honorer ma famille et hisser très haut le drapeau du Mali lors des grandes compétitions d’athlétisme ». Et ce rêve sportif n’entame en rien sa volonté de mener ses études à bien.

Après l’obtention du Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP en comptabilité) au Centre de formation professionnelle, (CFP), elle s’est inscrite cette année aux Cours Jeanne d’Arc de Bamako pour préparer un Brevet de technicien (BT) en comptabilité.

« Ce n’est pas toujours facile de concilier les études et la carrière sportive. J’ai souvent du mal à concorder mon emploi du temps avec le programme d’entraînement, surtout en période d’examen. Mais, je tiens autant à ma carrière sportive qu’à mes études. Malgré donc les difficultés, je parviens à m’en sortir des deux côtés. Et je vais continuer à me battre sur les deux fronts », martèle-t-elle avec toute la détermination qui lui permet de faire la différence sur les pistes d’athlétisme et certainement en classe.

Le sport, gage de bonne santé

En attendant de savourer d’autres exploits sportifs, la starlette ne cache pas ce que le sport lui a déjà apporté. « Le sport a façonné ma personnalité. Pendant l’enfance, j’étais toujours malade. Mais, depuis que je suis devenue un accroc du sport, mes maladies ont disparu. Mon état de santé s’est donc amélioré. Le sport me permet de contribuer au rehaussement de l’image du mon pays, d’avoir beaucoup de relations et aussi de visiter de nombreux pays au gré des meetings et des compétitions. J’espère que le meilleur est à venir et je me bats pour cela », reconnaît la Gazelle du tartan. Anna est naturellement bien placée pour parler du bienfait du sport à ses camarades, surtout aux jeunes filles.

« Généralement, les filles n’aiment pas le sport. Présentement, les clubs et les Equipes nationales ont des inquiétudes au niveau de leur effectif féminin en athlétisme. Les filles ne s’y précipitent pas. Elles disent vouloir garder leur féminité, elles craignent d’être musclées », déplore notre future reine des pistes.

Mais, pour elle, « ce ne sont que des prétextes et des préjugés. Dans le temps, la société pensait que les filles qui faisaient le sport étaient des garçons manqués. C’était seulement un préjugé misogyne. La pratique sportive est ouverte à tout le monde sans distinction de sexe, d’âge ou de classe sociale. Il faut que les filles sachent que le sport n’a jamais privé une fille de sa féminité. En tout cas, je pense que malgré la pratique du sport, je suis aussi gracieuse que toutes mes camarades. Pour moi, le sport est un facteur d’émancipation de la femme. Il permet de s’affranchir de beaucoup de contraintes socioculturelles et économiques ».

Anna exhorte donc les filles à pratiquer le sport sans crainte. A suivre l’exemple de la gracieuse jeune branchée qu’elle est aujourd’hui grâce, en partie, au sport !

Propos recueillis par Moussa Bolly

Contact de Anna Gassama :
E-mail : Ramatoullaye2003@yahoo.fr

25 août 2006.