Célibat : les siècles passent et les mentalités demeurent ! Femmes, réveillez-vous donc !!

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La société malienne rejette la fille qui à 20 ans n’a pas de mari ou de prétendant

Volontaire ou pas, le célibat des jeunes femmes est très mal vu dans la société Même si les mentalités évoluent à ce propos. À chacune sa chance. À chacune sa vie. Mais vivre seule sa vie en célibataire endurcie est le comble de la malchance pour toute femme malienne. L’univers des filles se divise en deux catégories. Celles qui l’ont trouvée et celles qui cherchent leur moitié. Est chanceuse, celle qui partage son quotidien avec leur douce moitié dans le bonheur. Il n’existe rien de plus exaltant pour une fille que de s’engager dans une relation à deux avec l’âme sœur. Le mariage même s’il connaît souvent des hauts et des bas est formidable.

Il ne fait pas bon d’être vieille fille

Beaucoup de jeunes filles maliennes ont du mal à trouver pointure à leur pied. Elles perdent des années à la recherche d’une union avec un homme susceptible de déboucher sur le mariage. Les chances sont rares en cette période de tomber rapidement sur l’oiseau rare.

Les difficultés socio-économiques liées au chômage et à la cherté de la vie se traduisent en autant d’épines sur le chemin du mariage. Comme corollaire, le problème des vieilles filles devient, de plus en plus, un phénomène marquant dans notre société.

Elles sont nombreuses aujourd’hui, à se demander à partir de quel âge les élégantes de Bamako, Ségou, Mopti, Kidal, Nioro, Keniéba, Gao ou d’ailleurs doivent se considérer comme faisant partie du lot des infortunées.

Le calvaire des vieilles filles. Elles vivent en frustrées ces jeunes femmes sans époux et sans enfants dans nos villages et nos villes. Quel calvaire que de vivre encore à 30 ans ou 40 ans sous la tutelle de ses parents.

La mondialisation galopante n’y peut rien. Le tout se passe dans la tête. Il restera longtemps ancré dans la conscience des maliennes que la suprême honte est ne jamais convolée en noces. Il faut y aller même si c’est pour une seule nuit.

La société malienne rejette la fille qui à 20 ans n’a pas de mari ou de prétendant. Cette malchance est toujours mal perçue. Les préjugés persistent, indéracinables. À la moindre dispute, la phrase cinglante résonne.

"C’est une fille de vingt-cinq, c’est une vieille fille ! ". À partir du seuil fatidique de vingt ans, les jeunes filles comptent les années, les mois et les jours. Elles appréhendent, de plus en plus, leur anniversaire. Elles sont terrorisées à l’idée que leur âge s’accroît alors qu’elle vivent toujours dans le giron de leurs parents.

La solitude ronge et rend les vieilles filles amères. Elles sont la risée de toute la communauté. Cette situation devient plus pesante lorsque qu’une petite sœur dans la famille ou chez les voisins convole en justes noces. Que de tourments dans l’âme lorsqu’on se retrouve toujours seule au milieu du groupe de copines au cours d’une virée nocturne.

Les couples tourbillonnent autour de la vieille fille. Ils se transforment en autant d’éclairs cauchemardesques qui vrillent le cerveau de la malchanceuse. Au fur et à mesure des soirées ratées, la vieille fille prend conscience de sa position, elle souffre de douleur dans son milieu. Partout elle est étiquetée du dégradant sobriquet de "Bogo Tigi Galalen", la "vieille Fille".

La pression sociale à la base cette situation

Mme Sow Oumou Fofana est actuellement octogénaire. À un moment de son existence, elle a été traitée de vieille fille. Elle nous raconte sa dure expérience en la matière. "J’étais encore à la maison à 17 ans. Toutes les filles de ma génération étaient mariées. Je me souviens que ma mère m’a conduit chez un marabout pour me faire des bénédictions. Le vieux m’a donné un gris-gris que je devrais attacher sous mes cheveux. Deux mois après cela, un de mes cousins me proposa le mariage. Quand j’ai appris que mes parents avaient accepté les colas, je me souviens avoir pleuré de joie toute la nuit" se souvient la vieille maman.

Mais elle compatit à la longue traversée du désert dont la majorité des filles sont victimes en ces temps de vaches maigres." La vie de femme est assombrie et éteinte par ce ridicule préjugé de "Vieille fille” commente la sage Sow Oumou Fofana. Ce mot provoque tant de dédain, surtout dans les villages, que même les jeunes filles de 18 ans, portent en elles comme le sentiment d’une déchéance féminine", témoigne grand-mère Sow Oumou Fofana.

