Couple : Le temps des lesbiennes

Elles n’hésitent plus à arpenter les rues, fréquenter les bars et autres coins "chauds" de la capitale. Et même à s’embrasser en public. Les mœurs sont elles en train de changer ?

C’est le moins qu’on puisse dire. Après les filles, adeptes de l’alcool, voilà venir l’heure des lesbiennes. Fini le temps où les Maliennes avaient honte d’étaler leur homosexualité à cause des pesanteurs sociales. Elles ne se cachent plus pour arpenter les rues, fréquenter les bars et autres coins "chauds" de la capitale. Et ne se gênent même plus à aborder leur homosexualité lorsqu’elles se retrouvent en "grin".

"Je suis lesbienne et j’en suis fière. Je ne vois pas de mal en cela. Je suis majeure et je suis consciente de ma responsabilité". Ainsi s’exprimait K. S. au cours d’un entretien qu’elle nous a accordé. Cette citadine bon teint de 22 ans mène sa vie comme elle l’entend. La beauté de K.S. ne peut laisser aucun homme indifférent. Malgré cet attrait qu’elle exerce sur la gent masculine, la coquette K. S a toujours eu peu de considération pour les hommes qui la fréquentent. Elle n’avait jamais caché son penchant pour les filles.

Notre interlocutrice a sauté le pas depuis 4 ans. Elle fréquente actuellement une fille du quartier populaire de Médine. Les deux filles se sont rencontrées lors d’une cérémonie de mariage et depuis c’est l’idylle. Elles vont partout ensemble et se comportent comme un vrai couple sans prêter attention aux injures et aux railleries dont elles sont victimes à longueur de journée.

K. S a été attirée par l’allure masculine de sa copine. C’est d’ailleurs elle qui joue le rôle de l’homme au sein du couple. Comme K.S. et sa copine, Bamako regorge de couples lesbiens. Si certaines filles sont devenues lesbiennes pour satisfaire leur fantasme, d’autres, par contre, le font par nécessité. Car le milieu est propice pour se faire vite de l’argent.

Certaines autres balancent dans ce monde sous l’influence de leurs amies. C’est le cas de H. D. Cette étudiante s’est laissée prendre au piège par une amie de Fac. " Quand nous nous sommes rencontrées à la Fac, je ne savais pas que ma voisine était lesbienne. Mais au fil du temps, je m’en suis aperçue car elle ne cessait de me raconter qu’elle n’est jamais sortie avec un garçon" dit-elle.

La copine de H.D. qui a toujours soutenu que les hommes ne l’intéressaient pas a fini par avouer qu’elle fait partie d’un réseau d’homosexuelles. H.D. a été convaincue par son amie d’entrer dans ce réseau. Elle roule maintenait sur une moto "Djakarta" qui lui a été offerte par son amie. "Je suis à sa charge et on s’aime bien. Elle a fait de moi ce que je suis actuellement. Je n’ai rien à envier à personne" confesse-t-elle en souriant. H.D. n’envisage pour rien au monde de se séparer de sa copine.

RÉVOLTÉES :

H. T. est elle aussi lesbienne et elle ne s’en cache pas. Elle se moque éperdument des quolibets de ses voisins du quartier. " J’ai choisi d’être lesbienne et peu importe ce que les gens peuvent penser de moi", dit elle. Elle reconnaît néanmoins que ses parents ont honte de ce qu’elle est.

Le cas de A.S. est plutôt pathétique. Elle vit actuellement en concubinage avec sa petite amie. "J’ai quitté ma famille pour déménager chez ma partenaire. C’est là-bas que je trouve du plaisir" raconte t-elle avant d’ajouter que sa famille s’oppose toujours à son choix. Pourtant elle est décidée à passer le reste de sa vie avec sa concubine.

L’histoire de Z. T. n’est pas moins pathétique. Cette fille à papa est devenue lesbienne parce qu’elle ne supportait plus de se voir tromper ou maltraiter par les hommes. " Je vivais avec un homme qui me maltraitait, malgré que je le prenais en charge", explique-t-elle. C’est lors d’une de ses nombreuses déceptions que Z.T. a rencontré son actuelle partenaire. Elle vit actuellement en parfaite harmonie avec cette dernière. Z.T. va plus loin. Elle invite les autorités à légaliser la situation des lesbiennes afin de les mettre à l’abri des menaces et des railleries. "Pourquoi on ne nous autorise pas à nous marier pour former un couple normal" s’interroge-t-elle.

Certaines personnes sont révoltées par la montée en puissance du phénomène à Bamako. S’indignant du fait que ces "homo" n’hésitent pas à s’embrasser et se caresser en public dans certains lieux. Elles n’ont pas froid aux yeux et n’hésitent pas à draguer les autres filles. A.G. se plaint d’être harcelée par une lesbienne. " Elle voulait au départ que je sois son amie. J’ai refusé l’offre. Après elle a commencé à m’envoyer des sms avec des images pornographiques et à m’offrir des cadeaux. Lorsque j’ai compris son jeu, je n’ai pas hésité à l’envoyer chercher une autre cliente", racontait-elle.

Modibo Kéita pense que notre société ne peut pas tolérer "cette pratique impudique qui prend malheureusement de l’ampleur dans le pays". Il impute la responsabilité surtout aux parents des lesbiennes qui n’ont pas su bien éduquer leurs progénitures. Astan est plus catégorique. Elle pense que le lesbianisme doit être puni. "Ces filles n’ont aucune pudeur et méritent une bonne correction" s’offusque-t-elle.

Quant à Hamidou Koné, il ne veut même pas entendre parler des lesbiennes.

Mariam A. TRAORÉ

L’ÉQUIPE NATIONALE FEMININE TOUCHEE PAR LE PHENOMENE

Il y a quelques années, la plupart de nos compatriotes pensaient que toutes les équipes de football féminin sont composées uniquement de lesbiennes. Il suffisait de dire que telle fille joue au football pour qu’on vous réponde systématiquement qu’il s’agit "d’un homme-femme" c’est-à-dire une lesbienne. Toutes les joueuses ne sont pas lesbiennes, mais faut dire que nos compatriotes n’avaient pas totalement tort car à l’époque, 90 % des "footeuses" les plus en vue du championnat du District s’adonnaient effectivement à cette pratique.

Le phénomène existe même au sein de l’Équipe nationale et divise actuellement le monde du football féminin. Alors que certains réclament des suspensions contre toutes les joueuses soupçonnées de la pratique, d’autres exigent l’exclusion pure et simple de l’ensemble des éléments concernés.

Si la commission du football féminin de la Fédération malienne de football (FMF) se refuse pour l’instant à trancher, nombre de responsables sportifs ne cachent pas leur indignation de voir certaines joueuses enfiler le maillot national alors qu’elles revendiquent leur homosexualité.

"C’est contraire à notre culture et aussi longtemps que je serai responsable de club, je me battrai pour que ces éléments soient exclues de la sélection nationale", martèle un président de club qui se dit prêt à saisir les plus hautes instances sportives en cas de sélection de certaines joueuses accusées de ternir l’image de l’Équipe nationale.

Sans citer de noms, notre interlocuteur fait ainsi allusion à une demi-dizaine d’internationales qui sont lesbiennes et qui font plus parler d’elles dans les rubriques de faits divers que sur un terrain de football.

C’est le cas de deux cadres de la sélection nationale qui portent les mêmes couleurs cette année et qui, malgré la distance qui sépare leur famille respective, circulent toujours ensemble sur une moto Jakarta. Elles sont devenues plus que des amies...

L’Essor

Mai 2007