Réussite féminine au Mali : Aïssa Arby, teinturière

Elle n’a jamais considérée la vie comme une cynécure. Après s’être battue pour se hisser dans le cercle des cadres maliennes, Aïssa Arby fait aujourd’hui fortune dans la teinture. Un art qu’elle a appris étant encore sur les bancs de l’univerité. Talentuseuse, courageuse et généreuse, elle illustre aujourd’hui la réussite féminine au Mali. Partie de rien en 1995, elle se trouve à la tête d’une grande entreprise de teinture à Hamdallaye ACI 2000 près du lycée Mamadou Sarr. Et elle ne regrette pas son choix.

« J’ai commencé la teinturière en 1995 quand j’étais encore étudiante à l’EnSup. Quand l’année a été décretée, je me suis lancée dans ce métier pour ne pas rester les mains croisées », se souvient Mme Aïssa Arby. Et pourtant, ses brillantes études la prédestinaient à une autre profession. Titulaire d’une Maîtrise dans la langue de Shakespeare (l’anglais) de l’Ecole normale supérieure (ENSUP), elle ne manquait pas d’atouts pour réussir dans l’enseignement. Mais, la passion et le désire de s’assurer une indépendance socio-économique en ont décidé autrement. Ce qui fait qu’aujourd’hui l’éblouissante Aïssa Arby est l’une des meilleures teinturières de la du Mali.
Avec un parcours atypique, elle est de nos jours l’une des références du secteur. Sans formation préalable dans le domaine, Mme Arby fera appel à des professionnelles pour s’initier aux techniques de bases de la teinture. Et très vite, elle s’est frayée un chemin. « J’achetais une à deux pièces pour les teinter et les vendre. Je me suis debrouillée ainsi jusqu’à me hisser aujourd’hui au sommet de ce métier. Quand on a eu la chance d’aller à l’école, ça facilite l’apprentissage d’un metier », temoigne-t-elle.
D’une personne, son atelier est devenu une grande entreprise qui emploie une centaine de personnes (des hommes et des femmes), dont des femmes mères de famille, des veuves ou des femmes abandonnées par leurs maris. De l’avis de la professionnelle, la teinture, demande beaucoup de serieux et de suivi surtout quand le personnel est nombreux.

« Je ne vends pas mes bazins colorés. Je fais de la prestation de service. La plupart de mes clients sont installés en Europe, en Amérique, en Asie et en Afrique. Ce sont, pour la plupart, des revendeurs sur ces différents marchés. Ils m’envoient de l’argent. J’achète moi-même le tissu. Je teins et j’expédie la marchandise », précise-elle. Les commandes sont vite exécutées car prises en charge par une quarantaine d’équipes.

Une rénommée mondiale

De réputation internationale, Aïssa Arby a des clients dans toute la sous-région ouest africaine. La maisson est ainsi régulièrement prise d’assaut par des Sénégalaises, des Guinéennes, des Béninoises, des Togolaises, des Maliennes de l’extérieur et des clientes venant parfois de la France, des Etats-Unis... Sa matrîse de l’anglais est naturellement un atout appréciable car un bon nombre de ses clients ne comprenne que cette langue.
Pour cette battante, « la teinture est rentable car elle contribue à assurer le quotidien. Donc, nous disons Al Hamdoulilayi (Dieu merci), on ne cherche pas mieux ». Ce ne sont pas en tout cas ses employés qui diront le contraire. La teinturière, qui se soucie autant du bien-être de ses employés que de ses intérêts, partage entre ses équipes une enveloppe journalière oscillant à plus 200.000 F CFA sous forme d’émoluments. Chaque personne employée gagne en moyenne 2 000 F CFA par jour. Sans compter qu’elle parvient à occuper permanemment d’autres personnes à cause des emplois emplois connexes créés. Il s’agit des batteurs, des étalagistes, des plieurs, des tailleurs, etc.

Un tremplin d’emplois

Selon Aïssa Arby, en période de fêtes, les batteurs peuvent « taper » 10 à 12 balles de bazin par jour pour une valeur d’environ 800.000 F CFA. Tout comme les vendeurs d’intrants (colorant, soude caustique,etc.) se frottent aussi les mains à l’approche des grandes fêtes comme le Korité (fête du ramadan) et la Tabaski. En ces periodes, l’atelier d’Aïssa peut utiliser plus de 2 millions de F CFA d’intrants par jour. Installée avec son équipe dans la zone ACI 2000 à Hamdallaye, Aïssa n’est jamais à court de clientèle. Le prix de ses prestations varie de 4 000 à 10 000 F CFA selon les modèles et la qualité du travail. La prospérité des affaires oblige à faire preuve de professionnalisme. La célèbre teinturière s’achemine progressivement vers la mise en place d’une véritable entreprise de teinture dotée d’une administration moderne de gestion. Cet esprit d’anticipation et d’organisation est le fruit de huit années d’expérience professionnelle passée à la Société générale de surveillance (SGS). Elle a, également, passé deux mois à la Cotecna, la société de contrôle de qualité qui a succédé à la SGS dans notre pays. Veuve et mère de 3 enfants, elle a dû abandonner ce service pour s’occuper de son entreprise et de son petit foyer après le décès de son mari. Son rêve est toujours de pouvoir former des jeunes et d’employer le maximum de personnes.

« Ne jamais croiser les bras » ! Tel est le slogan d’Aïssa qui invite les femmes au travail. « Une famme ne peut jamais être heureuse sans travailler », encourage-t-elle. C’est le même conseil qu’elle donne aux Jeunes diplomés qui, pour ne pas croupir dans le chômage, doivent comprendre que « le diplôme est un papier qui ne se mange pas cru. Avec ou sans diplôme, on peut se debrouiller et faire quelque chose de rentable. A force de perseverence et de courage, on fini par reussir », conseille la professeur d’anglais et de teinture. Elle l’a compris très tôt. C’est pourquoi elle est aujourd’hui l’une des reines de la teinture malienne.

Aïssata Bâ

8 juin 2007