Dans la tradition de certaines localités bambara, les filles étaient fiancées dès le jour de leur naissance. C’est le comportement exemplaire de la mère qui suscitait l’enthousiasme autour de sa fille. En effet, explique Salimou Ballo, un vieux démarcheur de mariage, "mouso nialé den té tchignè" soit "telle mère telle fille". Il estime que le mariage partout au Mali est scellé sur la base de la réciprocité des sentiments, du statut social, de la beauté, de la santé.

La jeune femme qui dépasse la vingtaine sans prétendant était mal jugée, il y a peu dans ce pays. Mais la mère était la première visée par les quolibets des autres mères, ajoute le vieux Ballo. Le vieux Salimou Ballo rappelle que dans les villages, les filles se mariaient par groupe d’âge. Toutes les mamans craignent de voir leur rejeton de fille devenir la brebis galeuse de son groupe. Quelle déchéance sociale que de voir toutes les filles d’une même génération mariées sauf une. Seule une handicapée physique, une malade incurable ou la fille qui a déshonoré sa famille étaient vouées à devenir des vieilles filles, argumente notre interlocuteur Ballo.

La nouvelle génération de "Vieille Fille"

Mais le contexte social a évolué depuis. Il est apparu une nouvelle génération de "vieilles filles". La plupart des jeunes filles se consacrent de plus en plus aux études. Elles obtiennent le parchemin avant de songer à se marier.

Dans notre société dit-on "les hommes ont peur des femmes intellectuelles". Ainsi, ces jeunes filles ne croient plus à la seule vertu de l’amour. Elles jettent leur dévolu sur les hommes aisés. Elles mettent du temps pour choisir l’homme idéal. Et elles finissent par tomber dans l’embarras. À 30 ans, elles commencent à se résigner. Elles passent désormais leurs soirées devant la télé, ou à discuter sur la terrasse en compagnie de tout membre disponible de la famille. La compagnie des enfants du frère et sœurs fait peser encore plus solitude.

Aïssata Traoré est âgée de 32 ans. Elle n’est pas encore mariée. "Je ne sais pas quelle guigne je traîne. Toutes mes petites sœurs ont eu un mari. Ma 5ème sœur cadette s’est mariée, il y a 3 mois. Quand j’étais jeune, je voulais d’abord étudier. J’ai eu beaucoup de prétendants en son temps. Aujourd’hui, je suis ingénieur, sans enfant. Il y a 5 mois un homme me faisait la cour, dès que je lui ai parlé de mariage, "Monsieur" n’est plus revenu. Aujourd’hui je ne sais plus quoi faire. Je détestais la polygamie, mais je n’ai plus le choix. Je cherche un mari et c’est tout", larmoie Aïssata désespérée.

Djénéba Keita est une autre femme, 41 ans sans époux raconte son calvaire de vieille fille. Contrairement à la première, elle n’a pas fais de longue étude et a deux enfants. "C’est un chagrin d’amour qui m’a conduit dans cette situation. J’ai eu mes deux enfants avec un jeune étudiant en son temps, on avait prévu notre mariage à la fin de ses études, à ma grande surprise, j’ai appris qu’il est parti à l’extérieur sans m’avertir. Ses parents m’ont promis le mariage dès son retour. Après 13 ans attente, un jour, sa mère m’informa, qu’il s’est marié là où il est parti. J’avais déjà 36 ans. Aujourd’hui, je peine à me trouver un mari avec deux enfants de 16 et 19 ans", sanglote cette jeune femme.

Djénéba affirme avoir subi toutes sortes de critiques et d’insultes de la part de ses sœurs. Elle a loué actuellement une maison dans laquelle elle vit avec ses deux enfants. Elle rêve toujours de connaître un jour les rituels du mariage traditionnel.

"Les vieilles filles", On dit tant de préjugés sur elles, qu’elles finissent par le croire elles-même. Les faits que nous avons racontés ici vous ont surpris.

En réalité, elles sont tenues à l’écart par les jeunes filles qui ne les invitent jamais à leurs parties de plaisir et elles sont aussi tenues à l’écart des "Dames" qui ne les admettent pas davantage dans leur intimité. Peu à peu, les voilà solitaires et délaissées sans l’avoir désiré.

Doussou Djiré


Foires hebdomadaires : ÊTRE FORAINE ET ÉCHAPPER À LA MISÈRE

Les foraines traînent une réputation non méritée dans notre pays. Ces braves femmes sont traitées de tous les noms. Elles sont traitées de femmes légères, frivoles, infidèles selon les méchantes langues. Ce manque de respect est la rançon du dynamisme de cette catégorie de femmes. Elles ont choisi de s’affranchir du besoin et de s’épanouir par le commerce et l’exploration des foires hebdomadaires des communes rurales.

Contrairement à ces jugements bêtes et méchants, les foraines sont des femmes entreprenantes. Elles sont en majorité veuves ou en situation difficile. Elles n’ont pas le temps de se doucher trois fois par jour. Elles n’ont ni le temps de se faire des manucures ou des pédicures. Elles n’ont pas le temps de critiquer gratuitement les autres.

