Femmes rurales au Mali : Des laissées pour compte ?

Au regard de leur rôle prépondérant dans la production et la stabilité des campagnes, les femmes rurales méritent plus d’attention et de moyens. La reconnaissance de ce mérite explique l’institution de la journée qui leur est consacrée depuis 1996.
« Femmes rurales : les leaders de demain » ! Tel était le thème de l’édition 2006 de la journée internationale de la Femme rurale célébrée le 16 octobre de chaque année.

JPEG - 93 ko
Femmes de l’Office du Niger

A travers ce thème, la communauté internationale voulait mettre en exergue la place prépondérante que les femmes rurales jouent dans le développement de nos pays. Une contribution assez mal rémunérée politiquement, socialement et même économiquement.

Constituant plus de la moitié de la population malienne voire mondiale, les femmes jouent un rôle important dans l’agriculture. La majeure partie des femmes actives travaillent en effet dans le secteur agricole et apparaissent, ainsi comme des acteurs de premier plan dans le combat contre l’insécurité alimentaire. Ce n’est un secret pour personne que, partout dans le monde, les femmes rurales jouent un rôle majeur dans la consolidation de la sécurité alimentaire.

Les hommes produisent généralement pour vendre et faire face à d’autres types de dépenses comme les impôts, les mariages prestigieux... Mais, les femmes produisent avant pour la consommation familiale. Les femmes rurales assurent les besoins alimentaires et le bien-être de leurs familles et sont en première ligne dans les activités agricoles quotidiennes, dans les activités génératrices de revenus non agricoles et la gestion des ressources naturelles.

Selon le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), M. Bakary Togola, « la femme occupe une place fondamentale au sein de nos familles. Principales productrices, ce sont elles aussi qui veillent à la bonne gestion de la production. L’équilibre de notre société et le succès de la lutte contre la famine dépendront de l’attention accordée aux femmes rurales ».
Sans compter que la prépondérance de leur rôle économique est également un facteur de développement et de stabilité des campagnes.

Comme l’a souligné le ministre malien de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Diallo Mbodji Sène, « leur place dans l’équilibre socioéconomique de la cellule familiale et de la collectivité est inestimable ».

JPEG - 60.9 ko
Mme Diallo M’bodji Sène, ministre de la femme, de l’enfant et de la famille

Une paradoxale discrimination sexuelle

Paradoxalement, ce sont ces mêmes femmes qui subissent les inégalités en terme d’accès et de contrôle des ressources naturelles et productives. Une inégalité beaucoup plus accentuée en milieu rural. A ce niveau, les femmes sont résignées à subir. Ont-elles réellement le choix ? Cela est moins évident !

Analphabètes et prisonnières des us et coutumes, elles ne sont pas assez outillées pour revendiquer leurs droits et une place dans leur communauté à la hauteur de leur contribution socioéconomique et politique. Raison de plus pour pousser le gouvernement et ses partenaires à mettre en place des programmes et des politiques dynamiques permettant de renforcer la confiance dans le leadership féminin, surtout en milieu rural.

Surtout qu’elles ont déjà amorcé le chemin de l’éveil des consciences et de l’unité. En effet, depuis 2004, elles sont regroupées au sein de la Fédération nationale des femmes rurales du Mali (FENAFER). Comme l’a reconnu Mme Diallo Mbodji Sène, « la création de cette organisation témoigne de la volonté des femmes de faire face aux défis qui se posent à elles ».

Au Mali, 78 % des femmes actives travaillent dans le secteur rural. Et elles produisent dans des conditions rudimentaires puisque ne pouvant jouir des moyens de production de leurs familles ou de leurs communautés. C’est pourquoi la présidente de la FENAFER a profité de la célébration de l’édition 2006 de leur journée dans la commune rurale de Dialakoroba (50 km au Sud de Bamako) pour revendiquer plus d’attention à leur égard.

« Sur une populations de 8 millions de personnes qu’occupent l’agriculture, 4 millions sont des femmes. Malgré leur nombre et leur rôle dans le développement, elles souffrent d’injustices diverses comme l’accès difficile à la terre et aux crédits, l’alphabétisme et la faiblesse de la couverture sanitaire. Les femmes rurales manquent d’équipements agricoles et ne sont pas bien encadrées. Elles ne sont pas non plus impliquées dans les prises de décisions », a critiqué Mme Sirébara Fatoumata Diallo.

Loin de se sous-estimer, les femmes savent pertinemment qu’elles sont, jusqu’à preuve du contraire, les laissées pour compte des communautés et du gouvernement. Il ne suffit pas en effet de quelques plateformes multifonctionnelles ou de quelques forages pour les émanciper et faire d’elles les leaders féminins de demain.

En dehors des discours élogieux, il faut s’attaquer concrètement à des problèmes cruciaux comme l’accès à la terre et au crédit. Une productrice agricole n’est rien sans terre. Comment amener les communautés rurales à comprendre qu’en élargissant la propriété foncière à leurs épouses, filles, mères ou sœurs, elles se donnent plus de chance d’accéder rapidement au bien-être collectif, au développement local avec son impact positif sur toute la vie rurale.

De toutes les manières, les femmes rurales sont conscientes du chemin à parcourir pour être réellement considérées comme des actrices incontournables du développement, avec tout ce que cela comporte en termes d’avantages et de responsabilité communautaire. Parce que le leadership, le vrai, commence d’abord au sein des communautés.

Aïssata Bâ

10 novembre 2006.