Jocelyne Beroard, Kassav : Une fascinante longévité sur la scène

Près de 25 ans au sommet des meilleurs hits du monde ! C’est la prouesse que réalise l’égérie de Kassav, Jocelyne Beroard. Elle est revenue en 2003 avec un 3e album solo, Madousinay. Douze ans après Milans, elle a concocté, avec ses fidèles complices, un opus où le zouk mène le bal comme d’habitude. Le succès est bien sûr au rendez-vous. Ce qui donne un nouveau souffle au zouk au bord du déclin.

« C’est un CD de chansons dans lequel je raconte des histoires. Je n’ai pas cherché à faire des tubes, même si il vaut mieux composer des morceaux qui plaisent, ni à être dans la tendance. J’ai d’ailleurs horreur de ce terme (tendance). Je voulais de belles mélodies, de beaux textes en créole me permettant de transmettre des émotions de joie, de mélancolie, mon coup de gueule, etc. ». C’est ainsi que Jocelyne présente Madousinay, son dernier opus sur le marché depuis 2003. Un album qui, comme la belle chanteuse, ne vieillit pas.

Madousinay ! Un titre qu’elle définit par « attendrissement et tendresse » ! Elle se fait plus précise, « si j’ai un regard plein d’amour sur les choses, ce n’est pas pour autant un ramollissement si l’on doit faire une comparaison avec mes chansons précédentes. J’ai la même détermination, la même envie de hurler lorsqu’il y a des bassesses, la même envie de dire que la vie peut être plus belle si on change simplement son regard sur les choses ».

Sur l’œuvre on trouve des thèmes relatifs au devoir de mémoire comme « Eti la yo yé », qui parle de ses ancêtres esclaves « enterrés n’importe où sans la moindre manifestation pour leur redonner leur dignité ». L’icône du groupe Kassav (la cassave aux Antilles est une galette préparée à partir du manioc) rend aussi un brillant hommage à Edith Lefel, dans Di’y mesi, décédée en 2002.

« En plus d’avoir perdu une amie et une soeur, il est toujours douloureux de voir s’en aller, trop jeune, une artiste qui avait du talent sans qu’elle ait eu la chance de se faire connaître plus, dans le pays où elle vivait », dit-elle. Bref, Jocelyne chante des thèmes qui touchent notre vie de tous les jours et qui « pourraient être aisément transposés dans n’importe quel pays, n’importe quelle culture ».

Forte de son expérience de la scène et des studios, elle s’est entourée de plusieurs artistes de talent comme Claude Naimro, Mario Canoge, les Zouk Machine ou encore son ami Jacob Desvarieux, réalisateur de l’opus. Cet album vient apporter au zouk le punch nécessaire pour ne pas être vite enterré par ses détracteurs.

Née à Fort-de-France le 12 septembre 1954, Jocelyne Beroard quitte sa Martinique natale pour venir faire des études de pharmacie à Caen, en France. A l’époque elle n’avait que vingt ans. Mais très vite, la musique prend autant de valeur dans sa vie que les études. Accompagnée de son frère, elle commence à se produire en tant que choriste sur les scènes françaises pendant 9 ans.

En 1980, alors que Jocelyne revient d’un séjour de six mois en Jamaïque pour travailler avec Lee Peery, elle fait la rencontre de Jacob Desvarieux et des frères Décimus, qui viennent de créer le groupe Kassav. Elle les rejoindra définitivement, tout comme sa sœur Catherine, en 1983.

Entre temps, en 1981, Jocelyne avait accompagné le chanteur Bernard Lavilliers dans sa tournée mondiale. Elle avait aussi travaillé parallèlement avec plusieurs artistes comme Manu Dibango et Herbert Léonard. Dans la foulée, elle décroche le premier Prix du « Concours de la chanson d’Outre-mer » en 1982.

Un brillant début sur scène

Ce n’est que l’année suivante qu’elle commence la grande aventure avec Kassav comme choriste. Au début, son activité au sein du groupe se limite à l’interprétation du titre Soleil. Mais très vite, elle enregistre sa première chanson en solo, Moment ta la. Malgré un succès mitigé, elle réitère l’expérience en 1985 en enregistrant Mové Jou et Pa bizwen palé, deux chansons qui deviendront des titres phares du groupe.

En 1986, Jocelyne publie son premier album solo, Siwo, qui lui vaut un double Disque d’Or et la plus grosse vente aux Antilles pour un artiste féminin. Philippe Lavil, alors au sommet de sa carrière musicale en France, lui propose d’interpréter l’un des titres de l’album en duo. Le single Kolé Séré se vend alors à plus de 500.000 exemplaires dans la France métropolitaine.

A partir de 1985, Jocelyne entame un tour du monde avec Kassav. Des tournées qui vont les conduire dans presque tous les pays du monde. Le groupe collectionne les récompenses en Russie, au Japon, au Canada, aux Etats-Unis et surtout en France où Kassav est élu Meilleur groupe aux Victoires de la Musique 1988.

En 1991, Jocelyne enregistre son deuxième album solo baptisé Milans. Elle décide par la suite de donner un nouveau souffle à sa carrière d’artiste en tournant Siménon pour la cinéaste Euzhan Palcy (Une saison blanche et sèche, Rue Case Nègres). Sa performance est saluée par la critique et la sublime Jocelyne reçoit le Trophée Timi’s de la meilleure actrice Afrique-Antilles en 1992.

En 1997, l’une des plus illustres Martiniquaises enregistre la chanson Lonraj’ a pyé mango avec Chris Combette. Cette chanson sera consacrée tube des vacances dans les Antilles. Parallèlement à sa carrière artistique, Jocelyne Beroard s’engage aux côtés de Yannick Noah pour aider l’association « Aux enfants de la terre ». Son courage et sa détermination sont récompensés en 1996 lorsqu’elle est nommée Officier de l’Ordre du Mérite par le président Abdou Diouf du Sénégal. Puis en 2000, elle devient Chevalier de la Légion d’Honneur en France.

Priorité à Kassav

Avec près de 25 ans au devant de la scène, Jocelyne Beroard n’a que trois albums solo à son palmarès. Mais, cela se comprend aussi dans la mesure où elle a toujours accordé la priorité au groupe au détriment d’une carrière solo. « Avec Kassav, on ne peut vraiment pas s’organiser à l’avance. Et même si nous faisons moins de disques qu’avant, l’actualité reste assez intense toute l’année. Nous n’avons jamais réussi à regrouper toutes les demandes sur quatre à six mois », explique l’une des plus belles voix féminines du showbiz international.

Ce que ne dit pas la star mondiale du Zouk, ce qu’elle tient à ce que toute la bande soit avec elle lorsqu’il s’agit de faire un album. « J’ai besoin de leur présence, de leurs conseils. Ce sont mes meilleurs directeurs artistiques. Ce sont eux qui m’ont aidée à m’épanouir dans le zouk. Ce sont des magiciens, des gens que j’admire et qui savent donner », reconnaît Jocelyne.

Installée en France depuis plus de 30 ans, la pharmacienne de formation n’a pas pour autant oublié d’où elle vient. « Même si je suis restée à Paris tout ce temps, je disais que je n’étais que de passage. Ma tête est toujours restée chez moi et mes chansons puisent dans notre imaginaire créole, même si traduites elles traitent souvent de choses universelles. Etre à Paris signifie être en exil pour moi. Et j’en ai toujours souffert », explique-t-elle. Une souffrance qui, heureusement pour ses millions de fans à travers le monde, lui a permis de conquérir et de se maintenir au sommet du zouk, de la musique !

Aïssata Bâ

Septembre 2007.