Les foraines passent leur temps à parcourir les pistes scabreuses sous le soleil ardent, sous la pluie les rafales cinglantes de la saison froide.

Awa Samaké est foraine. Elle est veuve depuis 7 ans et vit seule avec ses 5 enfants. « À la foire, j’achète des légumes et des fruits que je viens revendre à Bamako. Je suis gênée par tout ce qu’on raconte sur les foraines. Chaque femme de ce pays a reçu une éducation. Chacun représente une culture et une famille. Il appartient à chaque femme d’utiliser cet héritage à sa manière » argumente notre interlocutrice.

Les foraines ne sont pas des prostituées. Ces pauvres femmes cherchent honnêtement leur quotidien à travers les foires. Mais ce métier exige beaucoup de sacrifices.

Il faut sortir tôt pour rentrer très tard. La société ne tolère pas ce comportement indépendant à une femme. " Notre travail mérite autant de considération que celui des autres femmes travailleuses des autres secteurs. », garantit Sirantou Diakité, uneforaine très épanouie.

Ces femmes sont de véritables battantes. Pour s’en rendre compte je vous invite à emprunter une fois les transports de forains. Je vous assure qu’un tel voyage est plein d’enseignements.

Doussou Djiré- L’Essor

Décembre 2006.

Cameroun : LA BASTONNADE COMME PREUVE D’AMOUR

Chez certaines ethnies camerounaises, battre son épouse est une marque d’amour. En l’absence de loi spécifique sur la violence conjugale, les traditions ont la vie dure.

"Quand mon mari fait deux ou trois jours sans porter la main sur moi, je me demande s’il m’aime encore, et pour me rassurer, je le provoque", confie sans gêne Christine Ngono, commerçante dans un marché de Douala.

Mère de famille, Marie Messomo se félicite ouvertement des bénéfices ainsi récoltés. "Après la bastonnade, mon mari me cajole et m’offre des cadeaux pour se faire pardonner."

Selon Belibi Ndzana, chef de la communauté "béti" une région du Sud du pays, battre sa femme serait un phénomène culturel. "C’est à la femme qu’incombe l’éducation de toute la famille. Elle doit être exemplaire et il ne faut lui tolérer aucun comportement déviant", soutient-il.

Quand la monogamie ne s’était pas encore imposée dans la plupart des foyers avec la progression du christianisme, le quotidien était encore plus compliqué pour les femmes. "Chacune des nombreuses épouses voulait alors se sentir aimée. Elle provoquait alors, de temps en temps, son mari qui ne tardait pas à la bastonner. Cela réveillait la jalousie des autres femmes", ajoute Belibi Ndzana.

Officiellement, les sévices et les mauvais traitements constituent une cause de divorce prévue dans le Code civil camerounais. Mais en 2004, le rapport sur les droits de l’homme au Cameroun déplorait déjà l’absence de loi spécifique sur la violence conjugale.

Selon ce rapport, la législation n’interdit pas expressément cette terrible pratique. "Dans plusieurs régions, le droit coutumier considère la femme comme la propriété de son mari. En raison de l’importance accordée aux traditions, les lois qui protègent la femme ne sont pas souvent respectées".

"Faire cesser cette barbarie"

Pour Same Kollé, enseignant de psychologie et de sociologie à l’Université de Douala, la relative passivité des femmes violentées s’explique également par le poids de certaines traditions, qui orientent l’éducation des filles vers une totale soumission à l’homme. "L’homme développe un réel sadisme et la femme un grand masochisme. Dans le couple, la femme idéale sera celle qui affichera sa soumission à la domination de l’homme", soutient-il.

"Je n’accepte pas qu’un mari pratique son « droit de correction » sur sa femme au nom d’une certaine coutume. Il faut encourager la victime à se plaindre devant les tribunaux pour faire cesser cette barbarie.", dénonce Alice Nkom, avocate et féministe.

Au Cameroun, plusieurs femmes ressentent chaque jour dans leur chair les humeurs de leurs conjoints. "Il suffisait que quelqu’un appelle mon mari pour se plaindre de mon comportement. Il débarquait alors et me bastonnait copieusement", se souvient cette victime qui préfère garder l’anonymat.

Son époux justifie aujourd’hui son comportement par les pressions de ses parents et de ses amis. Ils lui faisaient croire que c’était là le seul moyen de démontrer son amour pour sa compagne et d’asseoir son autorité. "Ceux qui tapent font preuve de faiblesse, car ils sont incapables de convaincre par les mots", rectifie Fidèle Essomba, homme plus sensé.

Source Syfia Cameroun


L’Essor

Décembre 2006.