La burkinabé Monique llboudo, une femme de culture

Secrétaire d’Etat chargée de la promotion des droits de l’homme, Monique llboudo est la première romancière burkinabé. Au cours de son passage au festival du Livre de Bamako " Etonnants Voyageurs Bamako 2002 " où elle a présenté son roman " Le Mal de peau ", prix national du Burkina Faso, cette militante féministe aux nombreuses facettes et au rire communicatif, s’est confiée à Musow.

Ecrivain, politique, journaliste, femme de droit, pourquoi embrassez-vous tout à la fois ?

(rire) Je ne pense pas que j’embrasse tout ; je dis souvent qu’il y a comme un fil rouge malgré la diversité apparente de ce je que fait. Si j’ai choisi d’étudier le droit c’est pour défendre le juste contre l’injuste, le pauvre contre le riche ; en somme être du côté de la justice. Dans cette optique, les autres moyens qui peuvent me permettre de mener cette lutte paraissent opportuns. C’est le cas du journalisme : je ne suis pas journaliste de formation, mais j’ai utilisé ma plume pour défendre des idées que je croyais être justes. En fait, l’écriture de façon général, qu’elle soit journalistique ou romancière me permet de véhiculer mes propres idées.
Quant à ma dimension politique, vous savez, à un moment donné quand on a le choix de pouvoir, à un autre niveau de responsabilité, tenter de changer les choses, on l’accepte volontiers. En l’acceptant, j’espère pouvoir changer ne serait-ce qu’une petite part de la situation dans mon pays.
En tout cas, il y a toujours une même ligne qui me guide dans toutes ces choses que je fais.

Qu’est ce que l’écriture signifie pour vous ?

L’écriture c’est d’abord un exutoire, c’est-à-dire que lorsqu’il y a plein de choses qui bouillonnent, qui se bousculent en moi, je suis soulagée à partir du moment ou j’arrive à les écrire. C’est un bonheur, un plaisir de pouvoir écrire quelque chose qui me tient à cœur ! Alors je peux dire que l’écriture me permet de vivre.

On remarque qu’à travers l’écriture vous êtes essentiellement focalisée sur la femme, pourquoi ?

Je ne pense pas l’être ! Peut-être pour l’aspect journalistique ; mais même là, c’est simplement parce que ce qui était vraiment connu comme mon produit ce sont mes chroniques sur les femmes. Sinon j’ai animé d’autres chroniques, notamment une d’actualité qui s’intitulait " point de mire ". Pour le roman, c’est vrai que les histoires de femmes m’inspirent plus, mais elles me permettent de parler de tout ce qu’il y a autour comme les hommes et les enfants !

Pour votre carrière, le statut de femme, fut-il handicapant ou promoteur ?

(rire) C’est le plus difficile à dire... Je prends souvent l’exemple de cet américain blanc qui avait essayé de se peindre en noir pour vivre la situation des noirs, mais je dis qu’il n’y a pas réussi parce qu’il n’avait pas tout le background ! Il n’avait que ce qu’on lui avait mis dans la tête. C’est la même chose pour moi, c’est-à-dire que je ne sais pas ce qu’aurait été ma vie si j’avais été un homme. Je suis une femme et je peux seulement dire quelles ont été mes difficultés. A partir du moment où, en tant que femme, on échappe au premier handicap qui est l’éducation sélective, il y a une certaine égalité de chance qui s’établi. Moi, j’ai pu aller à l’école, et toutes les filles de mon époque n’ont pas eu cette chance parce que leurs parents ne le jugeaient pas nécessaire. Je crois qu’à partir du moment où nous avons l’égalité des chances, c’est le même combat pour tous.

Parlez-nous de la condition et du combat de la femme burkinabé d’aujourd’hui.

