« Je suis accro à la voyance » ou quand la volonté fait défaut

Ils sont incapables de prendre une décision ou d’affronter un passage à vide sans consulter Karamoko Adama ou Madame Irma. Une angoisse face à la vie et un manque de confiance en soi qui peuvent créer une vraie dépendance.

«  Pendant trois ans, j’ai été très amoureuse d’un homme qui ne voulait pas s’engager, se souvient Lydie, 36 ans. Je me suis fait tirer les cartes quotidiennement par une amie voyante professionnelle. Jour après jour, elle me décrivait ses sentiments pour moi, m’assurait qu’il m’aimait et allait se décider. Elle s’est trompée. En m’accrochant à l’espoir qu’elle me faisait miroiter, j’ai perdu trois ans. » Si beaucoup d’entre nous jettent régulièrement un coup d’œil sur leur horoscope et apprécient, à l’occasion, de se faire tirer les tarots par un ou une ami(e), certains utilisent la divination d’une manière compulsive. Au point, dans des cas extrêmes, de se ruiner. Pour eux, le thème astral, le jeu de tarot (les cauris pour nous autres africaines), la parole du devin (celles des marabouts et féticheurs) sont les maîtres absolus des quatre principaux motifs de consultation : amour, travail, santé, argent.

La peur de l’imprévisible

« Les clients assidus des voyants (des marabouts) ou des astrologues sont souvent des anxieux présentant des tendances dépressives. Ils ne supportent pas l’incertitude et les nécessaires frustrations de l’existence, et cherchent à être rassurés, constate Judith Delaunay, psychothérapeute. Ils appréhendent les changements ou les moments de vide, lorsqu’ils se retrouvent seuls face à eux-mêmes. Pour eux, la vie est un autre maléfique, dangereux, toujours prêt à les persécuter, à les gratifier de mauvaises surprises. Au-delà des questions posées à leurs devins, leur demande véritable est : “Vais-je enfin connaître un bonheur sans ombre, sans risque de bouleversement ? » Cette terreur de l’imprévisible provient d’un lien insécurisant avec la mère ayant marqué définitivement l’individu, analyse la psychothérapeute. «  La mère est la première figure du destin, le premier autre qui va, ou non, nous donner confiance en l’existence. » Souvent, le client obsessionnel des cabinets de voyance vient y interroger le destin après s’être demandé, enfant, si sa maman « insécurisante » (car trop fusionnelle ou trop absente) l’aimait vraiment. Mais, bien sûr, la figure maternelle n’est pas la seule responsable des angoisses des consultants.

Une personnalité dépendante

« Un de mes patients, chef d’entreprise, ne pouvait embaucher un salarié sans l’aval de son astrologue, poursuit Judith Delaunay. En dépit de son statut éminent, il se sentait dominé par un père, qui méprisait sa femme et ses deux fils. » Le besoin de consulter pour chaque décision importante révèle souvent une personnalité dépendante, manquant de confiance en soi. L’individu, inconsciemment, ne s’accorde pas le droit de prendre des responsabilités. Il s’appuie sur la parole du devin, comme autrefois il s’imaginait naïvement que ses parents savaient tout.

Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux ?

Lâchez prise
« Il y a les choses qui dépendent de nous et celles qui n’en dépendent pas », affirmait Epicure. Concentrez-vous sur les premières et laissez les secondes advenir (l’amour qui se fait attendre, la santé de votre mère...). Au lieu de vous obstiner à les prévoir, apprenez à vous relaxer, à jouir de la vie, à prendre vos distances.

Identifiez votre vrai besoin
Pourquoi cette obsession de l’avenir ? Douteriez-vous d’en avoir un ? Si c’est le cas, plus que d’un voyant, c’est d’un remède contre l’angoisse et la dépression dont vous avez besoin. Peut-être désirez-vous surtout savoir qui vous êtes, pouvoir parler de vous... et entendre des choses sur vous. Un psychothérapeute serait sans doute plus efficace.

Faites-vous confiance
Interroger un voyant car vous hésitez entre deux partenaires, deux emplois ou deux maisons, c’est renoncer à s’assumer. Après vous avoir expliqué que, d’après votre thème, telle solution est préférable, votre astrologue retourne à ses occupations. Or, le choix que vous opérerez va conditionner votre vie. Faites-vous confiance et ne laissez personne en être le maître.

Conseile à l’entourage

Inutile de lui dire que les voyants sont tous des charlatans, que l’avenir est imprévisible, vous n’obtiendriez aucun effet. La voyance et l’astrologie appartenant au domaine de la croyance, la raison s’avère impuissante. Essayez plutôt d’interroger votre drogué de la divination sur son besoin de s’en remettre à un autre supposé omniscient, sans vous moquer de lui. En revanche, s’il veut vous faire part des prévisions de son devin favori à votre sujet, arrêtez-le immédiatement. Dites-lui fermement qu’il fait intrusion dans votre intimité et que vous préférez profiter du moment présent.

Isabelle Taubes pour linternaute.com | juin 2007