Sexualité : aphrodisiaques plein la vue

A Bamako, les aphrodisiaques connaissent un succès fulgurant, favorisés par un contexte de liberté sexuelle de plus en plus affirmée. Dans une société malienne en parfait décalage avec les bonnes mœurs et face à l’équation stress et répercussion sexuelle, l’offre des stimulants sexuels s’installe allègrement.

Derrière la Grande mosquée de Bamako, une kyrielle de produits traditionnels et pharmaceutiques sont offerts aux visiteurs. Il en « existe » pour une multitude de maux. Mais tous les étals, à même le sol, sont dominés par des stimulants sexuels. Tantôt, une femme s’approche et le vendeur lui cède son tabouret. Après des échanges de bouche à l’oreille, le pharmacien improvisé lui tend une gamme de produits et s’adonne à un marketing-conseil.

Ils sont sous forme de grosses tablettes à croquer pour 500 F CFA ou des bonbons à sucer, ou encore des crèmes intimes et autres formes de comprimés « à placer ». Les étiquettes de ces produits sont en général sans équivoque car ce sont des photos de couples entièrement nus, démonstratives qui n’ont rien à envier aux images X.

Les noms de ces produits sont tout autant précis «  Lit cassé  », «  Laisse-moi, je ne te laisse pas  », etc. Des femmes se relaient chez ces vendeurs. Une femme d’un certain âge rencontrée dans le transport public explique. « Ce sont des produits efficaces, j’en envoie régulièrement à ma fille qui vit à l’extérieur ». Elles sont nombreuses les femmes qui y croient, la dame A. M. les utilise régulièrement, elle a ses préférences et demeure persuasive.

Au centre-ville, non loin des rails, et devant le local de l’artisanat, ces « sésames » sont proposés par des femmes qui ont des clientes attritées. Dans sa quête du marché, elle fustige. «  Les femmes mariées se suffisent dans leur situation d’épouse. C’est ici chez nous que les jeunes filles viennent conquérir leurs maris ».

Si les femmes ne prennent pas assez de précautions pour s’afficher devant ces produits, elles n’en sont pas exclusivement les plus friandes. Les stratégies d’approvisionnement des hommes sont beaucoup plus sobres. Ils se font conseiller et servir dans les bureaux, sur rendez-vous et dans tous les cas, loin de tout regard extérieur. Un abonné reconnaît la nécessité de ce type de produit aujourd’hui dans la vie de couple car, trouve-t-il, la conjoncture, le stress et ses répercussions « créent des défaillances ».

Lors d’un séminaire de formation au Cespa, le Dr. Zeina a dénoncé l’usage des produits aphrodisiaques, en l’occurrence ceux qui sont « placés ». Selon ce médecin, ces stimulants peuvent provoquer de graves infections vaginales que les femmes appréhendent de façon confuse. Cette mise en garde est d’autant plus compréhensible que les composantes sont inconnues, donc leur degré de nocivité ignoré.

Les produits aphrodisiaques sous forme médicamenteux proviennent des pays asiatiques.

Désacralisation

Le tabou « culturel et religieux » qui entoure la question du sexe à Bamako et dans beaucoup de capitales régionales n’est qu’un faux-fuyant dans la société malienne. La liberté sexuelle se manifeste désormais de façon presque véhémente, à toutes les générations, mais aussi avec toutes les combinaisons possibles. Les nids de l’intimité s’improvisent dans les rues, aux moindres coins sombres, dans les bureaux et autres lieux de travail, où s’installent officiellement dans les locaux dûment autorisés par l’Etat.

Les gardiens d’école et de service assistent à longueur de nuit aux ébats et à des spectacles particuliers sans aucune forme de... pudeur.
S. D., gardien d’une école fondamentale, visite chaque soir avant de se coucher les salles et alentours de l’établissement. Il se dit indigné par les scènes offertes par les couples. « Des garçons et filles se couchent à même le sol dans le noir derrière les murs de l’école ou s’enchevêtrent collés au mur... » Ces intrus noctures des établissements scolaires se composent en majorité de jeunes selon S. D.

Les agents chargés de la surveillance de certains services administratifs sont eux aussi témoins des représentations physiques en duo. A la différence qu’il s’agit là de chefs de service avec leurs compagnes. M. K., gardien d’une structure depuis plusieurs années raconte : « des patrons trainent toutes sortes de jeunes filles dans les bureaux la nuit... » Toutefois, il reconnaît que le phénomène a baissé en intensité ces dernières années. M. K. déclare en discuter souvent avec ses camarades gardiens. Le faible taux de fréquentation nocture des locaux administratifs est dû, selon lui, à la multiplication des hôtels et autres lieux de passe développés par les chinois.

Derrière l’inscription « bar-restaurant », de nombreux espaces sont des abris de couples en mal de cachette, car la quasi totalité des hommes abonnés de ces endroits « discrets » sont légalement mariés. Pour beaucoup de Bamakois, les préalables de la sexualité se passent chez les vendeurs ambulants ou stables de produits aphrodisiaques.

Maïmouna Coulibaly

Les Echos du 06 juin 2007.