Ami Sacko à la conquête du showbiz international

Navigant à merveille entre les Sumu (animation des mariages et baptêmes) et les grandes expériences artistiques de part le monde, Ami Sacko est en train de se faire une place au soleil. Une réussite qu’elle doit à sa descendance, à son talent et aussi au soutien de son époux, Bassékou Kouyaté, un virtuose du ngoni.

« Sa simplicité et sa courtoisie n’ont d’égal que son charme et son élégance », disait récemment une consoeur à propos d’Ami Sacko. Il y a de quoi être surpris parce que de telles qualités sont de plus en plus rares dans le milieu des griottes dont beaucoup croient plus au matériel qu’à la chaleur humaine. Souvent vêtue d’un pantalon et d’un tee-shirt noirs, ce jeune talent vit avec son temps sans dédain pour le passé.

La passé, c’est le griottisme. Et la fille de Seybou et de Haby Kouyaté l’est de génération en génération. Un père qui a chanté dans l’orchestre Kefé Stars de Kayes dans les années 70 avec les Harouna Barry (ex-directeur de l’Orchestre national) et Kardjigué Laïco Traoré (Fondateur du ballet Kélété). Toutefois, Kouyaté de père et de mère, sa maman n’a jamais été séduite par le micro, même si elle aurait évolué dans une troupe artistique avec l’enseignante/griotte, Mah Kouyaté N°1. Officiellement, « je suis la seule chanteuse de ma famille », rappelle Ami Sacko, la tendre épouse du virtuose du ngoni, Bassékou Kouyaté.

Chanteuse, elle l’est aussi par l’éducation. « J’ai été élevée par ma tante Fanta Sacko qui était une chanteuse du théâtre Daniel Sorano de Dakar (Sénégal). C’est elle qui m’a initiée à la chanson ». Et de sa première apparition publique, elle se souvient comme si c’était hier. « J’avais 12 ans. C’était lors d’un concert organisé au Carrefour des jeunes par une amie de ma mère appelée Saran Guissé (paix à son âme). C’est Maman Draba et moi qui avions animé cette soirée. Plus tard, mon père m’a inscrit au concours des jeunes vedettes où j’ai occupé la deuxième place derrière Modibo Diabaté », nous rappelle-t-elle. Avec le temps, Ami a évolué dans son art. La griotte libère souvent l’artiste qui dort en elle après deux années passées à l’Institut National des Arts (INA) de Bamako. « Je fais beaucoup de genres musicaux en dehors du griottisme. Un animateur suisse du nom Pascal, qui avait apprécié ma voix dans mes duos avec une Américaine, a souhaité que je compose trois chansons sur les thèmes du fleuve, la route et le Mali. Il a très bien accueilli les produits finaux », confesse-t-elle. Mais, elle assure que l’artiste ne tuera jamais la griotte. « Je ne laisserai jamais le traditionnel. Je continuerai toujours avec les Sumu, c’est-à-dire l’animation des cérémonies de mariage, de baptême, etc. ».

La quête de la notoriété mondiale

N’empêche qu’elle est aussi consciente que c’est son talent d’artiste qui lui permettra de réaliser son rêve : conquérir le showbiz comme son époux. « Je veux m’imposer sur le marché mondial. J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs artistes étrangers. Lors du festival des Voix de femmes (en Belgique), un artiste d’Azerbaïdjan du nom de Alim Gasmour a apprécié ma musique. Il nous a invités, mon mari et moi, en Azerbaïdjan et nous avons beaucoup travaillé ensemble. Je ne prendrais pas le risque de chanter certaines de ces chansons au Mali car le public pourrait me traiter de folle. Chaque pays a ses réalités. Mais, j’aimerais exploiter les diverses opportunités qui s’offrent à moi », assure la native de Kayes.

Son talent lui a déjà permis de sillonner beaucoup de pays. Et en 2001, elle a représenté le Mali lors d’un prestigieux spectacle au Mémorial Malcolm X des Etats-Unis. Avec son amie américaine, Lenny Sterne, elle a réalisé deux albums en vente aux Etats-Unis et qui seront bientôt distribués au Mali. Cette dernière est aussi présente sur son prochain album dont l’enregistrement a commencé en mars dernier. A ces nombreux fans, elle promet bientôt un double album dont l’un traditionnel.

Un couple modèle

La grande cantatrice rêve de notoriété internationale, mais elle a la sagesse de ne pas vouloir brûler les étapes. « Je souhaiterai être reconnue un peu partout dans le monde. Mais, je ne suis pas pressée, c’est Dieu qui dispose », disait-elle dans Grin-Grin, le magazine des jeunes de la Coopérative culturelle Jamana. Le secret de son succès ? Le destin et l’ouverture d’esprit de son mari qui lui donne « la liberté d’évoluer partout à l’extérieur du pays », assure-t-elle.

« C’est la compréhension. Mais je suis très croyante et je pense que chacun suit son destin. La séparation comme l’union relèvent de la volonté de Dieu. Je peux dire que mon mari m’a élevée car j’avais 14 ans quand nous nous sommes fiancés. J’essaie de ne pas le heurter et vice versa », répond Ami à ceux qui lui demandent le secret de la longévité de son union avec Bassékou.
Elle reconnaît surtout que son mari joue un grand rôle dans sa carrière. « C’est vrai que je compose personnellement mes chansons, mais je les soumets toujours à l’appréciation de mon mari. Il me guide toujours. D’ailleurs j’ai volontairement mis ma carrière solo entre parenthèse pour m’occuper du groupe que Bassékou a mis en place parce que j’y suis la chanteuse principale », révèle-t-elle. L’unité du couple est sans doute la charnière de leur réussite collective et individuelle.

Aïssata Bâ

8 juin 2007