Aïssa Maîga, comédienne et réalisatrice : L’heure de la consécration tant rêvée

Elle a joué pour Klapisch, Haneke et Claude Berri. Et elle figure cette année à l’affiche de cinq films très attendus. A 32 ans, Aïssa Maïga est la seule jeune actrice noire qui a réussi en France à faire passer ses talents de comédienne avant sa couleur de peau. Et après « Bamako », la Franco-malienne est encore au-devant de la scène. Elle est, en effet, l’une des têtes d’affiche de « L’Age d’homme...maintenant ou jamais » de Raphaël Fejtö, sorti le 12 septembre dernier. Et bientôt, elle sera encore à l’écran à travers un film qu’elle a elle-même réalisé, « Il faut quitter Bamako » ! Une œuvre très attendue par les critiques.

« J’ai une palette de jeu aussi riche qu’une actrice blanche. Partant de là, je peux tout jouer : je ne suis pas juste une sans-papier », confiait Aïssa Maïga sur un site Internet en 2005. Elle s’exprimait ainsi à propos des acteurs noirs qui étaient cantonnés dans les mêmes rôles en France. L’actrice française souhaitait une révolution. Avec « L’Age d’homme...maintenant ou jamais » la comédienne accède à un rôle qu’elle espérait voir apparaître dans sa filmographie. Un rôle où son seul talent d’actrice compte et où sa couleur de peau n’est pas le critère déterminant de sa composition. A l’allure naturelle et aux gestes précis, Aïssa Maïga est une femme de son temps. Et elle veut qu’on la respecte comme telle !

Entre la beauté et la grâce, ce sont d’autres épithètes qui la définissent. Concentrée sur sa carrière, cette jeune artiste est avant tout une mère de deux enfants dont l’avenir est sa priorité. Dans la vie, elle est femme de son foyer et comédienne. A l’écran, elle est une femme qui divorce (Brooklyn Boy) ou qui vole le cœur du mari d’une autre (L’un reste, l’autre part). Aïssa Maïga puise de ce qui l’entoure pour mieux aborder ses rôles, elle épouse parfaitement la peau de ses personnages.

Instinct, talent, profondeur ou sensibilité ! On ne saurait trop dire s’il faut ajouter ou retrancher à cette liste de qualités dont elle est dotée. C’est alors d’une véritable puissance, qu’elle nous offre son interprétation de la vie. Evidemment qu’elle n’est pas femme à se laisser faire ni à se laisser aller. Prendre sa vie en main, décider sans demi-mesure et sans faux-semblants, telle est cette force de caractère bien connue des self-made men, pardon, des self-made women.

Juste une comédienne

A 17 ans, Aïssa fait son entrée dans le monde de l’audiovisuel, du cinéma et du théâtre. Son premier grand pas au cinéma sera dans Saraka-Bô (1995) où elle tient le rôle principal. Au théâtre, elle aiguise son talent au rythme des interprétations aussi différentes les unes que les autres. Aller à la rencontre du public est une étape bien formatrice qui lui laisse le loisir d’être authentique et de s’improviser un autre visage chaque fois.

En lui offrant l’un des rôles principaux de sa comédie romantique, Raphaël Fejtö lui donne ainsi l’opportunité qu’elle attendait depuis ses débuts dans le cinéma français : s’exprimer comme une actrice tout court, sans connotation ni de race ni de couleur. Pari réussi. Même si Tina, une belle et pétillante photographe quasi parfaite sous tous rapports, n’est bien évidemment pas le rôle de sa vie. Mais, il restera certainement l’un des plus symboliques parce qu’il est le premier long-métrage français grand public, contrairement à Jonas et Lila ou A demain, où elle tient un premier rôle. Et selon les critiques, Les Poupées Russes (2005) de Cédric Klapish et L’Un reste, l’autre part (2005) de Claude Berri, entre autres, étaient déjà les heureux prémices de cette consécration.

