Sylvie Jacqueline Panika Benguere, journaliste centrafricaine : Une professionnelle engagée pour les femmes

Journaliste par passion, Mme Sylvie Jacqueline PANIKA BENGUERE est avant tout une femme engagée qui essaye d’aider ses sœurs à surmonter la crise sociopolitique qui maintient son pays dans le sous-développement.

Ne vous fiez pas à sa fausse nonchalance parce que cette femme est une boule d’énergie. D’ailleurs son physique d’handballeuse vous l’apprendra vite. Mariée et mère de cinq enfants, dont un garçon, Mme Panika Sylvie (elle est l’épouse de M. Christian Noël PANIKA, correspondant de RFI et de l’AFP à Bangui) est la dynamique rédactrice en chef de la radio privée Ndèkè Luka (Oiseau de la chance en français) créée le 27 Mars 2000 par la « Fondation Suisse Hirondelle ». Une station de Paix et de Développement issue des cendres de la Radio de la Mission des Nations Unies en Centrafrique (MINURCA).

Entre la radio et elle, ce n’est pas seulement une question de passion, mais aussi de vocation. « Je suis arrivée à la radio par passion et par vocation. Quand j’étais encore sur les bancs de l’école, la lecture a toujours été ma passion. En classe, l’on me désignait pour lire des textes. Et du coup, mes camarades criaient journaliste ! Certains me donnaient les noms de quelques journalistes africains ou européens. Mes professeurs disaient que j’avais une belle voix pour parler à la Radio. Aussi, dans ma famille, j’aimais beaucoup poser des questions, parfois on me répondait : est-ce que tu es journaliste ? Cela m’a donné envie de faire carrière dans la presse, surtout à la radio », explique-t-elle.

Son choix de la radio a été conforté par les avantages que ce support lui offre dans sa volonté de contribuer à l’émancipation socioéconomique et politique de ses sœurs. « La radio est non seulement un média qui favorise l’épanouissement de la femme, mais c’est aussi une ouverture sur des opportunités inouïes comme cette formation d’un mois dont je viens de bénéficier pour me perfectionner dans le traitement des maladies émergentes comme le Sida, la grippe aviaire..., à Lyon », nous indique-t-elle.

Pour elle, journalisme rime avec engagement même si les femmes se font souvent prier pour embrasser cette profession. « Le journalisme intéresse peu de femmes parce qu’il comporte trop de contraintes et le traitement salarial n’est pas raisonnable. Sans compter que c’est un métier qui, dit-on, attire des ennuis... Le journalisme est un métier noble, mais ingrat. C’est aussi un outil d’expression qui peut servir les femmes dans la revendication de leurs droits, donc pouvant contribuer à leur émancipation socioéconomique et politique. Mais, pour le faire, il faut être engagé sans parfois regarder par derrière ».

Cette brave consoeur s’intéresse naturellement aux questions relatives à la promotion de la femme. En effet, présentatrice, cette journaliste engagée anime deux émissions, dont l’une sur la santé intitulée « Informer pour Sauver ». Elle traite toutes les questions liées à la santé à l’intention des auditeurs sans distinction aucune. La seconde émission s’adresse aux femmes. Elle est intitulée « La Plus Grande Moitié du Monde ». Elle vise à éduquer, sensibiliser et promouvoir les femmes de différentes couches sociales. Elle est destinée aux jeunes filles et aux femmes commerçantes, paysannes, ménagères, travailleuses, etc.

Engagée sur tous les fronts

Rédactrice en chef, 2e Vice-présidente de l’Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA) et Présidente de l’Association des Professionnelles Africaines de la Communication (APAC/Section Centrafricaine), Sylvie est une grande professionnelle engagée sur tous les fronts. A commencer par la lutte contre le VIH/Sida. « La femme centrafricaine est l’un des groupes cibles les plus vulnérables aux infections sexuellement transmissibles et au VIH/Sida. Les facteurs de cette vulnérabilité sont multiples. Bon nombre de femmes sont analphabètes et dépendent financièrement de l’homme. Elles ne sont donc pas libres de leurs choix sexuels. Sans compter le degré de pauvreté qui frappe la RCA et les violences dont les femmes sont le plus souvent victimes dans des pays en crise comme le nôtre », souligne Mme Panika.

Leader naturel, elle a réussi entraîner ses consoeurs dans la prévention et la lutte contre le VIH/Sida par son dynamisme. « Les femmes journalistes sont présentes dans toutes les structures mises en place en RCA pour lutter contre le Sida. La plupart des Cellules des médias contre le Sida sont coordonnées par des femmes journalistes. C’est même une journaliste (Isabelle Edith Vacat, NDLR) qui préside le Réseau des Médias de Centrafrique pour la Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme. Ce Réseau est incontournable aujourd’hui dans toute action de lutte contre cette pandémie dans notre pays ».

Le soutien d’un mari compréhensif

La question que beaucoup de nos lectrices se posent certainement, c’est comment Sylvie parvient-elle à faire face à tant de responsabilités en étant mère de famille ? « C’est une question d’organisation et de volonté. Mais, ma chance est aussi que j’ai un mari journaliste et très compréhensif. Il n’hésite pas à m’épauler dans mes responsabilités conjugales. Sa compréhension et sa disponibilité constituent une précieuse aide qui me permet de m’en sortir », répond-t-elle.

La pratique du sport lui permet aussi à cette chrétienne pratiquante et trésorière générale de la Fraternité ST Joseph de la Cathédrale Immaculée Conception de Bangui de garder la ligne et de surmonter le stress. « J’adore le sport ! A l’école, je faisais du hand-ball. Actuellement, je fais le sport de maintien et je suis la capitaine de l’équipe féminine de football du ministère de la Communication », confesse l’amazone des ondes.

« La femme est porteuse de vie. Elle est le fondement d’une vie. Et l’intelligence de la femme a été démontrée dans tous les domaines. Elle est donc capable de réaliser des exploits comme l’homme. Maintenant que la tendance est pour l’égalité de chance entre l’homme et la femme, ne ratons pas ce train. Il faut le prendre à quai et l’avenir sera à nous », conseille Sylvie aux femmes de son pays, du continent voire du monde. Et tout porte à croire qu’elle est personnellement embarquée sur ce navire de l’égalité des chances.

Aïssata Bâ

22 janvier 2007.