Nènè, fillette travailleuse : Exploitée ou assistée ?

Comment ne pas s’interroger sur la situation de ces centaines de filles et fillettes travaillant dans les nombreuses familles Bamakoises alors que plus que jamais s’intensifie la condamnation et le débat sur le travail des enfants. Pour découvrir ces enfants drainées par les grandes vagues de l’exode rural, nous avons approché certaines filles et évoquons ici le cas d’une d’entre elle.

Nul n’ignore la paupérisation de plus en plus grandissante qui frappe les villages sahéliens. Parmi ces contrées précaires, Niamina situé dans la région de Koulikoro est le village natal de Néné Doumbia.

A 13 ans Néné vit aujourd’hui dans la capitale malienne, dans une famille moyenne bamakoise où la maîtresse de maison fait profession d’enseignante et le chef de famille, fonctionnaire de l’administration. La fillette de Niaminan est donc employée pour les petites tâches domestiques qu’elle partage avec une autre servante s’occupant principalement de la cuisine. Les yeux de cet enfant issu d’une famille très pauvre sont restés longtemps fixés sur le chemin de l’école qu’elle ne fréquentera sûrement jamais. Nènè avoue éprouver beaucoup de curiosité et d’attirance pour ce lieu où sa patronne dispense du savoir aux enfants de son âge ; pourtant, elle ne cache pas non plus sa satisfaction de sa nouvelle vie, dans laquelle elle apprend le français auprès des enfants de la maison et économise un bien modeste salaire qui lui permettra bientôt d’offrir son aide aux siens.

Pour l’employeur de Néné, ses rapports avec la fillette ne sont uniquement pas ceux d’une employée et d’un employeur. En effet, parce que consciente des causes de l’exode rural et aussi se voulant humaniste, Mme Traoré affirme apporter à cet enfant de l’éducation et un soutien matériel différent du salaire. Néné qui ne semble pas se plaindre dans cette famille où elle mange à sa faim, s’amuse avec des enfants et regarde des films télévisés pour enfants, comprend aujourd’hui quelle ne pourra changer la situation de sa famille à Niaminan, non plus qu’elle ne pourra y retourner pour continuer vivre, car semble t-elle précocement condamné à travailler pour toujours. Heureuse de ta vie ? Néné, pour répondre à cette question tarde et se contente finalement d’un un sourire mur et responsable pour ses 13 ans . Exploitée ou assistée ? ou ne saurait finalement répondre sans nous interroger, sur ce qu’aurait été cette fillette sans son employeur enseignante qui estime fièrement assumer la responsabilité de l’Etat et de la société qui ont failli.