Québécoises : 2e et 3e épouses d’Africains

Alors que des Africains luttent bec et ongles contre la polygamie, des Québécoises pure laine acceptent de devenir les coépouses de polygames africains. Rencontres.

C’est à Sérékunda, en Gambie, que Louise Girardin est devenue, à 50 ans, Fatoumata, la troisième épouse de Maodo, un chauffeur de taxi illettré. La Québécoise mettait pour la première fois les pieds en Afrique, sans se douter du coup de foudre qui l’y attendait. Divorcée et mère de trois enfants, Louise est tombée amoureuse non seulement de Maodo, mais de toute sa famille.

« S’il avait été célibataire, je ne crois pas que je l’aurais épousé, explique-telle. J’aimais l’ensemble, l’aspect rassurant de la famille étendue : mon mari ne me tromperait pas, ne me quitterait pas pour une femme plus jeune ; je ne serais plus jamais seule et je vivrais entourée d’enfants ».

A son arrivée en Gambie, son mari avait en effet déjà deux femmes et trois enfants. « J’ai compris que la polygamie, dans certains milieux, est une question de survie. En milieu rural, ce sont souvent des mariages arrangés et non pas d’amour. Il n’y a donc pas de jalousie. C’est ce qui m’a amené à supporter l’idée. ».

Une fois mariée religieusement, Fatoumata vit donc dans une concession que se partagent les deux premières femmes de son époux. Son mari n’a pas de pièce à lui seul et alterne de deux jours en deux jours chez chacune de ses femmes.

« Mon mari, ses femmes, leurs enfants et moi »

Il a connu deux mariages arrangés, mais elle aime à penser qu’il l’a choisie, elle. Aujourd’hui, Louise croit encore qu’il avait à son égard des sentiments différents. « En principe, la troisième épouse est choisie par le mari, dit-elle. Il n’y a eu aucune jalousie de la part des autres femmes, contentes que j’apporte une sécurité financière. De mon côté, je n’ai été jalouse qu’une fois : Maodo jouait au lido avec l’une de ses femmes et j’ai été jalouse de leur complicité, les voyant rire et parler leur langue. Je me suis sentie étrangère ».

Rapatriée d’urgence à la suite d’une malaria, son aventure aura duré trois ans. « Je pensais finir mes jours là-bas. Mais tellement de choses bizarres sont arrivées, comme si l’Afrique voulait me foutre à la porte. Après trois semaines à l’hôpital, j’étais devenue aphasique, je ne marchais plus et j’avais épuisé toutes mes ressources financières. C’était devenu une obsession de revenir au Québec. ».

Louise n’a jamais revu son mari, qui a aujourd’hui 10 enfants. Pour exorciser la blessure, dont elle a mis six ans à se remettre, elle a écrit « Mon mari, ses femmes, leurs enfants et moi », paru en septembre 2005 aux Editions Lanctôt, à Montréal.

Une féministe chez les polygames

Eve, 29 ans, est issue d’une longue lignée de féministes. « Mon arrière-grand-mère a laissé son mari alcoolique au début du siècle dernier, dit-elle. Le curé a bien essayé de l’en dissuader, mais elle l’a envoyé promener ! ». Cette future quatrième épouse d’un musicien sénégalais n’a non plus, rien de la femme obéissante et soumise.

« Ce fut le coup de foudre des deux côtés, dit-elle en rappelant ce jour de l’été 1999 où elle a rencontré Djibril, en tournée au Canada. Il m’a dit le soir même de notre rencontre qu’il avait deux femmes. J’ai eu le plus grand respect pour lui ». Ils se sont ensuite revus de nombreuses fois, entre autres au Sénégal, où Eve s’est convertie à l’islam et a rencontré le reste de la famille.

Djibril a aujourd’hui trois femmes et huit enfants, mais Eve compte l’épouser aussitôt que leurs situations respectives le permettront. « Ses autres femmes m’ont acceptée. Pour l’instant, je suis aux études et lui est pris par ses contrats de musique et les charges familiales : il fait vivre une trentaine de personnes ».

Elle constate qu’on parle peu de la condition des hommes dans la polygamie : « C’est aussi difficile pour eux. Tous les hommes ne veulent pas cela. Il y a beaucoup de pressions familiales ».

La jeune femme souhaite une meilleure éducation sexuelle au Sénégal. « Au Québec, la pilule a aidé les femmes à s’épanouir, dit Eve, qui poste des livres sur la contraception à ses futures coépouses, qui prennent la pilule. En Afrique, les femmes se font la guerre en faisant des enfants pour garder leur mari. La polygamie, à l’origine, c’est aussi pour que le clan subsiste. Mais, plus de descendants égale aussi plus de bouches à nourrir... » Alors, pourquoi accepter la polygamie ? « J’aime Djibril, répond-elle. Je l’ai trouvé dans cette situation et je ne le changerai pas ».

Un polygame qui refuse de l’avouer

Pour Nathalie Dussault, tout a été moins clair. Mariée pendant trois ans à El hadji, un Sénégalais avec lequel elle vivait six mois par an en banlieue de Dakar, la Québécoise de 39 ans savait qu’il entretenait une relation avec trois autres femmes et qu’il avait des enfants. « Il ne vivait pas avec ces femmes-là, car pour vivre dans la même maison, il faut être marié. Mais des gens du quartier me disaient que j’étais la deuxième femme, ce qu’il n’a jamais avoué, de peur que je le quitte. Sa famille aussi me cachait la réalité ».

Son mari a d’ailleurs épousé une autre femme vers la fin de leur relation. « J’ai accepté en lui disant que notre entente devait être dans les deux sens. Que j’étais aussi capable d’être avec un autre homme. Il n’a jamais accepté cette partie du contrat ». Prête à accepter la polygamie, c’est le manque d’honnêteté qui a, selon elle, ruiné leur mariage. « Je n’ai rien contre la polygamie à l’africaine, si elle est claire et que tous sont consentants. Mais mon mari ne voulait pas l’avouer ».

Bianca Joubert | SYFIA international - Siwaya

Octobre 2007.