Cette rubrique que j’animais, qui s’appelait " Féminin Pluriel " parlait de ces combats là. Je crois que les femmes burkinabés comme d’autres femmes africaines se battent, travaillent beaucoup, même si elle ne profitent pas toujours pleinement des fruits de ce travail. C’est à ce niveau peut-être qu’il faut orienter le combat. Il y a encore d’autres discriminations en marche et l’éducation sélective dont je parlais en reste une ! Il demeure toujours dans la mentalité locale qu’un garçon doit devenir un père de famille et que sa réussite importe plus que celle d’une fille qui doit avoir juste pour ambition de trouver un mari.
Il y a beaucoup d’autres problèmes de pratiques dites culturelles comme l’excision et le mariage précoce qui continuent de créer des situations assez difficiles pour les filles et les femmes de mon pays.
Il y a encore pas mal de choses à faire pour ces femmes qui sont souvent très engagées, qui travaillent beaucoup et s’organisent aussi en associations, groupements et cela même dans les villages ! Il y a quand même une certaine prise de conscience de part et d’autre. Pour les lois, je crois qu’on est un pays assez avancé au niveau des textes. Il y a des textes qui respectent globalement le droit des femmes, mais il reste maintenant à vraiment les rendre effectifs.
Il y a encore beaucoup de choses à faire et par conséquent les femmes qui ont eu la chance comme moi de pouvoir parler devant un micro, de pouvoir prendre la plume et écrire ont le devoir de s’engager au maximum pour la cause de la femme et cela avec des hommes aussi ; parce que je crois qu’il y a des hommes au Burkina qui s’engagent de plus en plus avec nous. Ces hommes là ont compris que l’épanouissent de la femme fera l’épanouissement de l’homme, de l’enfant et de la famille.

Des ouvrages littéraires en chantier ?

Oui, j’ai même des choses déjà écrites notamment de la poésie. Je vais bientôt proposer un recueil de poèmes et j’ai aussi un roman chez mon éditeur. Il y a aussi beaucoup d’autres projets.

Des entreprises dans d’autres domaines ?

En effet oui ! Vous savez que dans nos pays, on a longtemps pensez qu’on pouvait se développer économiquement, et s’occuper après des droits de l’homme. Aujourd’hui on se rend compte que ce sont deux choses qui vont de pair parce qu’on ne développe pas pour le vide, on développe pour l’être humain ; par conséquent il faut que les droits suivent le développement en général. On se rend compte alors que cela n’est pas facile !

Propos recueillis par Labass L. Diallo

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Bibliographie (non exhaustive)
- « LE MAL DE PEAU »Grand Prix Impr. Nationale du Meilleur roman, Semaine Nationale de la Culture Bobo 1992, éd Le Serpent à Plumes, 2001.

- « MUREKATETE (roman) », publié dans le cadre du projet " Rwanda, écrire par devoir de mémoire ", éd Le Figuier et Fest’Africa, Mai 2000.
- « LA LIBERTE MATRIMONIALE », Revue burkinabé de droit n° 32, 1997, p 226.
- « L’INFRACTION D’EXCISION », Revue burkinabé de droit n° 36, second semestre 1999, p 163.
- « Non assistance à personne » en péril, note sous Cour d’Appel de Ouagadougou, 25 mars 1994, Revue burkinabé de droit n° 29, 1996, p 140.
- « La clause de dureté », note sous TGI Ouagadougou, 25 janvier 1995, Revue burkinabé de droit n° 34, 1998.
- « Féminin Pluriel », un an de chroniques sur les femmes, (3 recueils des articles publiés dans l’Observateur Paalga du 6 mars 1992 au 22 juin 1995).
- « Droits de la santé de la reproduction des femmes en Afrique », ouvrage collectif sous l’égide du CRLP (Center for Reproductive Law and Policy), New York décembre 1999.
- « Savoir que c’est possible, introduction à l’ouvrage " Femmes du Sud, sources d’information pour le développement " », Ibuscus/ORSTOM, Paris, août 1995. Diverses autres communications, des articles, nouvelles et poésie. Source http://www.cnil.fr