Déné Issébéré, artiste : Un talent hors des chantiers battus

Il y a quelques années, quand elle faisait ses débuts dans la musique, on l’appelait affectueusement « Kado deni » (littéralement la petite dogon). Déné Issebéré, c’est d’elle qu’il s’agit, a aujourd’hui beaucoup progressé pour sortir des chantiers battus. Le second album de sa jeune carrière, « Ladilikan » (conseil en bambara), reflète une grande maturité artistique.

L’artiste a mûri et elle donne la plénitude de son immense talent dans son dernier opus, Ladilikan (conseil en bambara). Un somptueux album de onze titres sorti en novembre 2006 et qui caracole toujours au sommet des hits sur la bande FM du pays. Une œuvre séduisante sur toute la ligne. Surtout le côté artiste engagée de Déné ne manque pas d’attirer l’attention des critiques sur cette frêle jeune fille à la voix ensorcelante.

Dans ses créations, Déné Issebéré s’inspire des faits de tous les jours. La condition féminine, l’éducation, le respect des anciens et du droit des enfants sont entre autres ses thèmes de prédilection. Sur la scène, elle bouge avec aisance et captive l’assistance. Yeux de quenouille, lèvres ourlées et dreads, elle enflamme les salles en y propageant son énergie contagieuse. Déné Issebéré est à l’aise en chantant aussi bien en dogon qu’en bambara ou en français voire en anglais.

La qualité de son deuxième album repose avant tout sur la finesse des arrangements et de la réalisation. Pourtant rien ne prédestinait cette fille de diplomate (elle est la fille de Hamadoun Issebéré, un célèbre diplomate malien) à la musique. Titulaire d’une maîtrise en anglais, elle avait tout le loisir d’embrasser une carrière d’interprète. Elle a préféré la production musicale, exposée aux coups fourrés des pirates, aux salles de conférences feutrées.

Bercée dans l’art

Mais la passion de la fille pour la musique s’explique aisément par l’héritage qui est sien. Avant d’être diplomate son père, Hamadoun Ibrahima Issebéré, est un poète malien primé en France (1978) au grand prix de l’ex-Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) pour son ouvrage « Les boutures du soleil ». Et sa mère, Diahara Tangara, est enseignante et comédienne. C’est dire que Déné a été bercée dès son plus jeune âge dans le milieu artistique.

Très jeune, elle suit son père en poste à l’étranger et, pendant 14 ans, elle s’imprègne des diverses cultures musicales rencontrées. A son retour à Bamako, Déné choisit de s’exprimer par le chant. Ces premières compositions, fruit des ses multiples rencontres, lui permettent de participer à plusieurs événements musicaux au Mali. Elle se fait d’abord remarquer lors des soirées organisées par son établissement, puis n’hésite plus à participer à d’autres concerts. Seul auteur compositeur interprète chantant hors du folklore traditionnel, Déné éveille rapidement la curiosité du public bamakois.

Suite à une prestation durant un concert, le groupe de rap King Da Dja produit par Salif Kéita fait appel à Déné pour l’enregistrement de son album « Tougna ». Cette collaboration va s’avérer être la première de diverses expériences musicales. En effet, charmé par sa voix mélodieuse, Eric Bono l’ingénieur du son de Salif Kéita, fait appel à ses services pour la réalisation d’autres albums (traditionnels et modernes) dont la version malienne de l’hymne à la Coupe du monde de Youssou N’Dour avec Rokia Traoré et Afel Bocoum.

Elle sera aussi sollicitée par les « Escrocs », un groupe de rap du pays, pour l’enregistrement de leur album « Kokadjè ». Ce qui la conduira à rencontrer et à travailler avec le virtuose malien de la Kora, Toumani Diabaté, puis celui du Balafon Néba Solo sur son célèbre album « Can 2002 ».

Après l’obtention de son baccalauréat, elle se décide à enregistrer en solo et signe chez Mali K7. Son premier album, « Ogopo » (le salut au chef en dogon), connaît un succès populaire immédiat. A 21 ans, Déné s’impose alors comme la nouvelle voix féminine de la chanson malienne alliant tradition et modernité. Malgré, ce succès elle juge nécessaire d’approfondir le travail sur sa voix et ses compositions.

En 3 ans, Déné enchaîne les collaborations. Elle a ainsi participé à la réalisation de plus de 20 albums sortis sur le marché malien et 3 albums internationaux (Frédéric Galliano, Toma Sidibé et Issa Bagayogo). Le jeune talent a aussi à son actif un passage au Midem, au Womex, une tournée européenne avec Issa Bagayoko et une tournée française avec Lobi Traoré. Avec cette expérience acquise et ces études d’anglais et d’informatique terminées en parallèles, Déné décide de se lancer en 2004, après une formation aux techniques de chant en France, dans l’écriture et la préparation de son nouvel album.

L’élaboration de ce second album a débuté fin 2004, entre les répétitions avec ses musiciens et le travail dans le studio OSC de Bamako ou les arrangements sont réalisés par Olivier Kaba. Apres 6 mois de travail, une première maquette est prête à être mixée. Déné choisit d’approfondir le travail avec notamment l’apport de nouveaux instruments et le développement de nouvelles collaborations.

Durant cette nouvelle phase de nouveaux musiciens viennent apporter leur concours comme le descendant de la lignée des grands ngonifôlaw (joueurs de ngoni) Bassékou Kouyaté. En parallèle, à Paris, le maestro malien, Cheik Tidiane Seck, intervient pour apporter des arrangements supplémentaires pour enrichir et finaliser cet album. Apres 1 an et demi de travail, le second opus de Déné est sorti au Mali, en novembre 2006.

Un dédicace original

Pour permettre à ses admirateurs de profiter du lancement de son album, Déné a opté pour une initiative très originale. Elle leur a offert des concerts gratuits dans le district et les capitales régionales. « Les artistes viennent généralement se produire dans les régions pour se faire de l’argent. Mais, Déné Issebéré est venue chanter gratuitement. Je ne sais pas pourquoi et comment elle parvient à supporter les charges, mais je suis ravie », confie Coumba Diallo, une habitante de Douentza, citée par nos confrères du quotidien national du Mali, l’Essor.
La star en herbe explique, « j’ai bénéficié de l’accompagnement du Programme de soutien aux initiatives culturelles (PSIC) pour la réalisation de mon second opus ».

Avec Ladikan, Déné vient d’amorcer un tournant décisif vers le showbiz international. Un tournant prometteur à l’image de ce second opus de sa jeune carrière solo

Aïssata Bâ
Site de Déné : http://www.deneissebere.net

Mai 2007.