Pour les critiques et les cinéphiles, la comédienne s’en sort très bien dans le registre qui lui est offert. « Son interprétation est juste et sans pesanteur à l’instar de cette comédie romantique très légère », écrit un confrère. C’est dire que la sublime Aïssa s’impose tout doucement dans l’univers cinématographique français. Le rôle dont l’actrice rêve n’est plus très loin. Déjà, après un détour chez Michael Haneke dans le thriller « Caché », elle avait tourné sous la houlette de son compatriote Abderrahmane Sissako dans « Bamako » (2006). Sa prestation en chanteuse de bar vivant sous la coupe d’un homme compressé et violent est saluée par la critique par une nomination au « César du Meilleur espoir féminin ».

De l’écran à la réalisation

Après une brillante carrière d’actrice, Aïssa Maïga est en train de réussir son passage derrière la caméra en tant que réalisatrice. Son œuvre, « Il faut quitter Bamako », est très attendue par les critiques.

Les scènes de ce drame se jouent naturellement à Bamako. Maïmouna (Aïssa Maïga), une jeune Française d’origine malienne, débarque pour la première fois dans son pays d’origine. Elle y rencontre Edith.

Ensemble, elles provoquent un accident mortel. Elles se lancent alors dans une fuite aveugle à travers le Mali et se découvrent l’une l’autre. Mais, la police est à leurs trousses. Que faire ?

«  Il faut quitter Bamako » à tout prix ! Ce film, dont le projet de réalisation est à un stade avancé, marquera un tournant important dans la carrière de celle qui s’était jusque-là révélée comme l’une des coqueluches du cinéma français.

Née d’un père malien et d’une mère sénégalaise, Aïssa Maïga s’installe avec sa famille en France alors qu’elle n’a que quatre ans. Elle trouve sa vocation d’actrice au lycée, à 17 ans, en entrant de plain-pied dans le monde du théâtre. En 1997, elle obtient son premier rôle sur grand écran sous la direction de Denis Amar dans « Saraka Bo » .

Après quelques rôles pour le petit écran (les Cordier, juge et flic, Commissaire Moulin) et au cinéma, Aïssa Maïga perce sous le regard de Claude Berri dans «  L’un reste, l’autre part » (2005).

La même année, elle prête ses traits à la petite amie d’un Romain Duris dans la très comique « Les Poupées russes » , la suite «  L’Auberge Espagnole » qui a eu un grand succès en salle.

Après un détour chez Michael Haneke dans le thriller « Caché » , elle tourne sous la houlette de son compatriote Abderrahmane Sissako dans « Bamako » (2006).

Sa prestation en chanteuse de bar vivant sous la coupe d’un homme compressé et violent est saluée par la critique par une nomination au « César du meilleur espoir féminin » .

En 2007, elle retrouve Romain Duris dans le second film de Raphaël Fejtö, « L’Age d’homme... maintenant ou jamais » qui sera très prochainement dans les salles.

Dans cette œuvre, Aïssa donne une fois de plus la plénitude de son talent d’actrice. Comme on le voit, elle est rapidement devenue une star montante du cinéma français grâce à sa rencontre avec des réalisateurs prestigieux comme Michel Haneke, Claude Berri, Alain Tanner...

Mère d’un enfant, qu’elle a eu avec Stephan Pocrain (chroniqueur de télévision), la star malienne fait des débuts prometteurs à la réalisation. Ce qui est de bonne guerre pour le cinéma malien, voire africain de la diaspora.


FILMOGRAPHIE DE AISSA MAIGA

*2007 :
L’Age d’homme...maintenant ou jamais de Raphaël Fejtö

*2006 :
Demba de Slony Sow
Bamako de Abderrahmane Sissako
Prête-moi ta Main de Eric Lartigau
Je Vais Bien, ne t’en Fais pas de Philippe Lioret
Paris je T’aime

*2004 :
Les Poupées Russes de Cédric Klapisch
Travaux de Brigitte Roüan
L’un Reste, l’autre Part de Claude Berri

*2003 :
Caché de Michael Haneke
Mes Enfants ne Sont pas Comme les Autres de Denis Dercourt

*2000 :
Lise et André de Denis Dercourt

Aïssata Bâ

Octobre 2007.