Rama Yade, secrétaire d’état français : L’étoile montante de la politique française

Avec Rachida Dati, Rama Yade constitue l’autre grosse révélation de la campagne de Nicola Sarkozy. A 30 ans, la secrétaire nationale de l’Union pour la majorité plurielle (UMP) chargée de la Francophonie a la lourde responsabilité de porter haut les couleurs de la diversité culturelle dans l’équipe gouvernementale de François Fillon.

«  En politique, j’incarne tout ce que les hommes politiques ne sont pas aujourd’hui : je suis une femme, je suis jeune, je suis noire et, j’allais l’oublier, je suis musulmane. Autant dire, un ovni dans ce monde de brutes ! Mais, je sais que le sens de l’histoire n’est pas avec eux ». C’est ainsi que se définissait Rama Yade quelques mois avant sa nomination au poste de Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères et aux Droits de l’Homme depuis le 19 juin 2007.

Une consécration qui n’a pas surpris les observateurs. Née le 13 décembre 1976 à Dakar (Sénégal), Ramatoulaye Yade-Zimet dite Rama Yade est arrivée en France à l’âge de 9 ans. Beau visage et grande allure, la diplômée de Sciences-Po et administratrice au Sénat, vice-présidente du club XXIe siècle qui milite en faveur de la diversité, Rama faisait partie des douze femmes promues dans les instances du l’UMP le 6 mars 2006.

Cette Française d’origine sénégalaise a commencé sa carrière par un concours qui lui a permis de travailler à la Commission des affaires sociales du Sénat en 2002. C’est là que Jean-Pierre Elkabbach la remarque et propose de la détacher à Public Sénat où elle devient rapidement directrice de la communication.

Chargée de la Francophonie à l’UMP, Rama se voit offrir l’opportunité de prononcer un discours d’un quart d’heure lors de l’investiture de Nicolas Sarkozy au Congrès du 14 janvier 2007. La militante engagée profite alors de l’opportunité pour fustiger une Gauche qui pratique « la politique du guichet » et a envers les immigrés « un discours de la pitié plutôt qu’un discours de respect ». Décomplexée et bonne oratrice, elle captive l’assistance par sa prestation. Elle prendra ensuite régulièrement la parole lors des meetings du candidat Sarkozy.

La jeune femme se dit déçue par une Gauche dont elle attendait beaucoup. Ce qui lui donne une place de choix au sein de ces minorités visibles que Sarko veut promouvoir. Issue d’une famille de Gauche (son père diplomate était un proche de Léopold Sédar Senghor), élevée modestement par sa mère avec ses trois sœurs dans une cité de Colombes (Hauts-de-Seine) et mariée à un socialiste, Rama se dit néanmoins convaincue que « c’est avec Nicolas Sarkozy que les choses peuvent bouger ». Et pour cause ! « C’est Nicola Sarkozy qui a mis fin à la double peine, qui a ouvert une classe prépa au concours de commissaire pour les habitants des quartiers, qui a nommé des préfets maghrébin et noir, qui a pris comme porte-parole Rachida Dati, qui a confié une mission sur la diversité à Basile Boli », se défend la dynamique jeune femme.

Un mérite et non un alibi

Auteur d’un livre, Noirs de France (Calmann-Lévy, janvier 2007) dans lequel elle raconte le « rendez-vous manqué entre la République et les Afro-Antillais », Rama n’a jamais caché sa volonté d’apporter son éclairage sur les spécificités culturelles et les aspirations des Noirs de France. Et, en aucun cas, elle ne se considère comme « l’alibi » du président Nicolas Sarkozy. Ce dernier lui voue profond respect et a une grande estime pour elle au point de la surnommer sa «  Condoleeza Rice ».

Par rapport à la discrimination dont les Noirs et les Arabes se disent victimes en France, Rama rappelle que « la vérité ne saurait être toute noire ou toute blanche ! Il vaut mieux ne pas rentrer dans ce type de concurrence victimaire : la violence d’un acte raciste ou discriminatoire est la même, que l’on soit Arabe, Noir, Asiatique ou... Breton » !

Toutefois, elle est d’avis que, pour que les conditions de ces communautés s’améliorent en France, « la discrimination positive est la solution la plus viable et la plus rapide ! On ne peut se permettre le luxe d’attendre que les mentalités changent... Les discriminations positives constituent donc la seule solution pour qu’on sorte du blocage actuel. Et contrairement à ce que l’on pense, la France la pratique déjà pour les femmes et les personnes handicapées ».

Par rapport au concept de « l’immigration choisie » que défend son mentor, Nicolas Sarkozy, elle pense que si « cette loi a provoqué tant de débats, c’est à cause des mots employés : immigration choisie ! Un peu comme discrimination positive. Mais, sur le fond, c’est le même type de démarche que les lois canadiennes, qui ont d’ailleurs eu pour résultat d’augmenter le nombre d’immigrés au Canada, même s’ils sont majoritairement qualifiés ». Une main d’œuvre qualifiée dont a aussi besoin les pays d’origine pour se développer.

N’empêche que, à 30 ans, belle et brillante, Rama est promise à une prometteuse carrière politique en France. Même Noire !

Aïssata Bâ

Août 2007.