Faty Wallet, journaliste à la radio Jamana de Tombouctou

Agée de 35 ans, Faty Wallet est mariée et mère d’une petite fille. Animatrice à la Radio Jamana depuis trois ans, elle fait des émissions en touareg, en sonraï, et en Bambara. Une de ses émissions, intitulée Muso Kunda est consacrée spécifiquement aux femmes : on y parle santé, cuisine, production... Selon Faty, les femmes ont tellement de problèmes qu’on ne pourrait tous les citer ici : peu représentées au sein des organes de pouvoir, elles sont davantage touchées par l’analphabétisme. "Dans nos coutumes, dit-elle, la femme ne partait pas aux bancs". Faty a bien voulu recevoir notre envoyé très spécial, Thomas Fourrey...

Avez-vous toujours vécu à Tombouctou ?

J’ai vécu dans toutes les régions du Mali à l’exception de celle de Gao. Mon père était gendarme et toute la famille bougeait avec lui. J’ai suivi l’école jusqu’en neuvième année, puis j’ai fait l’école hôtelière à Sotuba. Je me suis mariée avec un parent, qui est militaire. Je l’ai suivi jusqu’ici en 1991.

Suite au fait que vous ayez vécu à un moment ou à un autre dans toutes les régions du Mali, trouvez-vous que la vie à Tombouctou est différente d’ailleurs ?

Oui, il existe une grande différence. Du fait que Tombouctou est enclavée, les femmes ne sont pas dans de bonnes conditions. Le brassage des populations permet l’évolution des mentalités. Or il est difficile de rallier Mopti ou Gao et à plus forte raison Bamako. Heureusement, la télévision apporte quelque chose de l’extérieur. Mais les femmes vivant en milieu rural sont fatiguées. La société tombouctienne n’accorde pas de place à la femme, qui est cantonnée aux travaux champêtres ou ménagers. Dans Tombouctou Ville, les femmes travaillent, ont des petits projets : le jardinage, le commerce. Dieu merci, aujourd’hui, on veut être à la page. On est un peu en retard ici par rapport aux autres villes du Mali. La femme souffre davantage de pauvreté et même si Tombouctou est une ville riche, les femmes ne cherchaient pas à satisfaire leurs propres besoins. Après, chaque milieu a ses coutumes. Moi, je suis touareg et les femmes touaregs ne vont pas aux champs, ne puisent pas de l’eau, elles ne coupent pas le bois. Mais, aujourd’hui, certaines femmes le font en raison du manque de moyens. Avant, elles restaient à la maison, maintenant elles sortent, elles ne créaient pas d’association et aujourd’hui, çà a changé. Je connais même une femme touareg qui est devenue militaire.

Les femmes sont-elles présentes dans les organes politiques ?

Les femmes sont ici sous représentées. Souvent, on les place en position non éligible pour les élections. Les hommes s’opposent à ce que les femmes interviennent ; à ceci vous ajoutez que les femmes disposent de moins de moyens financiers, sont moins alphabétisées et vous comprendrez que leur place est forcément réduite. Je connais des femmes députées, maires mais ici, aucune n’est maire et dans toute la région de Tombouctou, seules deux conseillers communaux sont des femmes. Deux secrétaires généraux de mairie, dont une est ici, sont des femmes. Il y a encore un énorme chemin à parcourir afin que les femmes puissent décider.

Et vous avez envie de faire de la politique ?

Non. Je n’ai pas les moyens et le journaliste est apolitique : il observe et il rend compte. La charte de la radio est très précise là-dessus.

Dans le cadre de votre travail, vous avez eu l’occasion de voyager ?

Dernièrement, je me suis rendue à Dakar afin d’aller interviewer des tombouctiens qui vivent là-bas ; nous prenons de leurs nouvelles et ainsi ils peuvent communiquer avec leurs parents restés ici. Là bas, j’ai aussi interviewé un vieux qui vit sur l’île de Gorée qui m’a parlé de l’esclavage. Je voudrai faire une émission sur ce thème. Enfin, je vais réaliser des interviews en ville avec des femmes afin de connaître leur avis sur les élections à venir (avril/mai pour la présidentielle et juin/juillet pour les législatives). Je tiens à dire que notre radio a reçu un prix de la part de l’APDF pour un reportage sur l’équité homme-femme.

Thomas Fourrey