Au top : Mah Kouyaté

Epouse de Sékouba Diabaté et mère de trois filles, Mah Kouyaté, née dans une famille de griots dont le chef était Feu Kabinè Kouyaté, la cantatrice qui a pris d’assaut toutes les scènes musicales ces derniers mois, nous a reçu malgré un méchant rhume, pour répondre à nos questions.

En ce moment, vous avez le vent en pourpre alors que vous chantez depuis longtemps. Pourquoi cette "gloire tardive" ? (Sourire - qu’elle a lumineux, croyez-en ma grande expérience ;-) C’est vrai que je suis née dans la musique... Cette reconnaissance tardive s’explique par le fait que je me suis donnée un temps de préparation, de recherche généalogique et d’apprentissage auprès de maîtres en la matière. Vous savez, pour satisfaire mes "diatigui", il faut quelque chose de consistant ! Et puis j’estime que la gloire vient toujours en son temps.

Deux albums d’un seul coup, c’est une performance assez rare... Ces albums sont le fruit de beaucoup de travail. Fort heureusement, j’ai la chance d’avoir un mari qui est lui même instrumentaliste, auteur compositeur qui m’a aidé à concevoir ces deux albums (SUMU).

A propos de votre mari "FIMANI", comment vit-il votre succès ? Mon cher époux ne s’en ai jamais plaint ! C’est avec sa permission et sa bénédiction que je viens de boucler une tournée en France.

Parlez-nous de votre tournée en Amérique. J’ai été en Amérique pour répondre à l’invitation de mes diatigui que je remercie sincèrement et c’est le lieu de le dire : ils ont tout fait pour moi !

Vos filles seront-elles chanteuses ou auront-elles le choix libre pour mener leur existence ? (Sourire) Les deux premières, de 9 et 5 ans - voyez comme elles sont précoces - pensent déjà à faire des études. Je voudrais que la dernière qui porte le nom de ma mère, devienne chanteuse parce que malgré son jeune âge (elle n’a que 3 ans), elle passe tout son temps à chanter. Je trouve qu’elle a d’ailleurs une très jolie voix mais c’est le Bon Dieu décidera.

Avez-vous participé à des rencontres de musiciens, notamment "les concours découvertes de RFI", Festyeleen ... J’ai participé aux deux éditions de festyéleen dont la dernière édition vient d’ailleurs de se tenir à Koulikoro la semaine dernière, juste avant le début du carême.

Que vous a apporté cette 2ème édition ? Au cours de cette rencontre pour rehausser la musique Mandingue, j’ai eu des contacts fructueux avec certaines stars comme Tiken Jah fakoly de la Côte d’Ivoire, Kerfala Kanté de la Guinée. Avec ceux-ci, nous projetons dans un avenir proche, d’entreprendre des choses sérieuses dans le cadre de la musique moderne africaine.

Vos ambitions ? J’ambitionne de représenter dignement mon pays à l’extérieur, de porter son nom par le biais de la musique, comme d’autres l’ont fait avant moi (Oumou Sangaré, Salif Kéïta, ...) et également chanter à l’intérieur du Mali.

Vos projets ? Je suis en contact avec un groupe de français (ceux de le photos plus haut) qui ont découvert mes chansons part hasard, à bord d’un taxi bamakois conduit par un compatriote que je dois compter parmi mes fans. Ils ont pris contact avec moi afin que nous travaillions ensemble. Je voudrais participer, si la chance m’en est offerte, à certains grands festivals comme celui de la musique métisse d’Angoulême (France) et d’autres festivals à travers le monde. Enfin, je voudrais rencontrer des professionnels de la musique, les grandes maisons d’édition, des artistes confirmés.

Selon vous, vos projets sont-ils réalisables alors que vous faites uniquement de la musique traditionnelle ? C’est justement la surprise que je voudrais faire à l’endroit de mes fans. Je vais rentrer en studio très prochainement pour l’enregistrement de mon premier album exclusivement consacré à la musique moderne. J’ai déjà invité des spécialistes pour la réalisation de cet album comme le bassiste Sékou Kanté qui a participé au dernier album de Salif Keïta.

Cela dans le souci de satisfaire aussi la jeunesse qui pourra danser ces morceaux dans les boîtes de nuit.

Les querelles entre artistes (griottes) profitent-elles à la musique malienne ? Aucune querelle n’est profitable à personne et encore moins à la musique malienne. D’ailleurs, cela ne sert à rien ! Chacun suit inévitablement son destin. Seules la paix, la complémentarité, l’entente parfaite sont profitables à nous qui vivons uniquement de la musique. Pour ma part, je garde de bons rapports avec les artistes maliens.

Qu’attendez-vous concrètement des autorités maliennes ? Pour commencer, je salue le Bureau Malien du Droit d’Auteur (BMDA) qui depuis un certain temps fait des efforts dans la lutte contre la piraterie. Quant aux autorités, elles doivent donner les moyens au BMDA et aux producteurs afin de les soutenir dans leur lutte constante.

Quels conseils donnerez-vous aux jeunes artistes ? Etre artiste n’est pas "je sais chanter alors je fais ce que je veux" ! Il faut systématiquement respecter les aînés. Ces aînés doivent être des références, les imiter tout en tant essayant de se parfaire, s’imposer une discipline dans le travail et même dans la vie de tous les jours. C’est à ce prix que les jeunes peuvent se hisser au sommet !

Votre mot de la fin ? Je terminerai en vous remerciant de me donner la chance de m’exprimer sur Musow et par la même occasion, remercier infiniment mes diatigui et mes fans sans lesquels Mah Koité n’est rien et enfin je remercie mon mari et tous ceux qui, de loin ou de près, me soutiennent. Et encore merci !

La rédaction de Musow souhaite une bonne continuation à la Star et vivement le prochain album pour notre plaisir à nous tous !

Propos recueillis par Séga Sissoko