Kandia Kouyaté, la diva du Manding

Née de Père et de mère griots, Kandia Kouyaté a grandi dans la riche et séculaire tradition musicale mandingue. Mariée et mère de trois enfants, celle qu’on appelle "la diva du Manding" a déjà conquit l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, dont elle collectionne les récompenses musicales du plus haut niveau. L’équipe de rédaction de Musow a été reçue par la star dans sa somptueuse villa dans la périphérie Est de Bamako.

Interview

Kandia Kouyaté, pourriez-vous dire à nos lecteurs, quand et comment vous êtes venue au chant ?
(rire) Il est difficile pour moi de dire exactement quand j’ai commencé à chanter car aussi loin que vont mes souvenirs, j’ai toujours été entourée par les instruments de musique de mon père, ce qui revient à dire que je suis née dedans ! A Boudofo, les soirs, tous les enfants se retrouvaient autour de mon père et nous chantions chacun à notre tour, remplissait les nuits calmes de notre village. A l’école primaire, mes maîtres ont très vite apprécié ma voix. Dès l’âge de 10 ans, je participais aux semaines culturelles locales et régionales, pour enchaîner ensuite avec les biennales artistiques et culturelles.

Kandia Kouyaté recevant le prix recompensant ses efforts dans sa lutte pour la scolarisation des jeunes filles, remis par la Première Dame du Burkina Faso Ici en compagnie de Isamel Lo

Combien d’albums avez-vous réalisés ?
J’en compte huit. Le premier fut "Mayomba", suivi de "OUA 84" dont la sortie prévue la veille du sommet extrordinaire de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine qui est devenue l’Union Africaine) en 1984 en Guinée ne put se faire à cette date car elle coïncida avec le décès du président Ahmed Sékou Touré. Ensuite, il y eut "Amary N’Daou", "Projet Dabia", "La non scolarisation des filles" , "Zouk mandingue oulalé" et enfin "Kitakan".

On remarque que dans votre répertoire, vous avez pensé aux plus jeunes en incluant du zouk dans la musique mandingue. Pourquoi ?
Je suis traditionnaliste et on me l’a souvent reproché. J’aurais préféré resté ainsi, mais pour faire passer mon message auprès des jeunes, il me fallait réaliser quelque chose à leur goût. En dansant ces morceaux zouk dans les discothèques, le message passe plus facilement à travers les sonorités modernes.

Vous êtes aujourd’hui marraine de deux jeunes de la musique malienne, à savoir les filles de Tata Bambo Kouyaté et de Nahawa Doumbia. Que projettez-vous pour que ces deux filles suivent vos traces ?
Sachez tout d’abord que lorsque l’on m’a annoncé cette nouvelle, j’étais déjà engagée dans des contrats et que je m’appretais à voyager. Cela pour vous dire ma surprise, agréable d’ailleurs.
En guise de plan, je compte au préalable, faire le baptême musicale de "mes filles" pour exprimer la joie que me procure cet honneur qui m’est rendu. Et mon silence jusque là ne doit pas être interpréter comme un recul. Je voudrais après le baptême, faire appel aux personnes ressources de m’aider à éduquer musicalement "mes enfants".
Il n’est pas facile d’avoir en charge le devenir de deux enfants dont les parents sont des stars internationales reconnues mais j’essayerais d’être à la hauteur de cette tâche avec l’aide de tout le Mali.

Le milieu des griottes vit de malentendus, de conflits entre chanteuses. Ne pensez-vous pas que cela est nuisible pour l’image que vous (les griottes) donnez ?
On a confondu bien souvent le monde des artistes musiciens et celui des griots. Dans ce qu’on appelle djéliya, il a y a le fadenya (rivalité), chose que nous avions priviligié dans le but d’une concurence positive afin de s’adjuger le maximum de djatigui. Plus tard, ce sentiment premier a dégénéré et c’est transformé en haine et cela, je ne l’apprecie pas du tout ! Je n’ai personnellement rien contre personne et d’ailleurs, je passe le maximum de mon temps hors du pays.

Bientôt nous serons en plein dans les fêtes de la Coupe d’Afrique des Nations 2002 au Mali ; que reserve donc Kandia pour ses illustres hôtes ?
(sourire) Kandia sera de la fête, à côté de tous les maliens pour soutenir les Aigles du Mali ! En tant que chevalier de l’ordre national et même simple citoyen, je me dois de rester au pays pendant tout le temps que vont durer les compétitions. Cette fête requiert l’apport, aussi minime soit-il, de tous les maliens.

Un album en vue ?
Je devrais, depuis le début du mois de septembre, entrer en studio, mais partie à Dakar pour une semaine j’y ai pris un mois. Cela a perturbé mon emploi du temps. Maintenant ce sera pour les mois d’octobre ou novembre avec au bout, je l’espère, un album avant la CAN !

Le mot de la fin...
Mes remerciements à vous. Une artiste n’est rien sans la presse alors je vous remercie bien et vous encourage dans votre travail de tous les jours.

Merci à vous, Kandia Kouyaté, et bonne route artistique !

Propos recueillis par Mamadou Séga Sissoko