Parlement des enfants du Mali : Incursion dans l’univers des présidentes

Elles s’appellent Mariam Diallo, Haby Kanté, Bernadette Ippet et Fatoumata Sankaré. En dehors de leur charme, de leur intelligence et de leur engagement citoyen, elles ont un dénominateur commun : elles ont dirigé le Parlement national des enfants (PNE) du Mali. Elles se sont retrouvées toutes en juin 2006 à Sévaré en marge de « Oxyjeunes » ou « la radio pour et par les enfants ». Une initiative de l’Unicef et de ses partenaires comme l’ORTM et l’Union des radios et télévisions libres (Urtel). Nous en avons profité pour faire un discret clin d’œil à ces « présidentes » atypiques.

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Haby Kanté, Mariam Diallo, Bernadette Ippet et Fatoumata Sankaré

Avec une beauté angélique, Mariam Diallo paraît timide à l’abordage. N’empêche qu’elle a du répondant lorsqu’on la taquine. Son charme éblouissant n’a pas de commune mesure avec son intelligence. Elle figure parmi les pionniers du Parlement national des enfants du Mali (PNE) avec les Cely Diallo et Kassoum Tapo. Un noyau qui a forgé son militantisme dans le « Groupe ATT » de la Fondation pour l’Enfance.
Secrétaire à la coordination de ce groupe, Mariam a dirigé le Parlement de 94 à 96. Avec ses camarades, elle a posé les jalons de l’institution phare de la défense et de la promotion des droits de l’enfant au Mali. « Nous nous sommes battus pour l’institutionnalisation du Parlement », rappelle-t-elle, de sa voix suave, celle qui est aujourd’hui devenue Mme Dramé.

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Haby Kanté et Mariam Diallo

Avec son tempérament de rebelle, Mlle Haby Kanté a un franc parler souvent déconcertant. Rapporteur général puis vice-présidente de l’institution, cette petite forgeronne a été élue présidente du PNE en 1999. Elle a ainsi succédé à Kassoum Tapo. Son mandat n’a pas été de tout repos parce qu’elle ne voulait pas être une simple caisse de résonance. « Elle prend son rôle trop au sérieux », lui reprochaient ses détracteurs.
En réalité, elle ne s’en laissait pas conter parce qu’elle voulait laisser des traces dans l’accomplissement de sa mission. Journée d’aide et de solidarité en faveur des enfants en situation difficile, création des comités et sous-comités du PNE, marche avec les enfants mendiants avec remise de motion au haut-commissaire de Bamako, salon du livre des enfants... sont, entre autres, les actions qui ont marqué le mandat de « Haby la Rebelle ».

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Bernadette Ippet et Fatoumata Sankaré

Sobre, humble et à la limite effacée, Bernadette Ippet a néanmoins marqué le Parlement des enfants d’une empreinte indélébile. Cette frêle adolescente a une énergie débordante lorsqu’il s’agit de se sacrifier pour la cause des enfants. Elle vient de passer quatre années à la tête de ce Parlement, original dans sa conception, avec un bilan éloquent à tous points de vue. Ces dernières années, elle a été de tous les combats en faveur des enfants. Elle a ménagé les adultes sans leur faire de concession sur leurs devoirs à l’égard de ses camarades. Ce qui fait dire à un confrère qu’elle aurait pu faire carrière dans la diplomatie. Ce qui est évident, c’est que sous son mandat, le PNE a écrit l’une des plus belles pages de son histoire.

Lucide, rusée, obstinée et très intelligente, Fatoumata Sankaré dite Anna dirige le PNE depuis le 31 décembre 2005. A 14 ans, elle côtoie maintenant les dirigeants du pays pour les interpeller sur leurs devoirs à l’égard des enfants du pays. Elle vient d’ailleurs de participer (du 29 au 31 octobre 2006) au Sommet des jeunes leaders du monde réunis à New York pour accélérer la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Déterminée et volontaire, Fatoumata a fait ses premiers pas au Parlement régional de Bamako. « Je n’ai pas fait d’efforts pour être présidente », dit-elle. Mais, elle ne ménagera non plus aucun sacrifice pour réaliser son ambition pour les enfants du pays.
L’application rigoureuse des textes en faveur des enfants, la formation en informatique des enfants parlementaires, la réalisation d’un film documentaire sur les dix ans du PNE, la visite des centres d’écoute et dons aux enfants démunis... sont, entres autres, les points saillants de son plan d’action. Et cette brillante élève marque déjà des points dans le cœur de ses camarades et des différents partenaires de son Parlement.

Des leaders de demain

D’une façon ou d’une autre, l’expérience passée à la présidence du Parlement des enfants façonne la personnalité. A commencer par influencer le choix professionnel de certaines d’entre elles. Aujourd’hui politologue formée au Canada, Mme Dramé Mariam Diallo reconnaît que cette expérience a accru son intérêt pour les sciences politiques et l’humanitaire.

Fille d’une magistrate, Haby Kanté a toujours eu l’ambition de faire plus que sa mère. « Mon choix était donc tout fait. Je nourrissais le rêve fou de faire droit », dit-elle. Et elle vient de brillamment soutenir, en Tunisie, son mémoire de maîtrise sur « Immigration clandestine, une forme d’esclavage des enfants ».

A la différence de ces deux collègues, Bernadette est beaucoup plus portée sur l’économie car elle rêve surtout de faire carrière dans le secteur privé. Etudiante à Sup Management, elle envisage de se spécialiser en marketing ou en finance. Elle est la seule à exclure formellement une carrière politique. « Mon expérience à la tête du Parlement m’a permis de savoir que la politique n’est pas faite pour moi car je ne sais pas cacher mes sentiments... Les politiciens parlent plus qu’ils n’agissent alors que je préfère l’action aux discours », nous a confessé l’éloquente Congolo-Malienne.

Quant à la petite Anna, l’actuelle présidente, elle hésite encore entre l’économie et les sciences politiques. Mais, elle a le temps de faire un choix judicieux. Quelle que soit leur profession, nos amazones sont désormais acquises corps et âme à la cause des enfants.

Préconisant des rencontres périodiques des « anciens » pour épauler le Parlement, Haby Kanté assure : « je resterais toujours acquise à la cause des enfants. C’est une lourde responsabilité, mais c’est un chapeau que je porte déjà et que je veux garder pour toujours ».

Un engagement repris en chœur par Mariam, Bernadette et Anna. Celle-la même qui dit qu’elle n’est plus considérée comme « une petite fille à la maison ». Ce qui est évident parce qu’elle fait déjà montre d’une maturité précoce et dégage une forte personnalité. Anna et ses aînées sont, sauf catastrophe, des leaders féminins de demain.

En porte-parole du Collège des anciennes présidentes du Parlement national des enfants, Bernadette conseille aux futures générations de parlementaires de ne pas « trop croire aux promesses des ‘grands’. Ils ne doivent pas laisser les adultes influencer leurs décisions. Ils se doivent de décider en âme et conscience et ne jamais accepter d’être des marionnettes entre les mains des décideurs » ! C’est ce qui a fait leur force pendant leur mandat respectif.

Moussa Bolly

Les Echos